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La mort de Jean Laurent Cochet

par Dominique Darzacq

Disparition d’un comédien hors normes et d’un pédagogue hors pairs

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Emporté à l’âge de 85 ans par le Covid19, le 7 avril, Jean-Laurent Cochet aura été une haute figure du théâtre qu’il n’a cessé d’arpenter pendant plus de cinq décennies comme metteur en scène, mais surtout en comédien hors normes doublé d’un pédagogue hors pairs qui aura formé des générations de comédiens qui aujourd’hui tiennent le haut du pavé, d’Isabelle Huppert à Mélanie Thierry en passant par Catherine Hiegel, Richard Berry, Daniel Auteuil, Emmanuelle Béart, André Dussollier, François Cluzet, Gérard Depardieu qui affirmait dans un entretien : « Il m’a fait naître une seconde fois ». « Son enseignement a bouleversé ma vie » déclarait Fabrice Luchini en apprenant la disparition de celui qu’il considère comme un maître.
Né le 28 janvier 1935 à Romainville, Jean-Laurent Cochet, entre en 1959, il a 24 ans, comme pensionnaire à la Comédie- Française. Ce qu’il s’était juré de faire dès l’âge de 4 ans raconte-t-il dans son autobiographie « Mes rêves avaient raison ». Le temps d’y interpréter quelque 80 rôles, il quitte le Français cinq années plus tard, entre-temps il prend la direction des matinées classiques du Théâtre de l’Ambigu, (théâtre aujourd’hui disparu) il y monte et joue , « Les Caprices de Marianne », « Andromaque », « Britannicus », « Les surprises de l’amour », « Turcaret », « le Barbier de Séville ».
Depuis 1963 , de l’Ambigu, au Théâtre de la Pépinière en passant par Edouard VII ou Hébertot et bien d’autres, il aura signé plus de 150 mises en scène, dirigé quelques grands noms de la scène dans des pièces de boulevard : Jean Marais et Madeleine Robinson (« Adorable Julia »), Michèle Morgan (« Chéri » de Colette), Jeanne Moreau (« L’intoxe » de Françoise Dorin) , mais surtout réalisé et joué bon nombre d’œuvres du répertoire classique qu’il affectionne particulièrement et dont il a analysé les personnages emblématiques , Alceste, Don Juan, Figaro et bien d’autre, dans son ouvrage « L’Art et la technique du comédien ».
Tôt soucieux de la transmission, Il ouvre le cour Jean-Laurent Cochet dès 1965. Il a tout juste 30 ans mais déjà affiche la couleur de ses exigences. Sous sa férule pas question de faire « l’acteur » qu’il oppose au terme de comédien, mais de chercher la justesse du verbe, autrement dit servir le texte plutôt que de s’en servir ; Pour lui, être un comédien est un métier qui se travaille et se remet incessamment sur le métier. Sous ses airs affables le prof a la tête près du bonnet, et n’hésite pas à mettre à la porte ceux qu’il juge paresseux, tout en reconnaissant : « Je leur demande quasiment l’impossible ».
Si Jean-Laurent Cochet n’a, ni par ses choix dramaturgiques, ni par ses mises en scène chamboulé le théâtre, du moins laisse-t-il à côté du grand pédagogue qu’il fut, le souvenir d’un immense comédien pour qui le théâtre était un engagement total, qui savait donner du caractère aux personnages qu’il incarnait et transgressait les genres avec brio. Ce n’est pas par hasard qu’il fit un véritable triomphe avec la Philaminte des « Femmes savantes » dans la mise en scène d’Arnaud Denis (2010) au Théâtre 14 et en tournée. Dans le même temps, entre deux représentations, il décidait d’offrir au public de la salle Gaveau la lecture intégrale et non-stop d’ « Albertine disparue » de Marcel Proust, histoire, à travers « une œuvre majeure du XXe siècle de vivre ensemble une aventure singulière où l’on cherche à déjouer le temps tout en l’éprouvant ».
Lecteur impénitent autant qu’érudit, Jean-Laurent Cochet qui n’était pas sans coquetterie aimait aussi à se raconter en scène à travers ce qu’il nommait « des causeries ». Si son humour, sa verve, sa faconde et son amour absolu des planches font de lui le cousin de Sacha Guitry qu’il admirait, du moins aura-t-il su transmettre sa passion des planches et des textes c’est-à-dire être un grand passeur et ce n’est pas rien.
Photo ©Cyprien Leyme

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