Du 4 au 25 juillet à 18h10, Festival Avignon Off, relâches les 8, 15, 22 juillet, au Théâtre des Carmes André Benedetto.
Parler Pointu, écriture et jeu Benjamin Tholozan, écriture et mise en scène Hélène François.
L’humour de la faconde provençale.

Benjamin Tholozan accueille le public en offrant le pastis à qui veut, le tout accompagné de travaux pratiques sur le dosage entre la substance anisée, l’eau et les glaçons et d’explications sur les origines de cette boisson méridionale encore très répandue et bue, plus qu’ailleurs, en France, dans le Nord. Déjà les parfums de la Provence parviennent dans la salle avec un plat que le comédien cuisinier commence à préparer, arrosé de Gigondas et parsemé d’herbes aromatiques.
Il est enjoué, l’œil pétillant, avec un maillot rayé sorti tout droit de l’univers de Pagnol, et nous entraine bientôt vers son sujet en projetant la photo de son grand-père qui est le fil d’Ariane de son spectacle. Un grand-père qui, à sa mort, aura fait prendre conscience au comédien de ses racines oubliées et rappelé cet accent chantant et tonique issu de l’occitan. éradiqué par sa formation d’acteur et l’obligation d’adopter le phrasé neutre d’un français normalisé pour décrocher des rôles : le parler pointu.
Le jour de l’enterrement, au temple, car nous sommes en terre huguenote, la famille demande au comédien de faire l’oraison funèbre de l’aïeul. Et à leur grande incompréhension, il récite un poème occitan. C’est l’élément déclencheur du spectacle qui invente la vie rêvée de ce grand-père érigé en mythe populaire et dessine la fresque amusée d’une famille. Benjamin Tholozan se coiffe d’une tête de Taureau, qui rappelle Picasso et l’influence de la tauromachie sur l’esthétique de grands artistes du Vingtième siècle. Le grand-père voulait être toréador sans une vilaine blessure commise par la corne d’une énorme bête, alors qu’il faisait ses classes ! Et de toréador, on passe à Carmen où le grand-père aurait pu exceller tout autant comme chanteur lyrique, sans ce satané accent.
C’est aussi le moment de nous conter l’histoire tout aussi incroyable que celles du grand- père, mais vraie celle-ci, de l’opéra de Nîmes détruit par un incendie volontaire en 1952, vengeance d’une cantatrice. Le portrait familial est l’occasion pour Benjamin Tholozan de faire feu de tous ses talents d’imitateur et d’humoriste moqueur envers sa famille, un oncle intello de gauche radical et laïc, un frère pêcheur et chasseur, une belle-sœur emportée, un père ironique et une mère protectrice. Des éclats de voix, des saillies qui nous font partager avec bonhommie les discussions familiales imprégnées d’un esprit truculent et frondeur et des dernières traces de la langue de Mistral.
S’ensuit un cours magistral et déconnant sur le français de Touraine devenu langue imposée par un état centralisateur de Philippe Auguste aux Jacobins, puis par les hussards noirs de la troisième République dont les méthodes d’éradication linguistique républicaines font frémir aujourd’hui.
C’était la même chose en Bretagne, ce que pourrait rappeler le musicien Brice Ormain, présent sur scène mais emprunté sous sa coiffe de bigoudène, dont les interventions semblent décalées sur la forme comme sur le fond.
Le spectacle, nourri d’un travail avec Hélène François, est en tous cas, rondement mené en prise direct avec le public, ponctué de trouvailles de mise en scène comme les rideaux de sequins qui rythment les entrées et sorties. Benjamin Tholozan a gagné la partie, il est drôle et percutant sur un thème à rebours des modes. Grand-père peut être fier du pitchoun.
Parler Pointu, écriture et jeu Benjamin Tholozan, écriture et mise en scène Hélène François, création musicale Brice Ormain, lumières Claire Gondrexon, scénographie Aurélie Lemaignen. Du 4 au 25 juillet à 18h10, Festival Avignon Off, relâche les 8, 15, 22 juillet, au Théâtre des Carmes André Benedetto.



