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"La Cantatrice Chauve" souffle ses 70 bougies !

par Dominique Darzacq

Une septuagénaire encore verte, mais toujours confinée

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« La Cantatrice chauve » d’Eugène Ionesco est née le 16 mai 1950 au Théâtre des Noctambules, une de ces 23 petites scènes qui fleurirent sur la rive gauche de la Seine dans l’immédiate après-guerre et où de jeunes et encore inconnus créateurs entendaient y tisonner un nouveau théâtre en prise avec les angoisses et les interrogations de leur temps. Michel Piccoli, Jean-Louis Trintignant, Eléonore Hirt, Jacqueline Maillan, Gérard Philipe, Maria Casarès, Jean-Paul Belmondo y débutèrent leur carrière en nous faisant découvrir Adamov, Audiberti, Genet, Dubillard, Gatti, Vinaver, Pichette, Beckett, Ionesco et bien d’autres. Ces jeunes animateurs soucieux de refonder le théâtre aussi bien dans son fond que dans sa forme avaient notamment pour nom : Roger Blin, André Clavé, Marcel Cuvelier, Jean-Marie Serreau, Beno Besson, Jean Vilar, Michel Vitold, Georges Vitaly, Roger Planchon et, bien sûr, Nicolas Bataille, le créateur de La Cantatrice chauve , pour qui « la pièce était la bombe atomique dont il rêvait pour pulvériser le théâtre bourgeois ». « Une pièce canular, une pièce abstraite sur la dérision du langage », dira de son côté Ionesco.
La conversation, tissée d’effroyables banalités façon méthode Assimil, des Smith et des Martin fascina les uns, horripila les autres et se tint souvent dans des salles à moitié pleines et une critique à peu près absente. Dieu merci, l’humour noir et l’esprit dévastateur de cette « anti-pièce » n’échappèrent pas à Raymond Queneau qui incita quelques gloires de la littérature et de la critique à aller voir du côté des Noctambules et permis, ainsi que le notera le critique de Paris Match, « à cette délicieuse absurdité poétique de Ionesco de suivre son petit bonhomme de chemin ». Se doutait-il que ce chemin-là était celui d’une glorieuse longévité qui, soixante ans plus tard, en 2010, valut au Théâtre de la Huchette un Molière d’honneur pour sa fidélité à Ionesco ?
C’est en 1957 que Nicolas Bataille et sa troupe s’installent au Théâtre de la Huchette avec La Cantatrice chauve à 19h et à 20 h, la Leçon , une deuxième pièce de Ionesco que Marcel Cuvelier avait créée en 1951 au Théâtre de Poche. Depuis les deux spectacles n’ont jamais quitté l’affiche de la Huchette, ont été interprétés par 176 comédiens et comédiennes, et alignaient le chiffre record de 19235 représentations au jour du confinement.
En attendant d’être déconfiné et pour célébrer les 70 ans de la « La Cantatrice Chauve », le théâtre de la Huchette a décidé de raconter son histoire en un feuilleton de 7 épisodes tous les vendredis de mai et juin. Il suffit de cliquer sur le lien suivant
https://www.youtube.com/channel/UCZLV8jwbVG8bLxqiEK-My3Q/videos

Le premier épisode nous apprend que la fréquentation du spectacle est diversifiée, qu’il fait les beaux soirs des étudiants en hiver et au printemps, ceux des provinciaux en automne et des touristes étrangers l’été, que les comédiens y sont en sociétaires, que la distribution y change tous les quinze jours, ce qui leur permet de jouer aussi ailleurs et en même temps installe une sorte de qui-vive permanent qui entretien ainsi la vivacité du spectacle. « A chaque reprise de rôle, je sens l’angoisse qui monte », explique une des comédiennes qui joue la bonne dans les deux pièces. Parallèlement aux épisodes retraçant l’histoire de La Cantatrice chauve à travers des extraits de scène, interviews, images inédites ou insolites et réflexions de spectateurs, les 45 comédiens de la distribution ont eu à cœur de célébrer l’anniversaire de la septuagénaire en concoctant, dans l’esprit drolatique des deux spectacles, des pastilles d’une minute diffusées chaque jour qui, de saynètes en anecdotes, ajoutent à la saveur de l’historique : http://twitter.com/theatrehuchette

De flash en flash, on perçoit bien que si les comédiens d’hier faisaient découvrir un spectacle d’avant-garde, ceux d’aujourd’hui servent avec enthousiasme un classique que l’on vient voir dans un lieu certes mythique, mais aussi branché sur le vif de la création à travers la programmation de 21h qui ouvre ses tréteaux aux auteurs d’aujourd’hui comme à d’originales comédies musicales, et que, loin d’être un musée, la Huchette « est le plus public des théâtres privés », comme le souhaite Franck Desmedt, comédien metteur en scène qui la dirige depuis 2016.

Rappel du lien 70 ans de « La Cantatrice chauve ».
https://www.youtube.com/channel/UCZLV8jwbVG8bLxqiEK-My3Q/videos

Photos « La Cantatrice chauve »( 1958) ©Pablo Volta, « La leçon » (1958) ©Fresco

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