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Critiques / Théâtre

Marie des poules de Gérard Savoisien

par Dominique Darzacq

Du côté de Nohant

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Il en est de certains spectacles comme pour les enfants de l’amour. C’est du désir que naît leur réussite. Ici, celui de Béatrice Agenin de jouer une pièce sur celle qui fit la gloire de son Berry natal, George Sand , et qui, séduite par Mademoiselle Molière a demandé à son auteur, Gérard Savoisien de s’y coller. Celui-ci, à qui on doit Prosper et George autour de la brève et tempétueuse idylle entre George Sand et Prosper Mérimée , plutôt que de façonner un énième portrait de l’auteur de La Petite Fadette et de La Mare au diable , a eu la bonne idée de nous faire entrer à Nohant par les coulisses, à travers l’émouvante et désolante histoire de Marie Caillaud , amoureuse des livres et du théâtre et qui laissa de douloureuses plumes sur le chemin de son émancipation . Il en profite pour épingler avec humour les contradictions de la bonne dame de Nohant, et tailler un double rôle à la mesure du talent de Béatrice Agenin

Attablée à la terrasse d’un café parisien devant un verre d’absinthe Marie, à la maturité de sa vie, s’enivre de la vie trépidante du boulevard et se souvient de son cher Berry et de ce jour de 1851 où elle est entrée au service de George Sand. Elle a onze ans, un fort accent berrichon, est analphabète mais d’intelligence vive. Engagée comme aide cuisinière lui revient aussi la responsabilité du poulailler, ce qui lui vaut le surnom de Marie des poules.
L’œil et l’oreille aux aguets, attentive à bien faire et rude à la tâche, la jeune paysanne séduit George Sand par sa vivacité d’esprit. Elle lui apprendra à lire et à écrire et la fera jouer dans les pièces qu’elle écrit pour les soirées théâtrales de Nohant. Marie des poules sera comme elle se définit elle-même « une actrice qui se lève tôt avec les poules et une aide cuisinière qui se couche tard avec les artistes de la nuit », avant d’accéder au statut de gouvernante. « Marie, une grande berrichonne que j’ai élevée, qui est la gouvernante de mon intérieur et une sorte de fille pour moi… Ce n’est qu’une paysanne, mais d’une nature si distinguée. » aura l’occasion d’écrire George Sand , scellant à l’avance le destin de sa protégée dont le charme ne séduit pas seulement la maîtresse de la maison, mais aussi son fils Maurice, oisif et dilettante, passionné de marionnettes et de chasse aux papillons pour qui, « les paysannes de ce type sont faciles à culbuter ».


A force « de lui parler au cœur pour attiser son corps », il vaincra la pudeur et la vertu de Marie qui va se prendre dans les filets de l’amour. Filets qui retiendront aussi le cynique misogyne puisqu’entre eux finit par naitre un sentiment partagé. Il sera sacrifié sur l’autel des conventions sociales, car il n’y a qu’au théâtre où les Princes épousent des bergères. A Nohant en 1860, on peut bien se clamer « renverseuse de barrières » et ne pas pour autant accepter de mélanger les torchons avec les serviettes. Lorsqu’elle apprend la liaison de son fils chéri avec une domestique, George Sand qui entend « avoir des petits enfants, pas des bâtards » organise sans plus tarder le mariage de Maurice avec Lina Calamatta, une femme de son milieu.
Gérard Savoisien qui a plongé dans les archives familiales à la recherche de Marie des poules a ciselé une comédie douce-amère tricotée de sourires et de larmes et émaillée de répliques qui font mouche. « Quand un chien vous sauve de la noyade, on ne regarde pas sa race » assène George Sand à Maurice à propos de la femme qu’elle lui destine.
Dans une scénographie qui se veut espace d’évocation, Béatrice Agenin subjugue par la finesse et la tactilité de son jeu, passant sans coup férir et en toute justesse, de Marie des poules à George Sand, du primesaut de l’aide cuisinière à la gravité de l’amante délaissée, de la narration au jeu sans jamais forcer le trait. A ses côtés, Arnaud Denis, qui signe également la mise en scène, campe avec bonheur un Maurice fils de famille dilettante, veule et sexiste où, sous le gilet de l’enfant gâté cynique affleurent quelques éclats d’émotion.

Marie des Poules, de Gérard Savoisien. Mise en scène Arnaud Denis avec Béatrice Agenin et Arnaud Denis. (1h15)

Petit Montparnasse du mardi au samedi 19h dimanche 17h
Téléphone : 01 43 22 77 74 www.theatremonparnasse.com

Le texte de la pièce est publié à l’Avant-scène théâtre.

Photos Fabienne Rappeneau

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