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Critiques / Opéra & Classique

Les chevaliers de la table ronde d’Hervé

par Jaime Estapà i Argemí

La légende moyenâgeuse au service du pur divertissement.

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Louis-Auguste-Florimond dit Hervé (Houdan 30 juin 1825- Paris 3 novembre 1892) est un auteur injustement peu joué et donc insuffisamment connu. Orphelin à 10 ans, il s’installe à Paris, devient choriste à Saint Roch, puis organiste à Saint-Eustache. Devenu chef d’orchestre à l’Odéon et au Palais Royal plus tard, il ouvre en 1854 un théâtre, Folies-Concertantes, sur le boulevard du Temple.

Très actif, il sera de tous les combats lyriques dans la France du Second Empire et de la fin de siècle. Il initie, en tant que compositeur sa carrière théâtrale dès 1847 avec « Don Quichotte et Sancho Pança » considéré comme la première « opérette ». Appuyé par des musiciens prestigieux comme Adolphe Adam ou Daniel Aubert, il règnera aux côtés de Jacques Offenbach sur la vie lyrique française pendant un bon demi-siècle.

Une première version de « Les chevaliers de la table ronde » voit le jour en 1866 et n’obtient aucun succès. Remanié en 1872, on donne à cet opéra-bouffe une deuxième chance, cette fois à la satisfaction du public. A partir de ces deux versions Victoria Duhamel et Pierre-André Weitz ont cousu sur mesure la version présentée à Massy par Les Brigands –treize chanteurs et douze instrumentistes- ce 5 décembre. Le résultat a été époustouflant.

Un spectacle total.

Seuls quelques noms des chevaliers de la célèbre table ronde ont été récupérés par Henri Chivot et Alfred Duru, les librettistes. Le reste du conte –le roi Rodomont, ruiné, organise une joute pour marier sa fille avec quelque riche chevalier- n’est que pure invention ; il s’agit probablement de critiquer au passage tel ou tel aspect de la politique du régime en place : le Second Empire finissant en 1866, ou la Troisième République naissante en 1872. Les allusions politiques sont perdues pour le public actuel mais il nous reste l’humour intrinsèque du livret, enrichi avec bonheur par Pierre-André Weitz et Victoria Duhamel les metteurs en scène. Ils n’ont pas hésité à rajouter des morceaux de texte, plutôt croustillants que politiques, qui ont provoqué les rires et les applaudissements du public. Ils ont proposé par ailleurs une mise en scène lisible, au service de l’histoire et ils ont fait appel à la gestuelle de la « commedia dell’arte », sortant par là des conventions traditionnelles de l’ « Opéra Bouffe ». Le résultat a été concluant.
Le décor et les costumes, signés par Pierre-André Weitz –assisté de Mathieu Crescence et Pierre Lebon-, mais aussi les maquillages et le matériel de communication de la production, empruntent très majoritairement le noir et le blanc disposés de manière obsessive sous forme zébrée –telles les colonnes de Buren- sans que l’on sache pourquoi. Le décor, une simple toile de fond au départ, s’ouvre progressivement en profondeur, chaque plan étant plus étroit que le précèdent : sans vouloir faire une interprétation abusive, on ose parier qu’il voudrait symboliser un sexe féminin ; après tout l’histoire finira avec un double mariage.

Une troupe d’exception.

Beaucoup a été dit sur le site Webtheatre au sujet de la troupe Les Brigands. Il suffit, pour s’en rendre compte, de parcourir les nombreuses critiques de Caroline Alexander, toujours très élogieuses : depuis Ta Bouche WT 427, WT 3962 La Duchesse de Gerolstein, WT 1086 Les Brigands, WT 2135 Au Temps des Croisades, » pour n’en citer que quelques-unes. Nous soulignerons ici la solide unité qui règne sur scène entre les treize artistes ainsi que le côté pluridisciplinaire de leur travail puisque chacun a joué, récité, chanté et dansé ; certains ont fait le mime et l’acrobate. De plus, ces artistes ont été capables de passer de la récitation au chant et vice-versa, avec une absolue tranquillité et pratiquement sans changement de timbre ! Ils ont aussi imité quelques monstres sacrés du cinéma d’antan : l’espace d’un instant, Ingrid Perruche a été Marlene Dietrich avec sa peau de singe et sa chevelure blonde (« Blonde Venus »), tandis que Damien Bigourdan a fait le toutou imitant un Emil Jannings, drôle mais pathétique, devant sa femme Lola-Lola (« Der blaue Engel  »).

Les instrumentistes : un modèle de précision, de présence et de discrétion.

Le meilleur éloge que l’on puisse faire d’un film est que pendant sa projection on n’ait senti à aucun moment la position de la caméra. De façon concomitante, le meilleur éloge que l’on puisse faire de la fosse (sauf exception, mais laquelle ?) est qu’on ne l’ait pas particulièrement entendue pendant la représentation d’une œuvre lyrique. Cela a été le cas avec les douze instrumentistes de la troupe Les Brigands, dirigés par Christophe Grapperon. Ils ont en effet, interprété la partition avec une précision, une justesse et une discrétion telles que le son issu de la fosse s’est intégré intimement à la partie visuelle de la scène afin de former un tout indissoluble. Le nombre important de décibels émis par moments, à la demande de la partition, n’y a rien changé.

Les chevaliers de la table ronde. opéra-bouffe en trois actes de Louis-Auguste-Florimond Ronger dit Hervé. Livret d’Henri Chivot et Alfred Duru. Version pour treize chanteurs et douze instrumentistes. Ensemble instrumental Les Brigands. Direction musicale Christophe Grapperon. Mise en scène, décors et costumes Pierre-André Weitz, Lumières Bertrand Killy. Avec Chantal Santon Jeffrey, Lara Neumann, Ingrid Perruche, Clémentine Bourgoin, Damien Bigourdan, Antoine Philippot, Arnaud Marzorati, Manuel Nuñez Camelino, Rémy Mathieu, David Ghiladi, Théophile Alexandre, Jérémie Delvert, Pierre Lebon .

Production déléguée Palazzetto Bru Zane- Centre de musique romantique française. Coproduction de l’Opéra de Reims, Le Centre des Bords de Marne, Le Perreux, La coursive, Scène nationale La Rochelle.

Opéra de Massy le 5 décembre 2015.
www.opera-massy.com

Photos : Guillaume Bonnaud

En tournée depuis novembre 2015
Opéra National de Bordeaux, Bordeaux les 22, 23, 25, 26, 27 novembre 2015
Opéra de Massy le 5 décembre 2015.
Théâtre La Coupole, Saint-Louis le 9 décembre 2015
Opéra de Reims, Reims le 11 décembre 2015
Centre culturel Le Figuier Blanc, Argenteuil le 13 décembre 2015
Théâtre Liberté, Toulon les 17 et 18 décembre 2015
Théâtre Graslin, Nantes les 9, 10, 12, 13, 14 janvier 2016
Maison de La Culture, Bourges les 21 et 22 janvier 2016
Palais des Beaux-Arts, Charleroi (Belgique) le 26 janvier 2016
Centre des Bords De Marne, Le Perreux-sur-Marne le 28 janvier 2016
Théâtre, Chelles le 30 janvier 2016
La Coursive, La Rochelle les 2 et 3 février 2016.
Teatro Malibran, Venise (Italie) les 7, 9, 11, 12 et 13 février 2016

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