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Critiques /

Katia Kabanova de Leos Janacek

par Caroline Alexander

En version de chambre au plus près de l’esprit et de la chose

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Au théâtre des Bouffes du Nord, monter des opéras avec un piano pour seul accompagnement fait partie des traditions fondées par Peter Brook, initiateur et âme de ce théâtre pas comme les autres. Après La tragédie de Carmen (1981), Impressions de Pelléas (1992) et Une Flûte Enchantée (2010), son spectacle d’adieu (webthea 16 novembre 2010) la version de chambre de Katia Kabanova, l’un des plus beaux opéras de Leos Janacek s’inscrit avec le naturel d’une évidence.

Le metteur en scène André Engel en signe la métamorphose dramatique, Irène Kudela celle de la transposition et de la direction musicale. Même si le passage d’un l’orchestre au complet au clavier d’un seul instrument demande quelques aménagements (l’ouverture, les interludes entre les actes ont dû être supprimés), le résultat reflète bien l’esprit et la chose, la musique si particulière de Janacek et son amour du terroir, ses histoires collant à la nature et aux hommes qui la peuplent avec leurs bons et mauvais rêves.

Le destin de Katia, la mal aimée, l’oiseau fourvoyé dans un monde aux dogmes de petits bourgeois hostiles a été puisé par Janacek dans le drame en cinq actes du dramaturge russe Ostrovski. Dans un village à cancans et médisances, Katia, venue d’ailleurs, a été mariée pour des raisons de convenance ou d’intérêt à un brave type sans envergure qui vivote sous la coupe d’une mère hystériquement possessive. Katia aimerait avoir des ailes pour échapper au carcan qui l’emprisonne, s’envoler loin de la solitude qui est sa seule compagne. Il y a ce garçon, ce Boris qui a l’air si gentil, qui lui dit qu’il l’aime. Alors elle cède au magnétisme de la douceur des mots et de la peau. Puis, pour effacer le sceau de l’adultère qui désormais la marque, elle choisit pour disparaître les eaux anonymes de la Volga.

Interprétation subtile et habitée

Nicky Rieti, l’indissociable collaborateur d’Engel, a conçu un décor qui se fond dans l’ocre cramoisi des murs des Bouffes du Nord : un tréteau en diagonale, un pan de mur, une porte, et, dressées au fond comme une enseigne, les initiales géantes des premières lettres du nom Kabanova, patronyme du mari et de sa mère marâtre. Les lumières d’André Diot, autre complice d’Engel apportent leurs ondes de mystère.

Un piano émerge côté jardin à l’avant scène, qui là-bas n’en est pas une, puisqu’elle se situe au même niveau que le premier rang des spectateurs, une proximité qui fait l’un des charmes du lieu. Nicolas Chesneau est aux commandes, attentif, concentré, tantôt pudique, tantôt emporté, au plus près de cette musique aux couleurs de campagne, de misère et d’isolement.

Des idées –un microscope, un aveugle et des ballons, un orage qui fait rage - une direction d’acteurs fouillée : André Engel mène sa petite troupe, jeunes chanteurs de la Fondation Royaumont, vers une interprétation habitée et subtile. Jérôme Billy confère à Koudriach une présence fraternelle. Le vieux Dikoj trouve en Michel Hermon, comédien devenu chanteur, un double libidineux qui se fait fouetter sado-maso par l’exécrable et autoritaire Kabanicha d’Elena Gabouri, Céline Daly apporte une sensualité naïve à Varvara, José Canales cache derrière sa barbe la lâcheté de Tichon le mari soumis à sa mère. Seul Paul Gaugler, amoureux falot à la voix mal assurée, a du mal à faire croire en ses pouvoirs de séduction. Mais c’est peut-être voulu. Que Katia succombe à l’attrait d’un être insipide renforce son isolement. La soprano canadienne Kelly Hodson l’incarne avec une sorte d’innocence aimantée. Elle est une femme enfant aux regards qui se perdent, prisonnière d’elle-même et d’un monde hostile. La voix est riche, le jeu émouvant, Katia y trouve son destin..

Katia Kabanova de Leos Janacek, version de chambre pour un piano orchestrée et dirigée par Irène Kudela. Mise en scène André Engel, scénographie Nicky Rieti, costumes Chantal De la Coste-Messelière, lumières André Diot, création son Pippo Gomez. Avec Kelly Hudson, Jérôme Billy, José Canales, Mathilde Cardon, Elena Gabouri, Paul Gaugler, Douglas Henderson, Michel Hermon, Céline Laly. Au piano Nicolas Chesneau (en alternance avec Martin Surot) .

Théâtre des Bouffes du Nord, les 17, 19, 21, 24, 27, 31 janvier, 2 & 4 février à 21h, le 29 janvier à 16h.

01 46 07 34 50 – www.bouffesdunord.com

Photos Richard Schroeder

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