Du 4 au 25 juillet 2026 au Festival Avignon Off, au Théâtre des Halles à Avignon, à 16h40, relâches les 8, 15 et 22 juillet.

Evangile de la nature d’après De rerum natura de Lucrèce, traduction de Marie NDiaye, Christophe Perton avec la collaboration d’Alain Gluckstein, adaptation, mise en scène et scénographie de Christophe Perton. Avec Stanislas Nordey.

Sagesse et profonde humanité de Lucrèce.

Evangile de la nature d'après De rerum natura de Lucrèce, traduction de Marie NDiaye, Christophe Perton avec la collaboration d'Alain Gluckstein, adaptation, mise en scène et scénographie de Christophe Perton. Avec Stanislas Nordey.

"A quoi bon une demeure brillant d’or et d’argent ?/ N’est-ce pas suffisant d’être allongés dans l’herbe,/ Entre amis, près de la rivière, sous un arbre / Et de jouir ainsi tout simplement de son corps / Quand il fait beau et que les prés fleurais verdoient ? "

Lucrèce, né et mort vers 97-55 av.J.-C., a trente-cinq ans à peu près, quand il écrit les six livres composant son De rerum Natura (De la nature). Il fait état dans ce grand poème antique des théories de son maître Epicure, y exposant la puissance scientifique de l’atome, à l’origine de la création de l’univers, exaltant la Nature sans dieux ni maîtres.

Pour le metteur en scène Christophe Perton, la philosophie, nécessaire à la santé de l’âme, est la juste initiation à un art de vivre ; elle fournit des outils de pensée, de liberté, d’altérité, de connaissance de soi. Le poème de Lucrèce prétend que le temps n’existe pas car la planète témoigne des existences passées, soit le miracle de l’immortalité. Et l’âme, où se faufile-t-elle quand on meurt ? Disparaît-elle à jamais ou bien est-elle ici, là ?

Nombre de questions dont les religieuses, sont posées, à côté de la célébration de la Nature, comme Alma mater, mère nourricière entre naissance et nourriture : écologie.
Le philosophe-poète pressent l’importance de l’univers, sa transformation du chaos en cosmos – organisation et harmonie, « un rêve millénaire en résonance avec la vie et les vivants ». Les 7400 vers du De rerum natura sont réduits à trente pages pour l’efficacité de la transmission d’un savoir, du partage d’une réflexion sans moralisme ni idéologie. 

"Oui, ne te laisse surtout pas berner par la religion,/ Te figurant que Terre, ciel, soleil, mer, astres et lune/ Doivent demeurer éternellement, en vertu d’une essence divine…"
L’atome, dit déjà Epicure, est à l’origine de la création de l’univers, des étoiles, du système solaire, de la terre et de ses ressources – savoir dû à l’étude, l’observation, la raison. En écho à l’époque, les guerres civiles entre Rome et l’Italie, la République d’Athènes et sa fin avec la guerre du Péloponnèse, celles avec les Perses, et l’expansion de l’Empire romain, une déliquescence des mondes humains, en résonance avec la nôtre de 2023.

La naissance de la démocratie d’Athènes, puis la peste qui s’abat sur la Ville, qui clôt le poème. Or, Christophe Perton ouvre l’Evangile de la nature par l’épidémie, un rappel comparé de la propagation du virus du Covid et son confinement, dieux et prières vaines.

Le concepteur crée la traduction de l’autrice Marie NDIaye, avec Stanislas Nordey, acteur poète et metteur en scène. Un Evangile de la nature, tel un moment poétique, un oratorio – la création musicale et visuelle d’un texte millénaire enfin moderne qui se soustrait aux dogmes et à la peur, pour une connaissance lucide.

Stanislas Nordey incarne la figure scénique, organique et cosmique du Penseur – reprise des postures altières de la statuaire grecque des fameux athlètes de l’Antiquité. Avec la rotation à l’honneur, ce mouvement circulaire patient – planète, soleil -, sur quoi se répand un ciel de nuages à la Caspar David Friedrich – reflet sur les voiles et le sol noir en miroir.

La méditation sur le vide se confronte à la contemplation des roches, des grains de sable marin, cendres volcaniques, souffle du vent, changements de couleur dans le firmament, et ramures d’une feuille vibrante – beauté inépuisable de la nature pour qui sait la regarder.

Un chant magnifique de grande humilité sur la nature, sur la vie et sur la mort. D’autres soleils, d’autres mondes, d’autres lunes, d’autres vies existent-elles ? En tout cas, sont ressenties les forces positives et les forces négatives du vivant, là « où réside pour nous autres, mortels, la totalité / De ce qui nous attend, éternellement au-delà de la mort ». 

Chapeau bas pour ce magnifique poème scénique – sagesse et humanité.

Evangile de la nature d’après De rerum natura  de Lucrèce, traduction de Marie NDiaye, Christophe Perton avec la collaboration d’Alain Gluckstein, adaptation, mise en scène et scénographie de Christophe Perton. Avec Stanislas Nordey. Composition musicale Emmanuel Jessua, Maurice Marius, lumière Éric Soyer, vidéo Baptiste Klein, costumes Ninon Le Chevalier. Du 4 au 25 juillet 2026 au Festival Avignon Off, au Théâtre des Halles à Avignon, à 16h40, relâches les 8, 15 et 22 juillet.

Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

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Véronique Hotte

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