Cité européenne de théâtre - Domaine d’O - Festival Printemps des Comédiens, Montpellier.

Vania, d’après Anton Tchekhov par Guillermo Cacace.

Un Tchekhov chilien qui fraie avec le trash.

Vania, d'après Anton Tchekhov par Guillermo Cacace.

Après Gaviota, l’exploration dépouillée de La Mouette en 2024, l’artiste argentin Guillermo Cacace s’immisce à nouveau dans l’oeuvre de Tchekhov.

A l’appui d’une adaptation dramaturgique originelle d’Oncle Vania convoquant les spectres d’une première version du texte - Le Génie des forêts -, le metteur en scène ancre l’action dans un dialogue sensoriel avec le désert d’Atacama, au Chili. Un vrai Démon de la forêt, une figure symbolique habitée d’esprits étranges et de figures aux pulsions inconnues, qui dialogue avec Antofagasta, ville du désert d’Atacama (Nord du Chili), frappée par l’isolement, l’aridité, la puissance minérale. Un paysage et des conditions de vie qui font écho à l’intensité des conflits au coeur de la pièce de Tchekhov, d’autant que ce territoire chilien est celui de la résidence artistique de la Fundacion Teatro a Mil d’où sont originaires les artistes et techniciens.

L’aridité minérale du désert se fait alors autant le cadre de la pièce qu’un paysage révélant la solitude des protagonistes et l’érosion de leurs désirs. La pièce est l’essence du théâtre tchekhovien à travers la recherche désespérée et vouée à l’échec du bonheur par tous les personnages. Chacun d’entre eux incarne cette quête avec une humanité qui retient l’attention et l’empathie du spectateur, miroir de sa propre frustration ou de ses aspirations enfuies.

Docteur des âmes et bon diagnosticien, sans la capacité de les guérir, Tchekhov atteint le stade ultime d’un pessimisme solidaire. Et Guillermo Cacace de son côté, s’empare avec fracas dans le bruit et la fureur du jeu des sensations, impressions et sentiments avec lesquels l’être est aux prises.

Le rôle de Vania est porté par une actrice amoureuse et éconduite du médecin Astrov, qui soigne non seulement les malades mais la forêt qu’il défend. Vania sait ce qu’elle veut, entière, hurlant ses désaccords ou tombant en léthargie quand les scènes ne la concernent plus. Elle partage la même douleur existentielle que Sonia, la fille du Professeur et la nièce de Vania, amoureuse aussi du même Astrov, si ce n’est que le rôle cette fois-ci est incarné par un jeune garçon, danseur et acrobate, figure renversée sautant d’une ouverture dans la paroi de bois du lointain vers un précipice. Le décor est comme minéral, entièrement de pin blanc - murs, tables et chaises -, sec.

La belle-mère de Sonia est elle-même malheureuse, aimée sans espoir par Vania, et amoureuse d’Astrov qui l’aimerait en retour. Quant au Professeur, père de Sonia, il geint, se plaint, vocifère, égocentrique, à côté de la plaque.

La performance physique est au coeur de la représentation - tremblements, spasmes, cris, murmures, courses, chutes et évanouissements pendant que la musique console les âmes en peine. Le plateau est au plus près du public, et les acteurs complices n’hésitent pas à se rapprocher des spectateurs.

Paola Lattus, Dolores Reina, Francisco Diaz, Alejandro Pino et Raúl Rocco créent un univers trash au jeu tonique et agressif envers soi et envers l’autre, penchés sur la vibration des corps et la vérité des affects.

Un spectacle de coups d’éclats et d’étincelles lumineuses qui bouscule la petite musique tchekhovienne.

Vania, d’après Anton Tchekhov par Guillermo Cacace. Une adaptation d’Oncle Vania d’Anton Tchekhov. Avec Paola Lattus, Dolores Reina, Francisco Diaz, Alejandro Pino et Raúl Rocco. Adaptation dramaturgique Juan Ignacio Fernández, mise en scène Guillermo Cacace, assistante à la mise en scène Mima Escubort, assistante de répétition et production Pamela Trujillo Gallardo, conception sonore des répétitions Amaro Esquivel, conception sonore finale Raimundo Stevenson, conception lumière des répétitions Claudio Ortiz, conception lumière finale Javier Pavéz, traduction des sous-titres et surtitres en direct Bérénice Bardoul, costumes et décors Isabel Gual. Les 30 et 31 mai 2026 - Cité européenne de théâtre - Domaine d’O - Festival Printemps des Comédiens, Chapiteau bleu, 178 rue de la Carriérasse 34000 - Montpellier.
Crédit photo : Patricio Baez

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Véronique Hotte

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