Strasbourg – Opéra National du Rhin jusqu’au 31 janvier – Mulhouse, la Filature les 10 & 12 février 2012

Katia Kabanova de Leos Janacek

Dans l’émerveillement des contes et des veillées

Katia Kabanova de Leos Janacek

Deux Katia Kabanova à quelques jours d’intervalle, deux raisons d’aimer Janacek. Au théâtre des Bouffes du Nord à Paris André Engel réussit à suivre son destin avec un seul piano (voir webthea du 20 janvier 2012). A l’Opéra National du Rhin de Strasbourg, Robert Carsen l’entraîne dans une saga aquatique où les eaux mortifères de la Volga sont aussi présentes que l’orchestre au grand complet.

Cette reprise d’une production de l’opéra de Flandre dont Marc Clémeur, l’actuel patron de l’Opéra national du Rhin, fut longtemps le directeur, entre dans un cycle Janacek confié au Canadien Robert Carsen. Ses visions de Jenufa et de l’Affaire Makropoulos ont déjà conquis public et critiques (voir webthea des 25 juin 2010 et 11 avril 2011). De la Maison des Morts, La Petite Renarde Rusée seront aux programmes des prochaines saisons.

Sur un plan d’eau qui occupe toute scène, vingt quatre femmes, sosies de Katia, manipulent des passerelles de bois dont elles reconstituent, à la manière d’un puzzle, des passages, des digues, des grands carrés d’habitat. Ces vingt quatre silhouettes en robes blanches et aux pieds nus transforment chaque changement de lieu en un ballet prémonitoire. Elles dansent et se lovent dans cette eau indifférente qui accueillera le corps de Katia lorsqu’elle mettra fin à une existence où ses rêves de liberté se seront fracassés sur le mur des préjugés petits bourgeois.

Un monde d’eau, de reflets et d’ombres

Le ciel par-dessus ce sol instable est tout aussi mouvant, du bleu au noir, strié de nuées, renvoyant dans la salle ses éclipses et ses fureurs d’orage. Ce monde d’eau, de reflets et d’ombre porte la signature de Carsen. Les dénuements oniriques, les images dédoublées, les territoires incertains font partie intégrante de son univers. De Dvorak à Janacek (voir webthea du 19 septembre 2005 la critique de Rusalka), il a l’art de mettre les tragédies en poésie et de les rendre intemporelles. A l’inverse d’un Christophe Marthaler qui, avec autant de conviction et de talent optait pour le réalisme d’un monde daté (voir webthea du 3 novembre 2004) Carsen nous emporte dans l’émerveillement des contes et des veillées.

Des aigus comme des suppliques

Andrea Dankova, jeune soprano venue de Slovaquie, se glisse dans la peau et l’âme de cette Katia qui voudrait tant avoir des ailes pour fuir la grisaille du monde. Elle en prend possession, le corps présent, la tête ailleurs, fragile et frémissante, la voix aérienne, les aigus comme des suppliques. Une vraie découverte. En face d’elle, la Kabanicha de Julia Juon joue ses certitudes en fausses valeurs et en despotisme familial avec la sécheresse d’un couperet. Tikhon, son fils soumis, époux veule pourtant sincèrement épris de Katia, porte en lui la délicatesse du ténor Guy de Mey, Anna Radziejewska donne à Varvara sa jeunesse naïve et sa sensualité. Romantisme désabusé et lyrisme sont les atouts de Miroslav Dvorsky en Boris, l’amant de quelques nuits volées. Dikoi, son oncle trouve en Oleg Bryjak la brutalité aveugle des tyrans domestiques, Koudriach l’ingénieur bricoleur rêveur a le charme souriant du ténor Enrico Casari.

Sous les battues de flamme et de rêves de Friedemann Layer l’Orchestre Symphonique de Mulhouse trouve des intonations où la tragédie se fond dans le romantisme, un engagement total qui va jusqu’aux silences soudain habités.

Katia Kabanova de Leos Janacek. Orchestre Symphonique de Mulhouse direction Friedemann Layer, chœurs de l’Opéra National du Rhin, direction Michel Capperon, mise en scène Robert Carsen, décors et costumes Patrick Kinmonth, lumières Robert Carsen et Peter Van Praet, chorégraphie Philippe Giraudeau. Avec Andrea Dankova, Julia Juon, Oleg Bryjak, Miroslav Dvorsky, Guy de Mey, Enrico Casari, Anna Radziejewska, Peter Longauer, Nadia Bieber, Yasmina Favre, Violeta Poleksic.

Strasbourg, Opéra national du Rhin les 21, 23, 31 janvier et 2 février à 20h, le 29 janvier à 15h.

0825 84 14 84 – caisse@onr.fr

Mulhouse, la Filature, le 10 février à 20h, le 12 à 15h

+33 (0)3 89 36 28 28 – billetterie@lafilature.org

A propos de l'auteur
Caroline Alexander
Caroline Alexander

Née dans des années de tourmente, réussit à échapper au pire, et, sur cette lancée continua à avancer en se faufilant entre les gouttes des orages. Par prudence sa famille la destinait à une carrière dans la confection pour dames. Par cabotinage,...

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