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Critiques / Opéra & Classique

Ta Bouche

par Caroline Alexander

Le charme fou des années folles

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Les paillettes des prochaines fêtes de fin d’année seront coiffées à la garçonne, porteront des robes à faire pâlir d’envie Paul Poiret et Coco Chanel réunis, s’embrasseront sur la bouche, danseront et chanteront les irrésistibles rengaines de Maurice Yvain et Albert Willemetz.


À Truc-sur-Mer, Monsieur Du Pas de Vis et Madame la Comtesse de machin-chose (c’est pas précisé), croyant chacun que l’autre est plein aux as, cherchent à marier leur enfant. Qui s’adorent sans connaître les machinations de leurs parents. Lesquels, une fois éclairés sur leur état de ruine réciproque, rompent les doux engagements... et prennent pour conjoints leurs domestiques devenus soudainement héritiers d’oncles de lointaines provinces. D’un hôtel de vacances à l’autre, devant la même mer imperturbablement bleue, sous l’œil de cancanières en goguette, les héros vont s’aimer, se détester, se marier, se démarier jusqu’au bouquet final. Un happy end avant la lettre, car ce vaudeville d’Yves Mirande et Albert Willemetz, mis en musique par Maurice Yvain (où fox, boston, paso-doble se mêlent aux romances et aux javas...) date de 1922 ! Le spectacle qu’en a tiré l’excellente compagnie Les Brigands met des fourmis dans la tête, de l’allégresse dans les jambes et des refrains sur les lèvres.


Étrange destin que celui de l’opérette, cet ancêtre français de la comédie musicale ! Depuis quelques années, ses intrigues rocambolesques, ses airs à fredonner qui faisaient danser nos (arrières) grands-mères et qui étaient tombées en désuétude, reviennent en force et occupent désormais le devant des scènes dites sérieuses, voire réputées intellos. Qui s’en plaindrait ? Offenbach l’amuseur est enfin reconnu à l’aune de son talent de compositeur et, à sa suite, renaît un répertoire dont le charme et le swing n’excluent en rien la satire sociale. Rieuse, mais bien assénée. C’est le cas de ce Ta Bouche espiègle et coquin, que met en scène avec alacrité Stephan Druet et que dirige en fougue pétaradante le jeune Benjamin Levy. Dans le décor en clin d’œil d’un intérieur d’hôtel de faux luxe - où la piscine sert de fosse d’orchestre -, les ravissants costumes d’Elisabeth de Sauverzac semblent jaillis d’un défilé des années vingt. Le couple vedette, Emmanuelle Goizé et Sébastien Lemoine, est tout simplement craquant. Le reste de la distribution les accompagne en belle homogénéité. Une fête pour les fêtes. Avant, pendant, après.

Ta Bouche, d’Yves Mirande et Albert Willemetz, musique de Maurice Yvain, instrumentation de Thibault Perrine pour 11 musiciens, direction Benjamin Levy, mise en scène Stephan Druet, scénographie Florence Evrard, costumes Elisabeth de Sauverzac, chorégraphie Alma de Villalobos, avec Emmanuelle Goizé, Muriel Souty, Isabelle Mazin, Gilles Bugeaud, Sébastien Lemoine... Les 18 & 19 novembre à Villefranche-sur-Saône (04 74 68 02 89), du 3 décembre au 8 janvier au Théâtre de l’Athénée à Paris (01 53 05 19 19), puis en tournée, du 12 janvier au 22 mai, à Niort, Vannes, La Rochelle, Saintes, Longjumeau, Reims, Compiègne, Saint Quentin dans l’Aisne, Villeneuve-sur Lot (renseignements : 01 42 49 05 19).

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