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"Le théâtre face au pouvoir" de Renée Saurel

par Dominique Darzacq

Chronique d’une relation orageuse

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Renée Saurel (1910-1988),critique et journaliste, a suivi avec une attention passionnée tous les événements qui ont agité la scène depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, jusque dans les années 80. C’est dire qu’elle fut le témoin de multiples mutations et avatars.
Amie de René Char, c’est d’abord dans le journal Combat, quotidien issu de la résistance, qu’elle signe, dès 1947, ses premières critiques, puis, de 1956 à 1972, aux Lettres françaises où elle chroniquait également sur la télévision. Mais ce fut surtout pendant plus de trente ans, du promontoire des Temps Modernes (1965-1984), où Jean-Paul Sartre ne lui barguignait pas la place, qu’ elle put s’exprimer le mieux. De chronique en chronique, ciselant ses analyses d’une plume parfois vitriolée, elle ne se contente pas de témoigner de la scène, elle s’engage, en faveur d’auteurs, de metteurs en scène, de scénographes, de comédiens engagés dans un théâtre ouvert aux innovations, elle prend partie, se méfie des étiquettes trompeuses « gardons- nous de rattacher le nom de [Roger] Blin à l’expression « théâtre de l’absurde », qu’il a toujours réfutée, comme pratiquant un amalgame injustifié entre des auteurs qui n’avaient guère en commun que leur appartenance à une époque et le dégoût du théâtre psychologique » écrit-elle dans une de ses dernières chroniques (1984) intitulée « Cendres fertiles de Roger Blin ou pavane pour une éthique défunte »

Un panorama de l’ébullition théâtrale

Membre de la commission consultative d’aide aux animateurs, de 1953 à 1973, sa connaissance des dossiers et des arcanes administratives lui permettait de ferrailler contre ce qu’elle estimait être les incohérences des ministres successifs en charge de la culture.
Pendant trente ans, sans autre souci que l’exigence de dire, de soutenir ce qui émerge, de dénoncer ce qui cloche, elle alterne compte-rendus, portraits et analyses politiques et culturelles autour des événements du moment.
Qu’elle épingle les propos d’Edmond Michelet, premier successeur d’André Malraux - qui, lors d’une émission télévisée, fait l’apologie d’un théâtre pauvre -, défende avec vigueur les maigres subsides accordés au jeune théâtre, s’élève contre la censure d’une pièce d’Armand Gatti, prenne fait et cause en faveur du Théâtre Eclaté d’Annecy menacé de disparaître ou encore qu’elle vilipende le Ionesco devenu académicien qui dans une interview traite les critiques d’imbéciles, de diatribes impétueuses en plaidoyers passionnés, Renée Saurel, qui n’appréciait guère la tiédeur, brosse un panorama de l’ébullition théâtrale qui a marqué les trente glorieuses avec ses turbulences artistiques et ses pannes institutionnelles.
Après l’édition d’un cédérom qui recensait ses chroniques critiques, ce sont, cette fois-ci, les articles consacrés à l’analyse des rapports entre le théâtre et le pouvoir qui ont été rassemblés par Robert Abirached avec l’aide de Simone Pissarro. On ne peut que s’en réjouir à un moment où le spectacle vivant comme la télévision du service public sont confrontés à de furieuses remises en cause et à des velléités de rupture, les questions que soulève Renée Saurel restent d’une brûlante actualité et sa parole sonne comme une alerte.

Le Théâtre face au pouvoir, Chroniques d’une relation orageuse (1965-1984)
Préface Robert Abirached 295 pages
L’Harmattan 29 €

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