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Critiques / Jeune Public

PinkPunk Circus de Joël Jouanneau

par Dominique Darzacq

Des numéros de malappris !

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Il y a Pink (Valentine Alaqui) la blonde assez rebelle « qui ne fait rien comme personne ». Il y a punk (Camille Garcia) la brune, reine de la débrouille « qui sait tout faire comme il ne faut surtout pas ». Elles sont jumelles tout comme les Demoiselles de Rochefort, deux sœurs siamoises, gamines sans père, abandonnées à pas même sept ans par leur mère, la vieille Agapé, reine d’un vieux cirque éreinté, partie un beau matin sur une vespa rouge ornée d’étoiles bleues. Celle avec laquelle elle traversait le cercle de feu. « Toi, je te connais, même sans moi, le cirque tu le continueras » a-t-elle dit à Punk avant de les planter là, dans un coin perdu d’Ardoisie, à deux pas de l’immense Pampa.

Un cirque qui jongle avec les mots

D’abord interloquées, restées bouches bées, Punk, « la seule à avoir cassé trois pattes à un canard », et Pink, « qui serait la plus joyeuse des sœurs si le chagrin était gai », décident de continuer à faire leur cirque. Et, en compagnie de Manouche (Delphine Lamand) et de Ficelle (Alain Aithnard) inventent une foule de numéros nouveaux mais sans animaux. Un cirque où l’on jongle avec les mots, fait des sauts périlleux avec la grammaire, « des numéros de malappris avec des synonymes à vents contraires, des fins de phrases à mille pattes, des adverbes approximatifs ». Un cirque déjanté et délirant, parti, imagination au vent, à la conquête du vaste public de la Pampa. Mais voilà, comme la grammaire, la Pampa a ses lois, ses balises et barbelés, espèces nuisibles aux chapiteaux et contraire à la liberté de circuler.

Un œil qui pleure, un œil qui rit

Secondé avec brio par un quatuor de comédiens agiles à pleurer d’un œil et à rire de l’autre, aidé pour la mise en scène de Delphine Lamand, Joël Jouanneau (publié chez Actes-Sud Papier), trousse une très savoureuse odyssée, émaillée de séguedilles, de fandango, d’airs de guitare et de Banjo, qui s’amuse à lorgner du côté de Jacques Demy aussi bien que de Bourvil. Par sa langue bariolée d’angoisse et d’étoiles, Pinkpunk Cirkus se teinte des accents de sa « Trilogie sur l’errance et l’éclat de rire » qui fit la renommée de Joël Jouanneau dramaturge. Après Le Bourrichon , Kiki l’Indien , elle se terminait par Mamie Ouate en Papoâsie qui reste, à ce jour, un des fleurons du théâtre jeune public, mais aussi sans nul doute, emblématique des héros de la saga. Tous, en effet ,vagabonds sédentaires, des bourrichonneurs qui se racontent des aventures en technicolor et n’ont jamais quitté leur territoire, voire leur cour de ferme.

Depuis qu’il a expédié Mamie Ouate chasser Virginia, la femelle du papillon Xalmoxis en Papoâsie, Joël Jouanneau aime à retrouver les enfants pour lesquels il fourbit des contes philosophiques qui sont autant de mirobolantes fusées d’imaginaire qui parlent de notre planète qui ne tourne pas très rond, de la différence, de la conquête de soi ou encore, comme Pinkpunk Cirkus , de la douleur de la perte et de la consolation.

Vu en tournée à Lannion devant une foule de gamins ravis, le spectacle fait escale au Théâtre du Gymnase à Marseille avant d’être à l’affiche du Théâtre Dunois à Paris, qui du 29 mai au 28 juin propose, en quatre spectacles, dont Pinkpunk Cirkus, une promenade dans l’univers de Joël Jouanneau et autour de son écriture. S’y dévoile en même temps toute une étincelante famille d’artistes.

De burlesque en fantastique

Tout commencera avec Joël Jouanneau metteur et scène et la pièce de Joseph Danan, Jojo le récidiviste . Une partition burlesque qui dresse avec humour l’inventaire de ces jeux interdits qui, au bout du compte, nous construisent. Jojo, gamin sans père et jugé difficile par sa mère, déborde d’imagination. Il ne cesse d’inventer des histoires dont il est le héros et prend une foule d’initiatives farfelues ponctuées de gifles aussi magistrales que maternelles. (29 mai / 3 juin)

L’Inouîte signée Anne-Laure Rouxel et Joël Jouanneau est un conte chorégraphique autour de l’insolite rencontre de sept bébés manchots, jeune palmipèdes de la tribu des Aglaglas et d’une jeune fille prise dans les glaces devant son igloo. Un spectacle tissé de silences, de murmures, d’images, d’inattendu et de grâce. (à partir de 6 ans du 12 au 17 juin.)

Avec la compagnie La Valise, la pièce de Joël Jouanneau, L’Inconsolé devient une épopée marionnettique. Une valise usée, des objets, des marionnettes manipulées à vue par les comédiens nous emmènent sur le rafiot sur lequel le vieil Horn courut les mers à la suite d’une voix. On l’avait déjà croisé dans La Main bleue et Le Marin perdu en mer car l’auteur aime parfois à retrouver ses personnages. Ici il n’est plus capitaine, juste au soir de sa vie qu’il raconte à la lumière de la bougie qui toujours le guida. Un conte fantastique qui là aussi parle de la quête de soi et de la perte. (19 au 21 )
« Il me semble important de faire savoir assez vite aux enfants que le parcours qu’ils commencent ne sera pas facile, qu’en dépit de nos soifs d’absolu et d’innocence, il faut toujours passer des compromis », expliquait Joël Jouanneau lors de la création de Mamie Ouate . Ce qu’il continue de faire de spectacle en spectacle, sans donner de leçon, juste en nous expédiant des signaux tout enrubannés d’humour et de poésie qu’il dit destinés aux enfants de 7 à 107 ans !

photos J Piffaut

Pinkpunk Cirkus

de Joël Jouanneau. Mise en scène Joël Jouanneau et Delphine Lamand avec Valentine Alaqui, Alain Aithnard, Camille Garcia, Delphine Lamand.
1h 15
Théâtre du Gymnase à Marseille, du 9 au 11 mai tel : 0820 00 422
Théâtre Dunois Paris du 5 au 10 juin tel 01 45 84 72 00

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