1, 2, 3 Poquelin par tgSTAN
Molière retrouve les tréteaux

Pari débridé que de présenter en une même performance Le mariage forcé, L’Avare, Le Médecin malgré lui, Le Malade imaginaire et des extraits de Les femmes savantes et les Précieuses ridicules. Pari plutôt gagnant.
Une démarche populaire
Dans les coulisses de la littérature, on raconte que Pagnol a conçu l’idée de la série Marius, Fanny, César après avoir assisté à Bruxelles à une représentation de Le mariage de Mademoiselle Beulemans, pièce jouée avec l’accent du cru, que les Français imaginent être le seul de Belgique alors qu’il n’est que bruxellois. Depuis, la popularité de comédies avec accent n’est jamais été près de se tarir.
Le collectif flamand tgSTAN s’en est souvenu et ses comédiens n’ont cherché ni à accentuer ni à gommer leur parler au quotidien. Comique assuré donc dès les premières répliques, comme Molière le pratique lui-même en donnant voix à certains paysans de son théâtre. Cela reste donc, toute proportion gardée, un gage de succès.
La troupe n’en a pas abusé, ce qui aurait risqué de lasser. Elle n’en a pas eu vraiment besoin car les gens de scène d’origine néerlandophone, même dans une autre langue que la maternelle, possèdent un sens particulier du jeu dramatique dans le spectacle vivant. Ils jouent avec naturel, caricaturant aussi physiquement selon les besoins de la farce ou de la comédie ; ils changent de rôles avec aisance (à 8, ils assument 40 personnages) et prennent plaisir à bondir sur les tréteaux plutôt que dans les réseaux
Ils sont d’ailleurs enclins à l’autodérision, notamment du langage parlé. Ainsi, dans Le malade imaginaire, ce bref moment avec la salle au sujet d’un mot inusité aujourd’hui (ébaubir).De même que la présence, discrète, mais visible d’un souffleur bon enfant, nanti d’une pancarte « Défense de parler au souffleur ».
Objectif public
Convaincre les publics par le rire afin de prouver à quel point, au sein de son époque, Jean-Baptiste Poquelin alias Molière ne craignait pas de se moquer, mieux encore de ridiculiser ou même de dénoncer les hypocrisies, les situations d’injustice, les addictions égocentrées, les compromissions, les corruptions, les manipulations, les catégorisations, les usurpations…
La principale qui revient dans une majorité de textes, c’est la marchandisation de la femme avec le système de la dot omniprésent et la rigidité du patriarcat. Au point que les échanges verbaux et les arguments avancés se ressemblent forcément ; que les dénouements sont systématiques et dépourvus de surprise.
Le projet ne comportant pas la recherche d’un angle de réflexion dramatique inédit, le jeu est capital. C’est là que l’aisance, corporelle et vocale demeure un des gages de réussite. On la retrouve dans les scènes mythiques du Malade imaginaire ou de L’Avare.
Sur la durée, en dépit du décor magistral de la carrière Boulbon, difficile de ne pas décrocher durant de brefs moments. Le plaisir demeure dans la mesure où Molière est indémodable. Et l’atmosphère d’Avignon, cette année encore, se charge d’ondes positives. Le spectacle vivant malgré les menaces récurrentes de l’économique reste un moyen efficace de savourer un temps délesté. De faire à l’occasion une rencontre insolite avec l’une ou l’autre personne inattendue aux entractes, dans une file d’attente ou en grimpant dans la navette du festival.
Avignon In 2026
Carrière Boulbon
13>25.07.2026 21h
Durée 4h30
Textes : Molière ; De et avec : Robby Cleiren, Jolente De Keersmaeker, Damiaan De Schrijver, Els Dottermans, Tine Embrechts, Bert Haelvoet, Willy Thomas, Stijn Van Opstal ;
Tournée :
02> 04.10.2026 Théâtres en Dracénie Draguignan
06-17.10.2026 La Passerelle Saint-Brieuc
08>10 octobre 2026 Comédie Caen
14>17.10. 2026 Théâtre Garonne Scène européenne Toulouse
04> 06.11. 2026 Le Quartz Brest
13.11.2026 Le Manège Maubeuge
21-22.11. 2026 Bonlieu Annecy
03>06.12. 2026 Théâtre du Rond-Point Paris



