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Critiques / Opéra & Classique

MACBETH de Giuseppe Verdi

par Jaime Estapà i Argemí

Du Shakespeare « made in Verdi

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Dmitri Tcherniakov a proposé une mise en scène, (Voir WT du 9 avril 2009 l’article de Caroline Alexander) réaliste, lisible, et bon enfant, plus fidèle à la musique verdienne qu’au drame
shakespearien. S’il est vrai que certains effets spéciaux ont impressionné, tels le repérage des lieux à l’aide de « Google Earth » ou la démolition de la maison de Macbeth à coups d’explosif, on se serait bien passé des mièvres tours de passe-passe de Lady Macbeth lors de la grande fête du second acte.

Un orchestre excellent, malgré une direction quelque peu distraite.

Dans la fosse, Teodor Currentzis (déjà présent dans la production parisienne en 2009), tout de blanc vêtu etgesticulant plus que nécessaire, n’a pas cherché à noircir le cadre sonore, bien au contraire -les cuivres en particulier ont sonné comme les trompettes d’ Aida par moments-, et s’il a suivi convenablement les indications
de la partition il a perdu l’orchestre parfois et abandonné les choeurs à leur sort en plus d’une occasion, chose que l’on n’avait pas constatée à Paris.

Des solistes merveilleux mais une défaillance malheureuse.

Le 17 décembre, les solistes ont interprété leurs rôles de façon envolée, lyrique et chaleureuse : la place du village et le coin du feu de la maison bourgeoise des Macbeth -les deux lieux où Dmitri Tcherniakov a situé l’action- s’y sont bien prêtés. Dimitris Tiliakos, Macbeth brillant par moments mais, fatigué peut-être, s’est montré hésitant et il a souvent cherché les notes. Alfredo Nigro en Malcom généreux, Dmitry Ulyanov en brillant Banquo et Stefano Secco
en puissant Macduff, ont tout à fait respecté la qualité verdienne de leurs partitions et, même Marifé Nogales –la Dame de la Lady- a fait preuve d’une parfaite maîtrise vocale lors de sa modeste contribution au succès indéniable de la soirée.

On sait que Giuseppe Verdi avait refusé le rôle de Lady Macbeth à Eugenia Tadolini (1809-1872) parce qu’elle était une belle femme, qu’elle avait une voix « magnifique, claire, propre et puissante » et qu’elle « chantait bien » : pour lui et pour beaucoup d’autres, elle était simplement « angélique ». Le maestro voulait en revanche que le rôle
fût porté par une artiste « laide et méchante » quelque peu « diabolique », avec une voix « âpre et sombre » et, comble de tout, qui « ne chantât pas ». L’exigence était rondement formulée, mais on doute qu’elle ait été un jour comblée tant elle semble contraignante et contradictoire avec la partition.

Violetta Urmana, qui ne possède pas du tout ces attributs bien évidemment, a caractérisé la méchante Lady se conformant strictement à la musique du maestro, ni âpre ni sombre, de sa voix claire, propre et puissante. Elle a entamé la soirée avec quelques imprécisions et des tremblements mal contrôlés ; mais, même si elle a été desservie par son mari sur la scène, elle a offert dès le second acte une version plus qu’acceptable de la Lady, qu’elle a
couronnée d’un air final intense et émouvant. Le public a applaudi avec effusion.

Alors, que penser des raisons invoquées par Giuseppe Verdi pour évincer la belle Eugenia Tadolini ? S’agissait-il d’un caprice de compositeur débutant ? Cherchait-t-il uniquement un effet de contraste fort entre la voix de la soprano et sa musique lyrique et envolée ? Pensait-il honnêtement au contraire que sa musique était angoissée, obsessive et obscure, apte donc à illustrer la pièce de William Shakespeare sans la trahir ?

On éliminera de suite l’hypothèse du caprice car, Giuseppe Verdi (il avait 34 ans en 1847, date de la première version de Macbeth a toujours su parfaitement ce qu’il voulait. On peut exprimer des doutes fondés sur la recherche éventuelle d‘un contraste aussi fort entre sa musique et une voix féminine âpre et sombre, car alors il se
serait agi d’une exception unique dans son immense production : sa musique a toujours été en accord avec les voix et toujours accompagné l’action. C’est donc la troisième hypothèse que l’on retiendra ; mais on peut bien constater que, tant les sonorités des instruments -les métaux en particulier-, que la légèreté de bon nombre de « tempi » sont bien loin de l’ambiance sombre et glauque de la pièce anglaise. Par ailleurs les interventions quasi festives
des sorcières par exemple, sont à la limite du risible, le choeur « La Patria tradita » est une référence politique typiquement verdienne et le choeur final, triomphant, une allégorie anticipée de la future unité italienne sous l’égide du roi.

Au total, le compositeur, aurait-il mieux fait de s’abstenir ? En fait Giuseppe Verdi n’aurait jamais dû accoler sa musique, pleine de lumière, de légèreté et de rythme, à l’oeuvre, plus noire que noire de William Shakespeare, à nulle autre pareille. On aurait mieux imaginé le sujet traité par d’autres plus aptes que lui à décrire des milieux politiques nauséabonds avec une musique nécessairement
disloquée, irritante et sans mélodie : les musiciens de l’Ecole de Vienne par exemple, ou certains compositeurs du XXème siècle en mal de fin du monde.

Macbeth. Opéra en quatre actes de Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei d’après le
drame Macbeth de William Shakespeare. Mise en scène et décors de Dmitri Tcherniakov. Direction musicale de Teodor Currentzis. Chanteurs : Dimitris Tiliakos, Dmitry Ulyanov, Violetta Urmana, Marifé
Nogales, Stefano Secco, Alfredo Nigro et autres
.

Production de l’Opéra de Novosibirsk et Opéra National de Paris.

Teatro Real de Madrid, les 2, 5, 8, 11, 14, 17, 20 et 23 décembre 2012.

Tél. 00 34 902 24 48 48 / 00 34 91 516 06 00
http://www.teatro-real.com info teatro-real.com

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