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Portraits / Théâtre

Isabelle Sadoyan

par Dominique Darzacq

Irrésistible mère victime et bourreau dans" L’Origine du monde"

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Planète irradiante dans la galaxie théâtrale où elle a à peu près tout joué, Isabelle Sadoyan appartient au théâtre comme nous à notre territoire. Depuis belle lurette, elle s’y meut sans jamais être blasée et aujourd’hui s’enchante que Jean-Michel Ribes ait pensé à elle pour être cette mère, pivot en somme, de la très méchante farce de Sébastien Thiéry, L’Origine du monde qui n’emprunte évidemment pas par hasard au titre du célèbre tableau de Gustave Courbet.

Un soir, en rentrant chez lui, Jean-Louis, la quarantaine un peu fébrile, réalise que son cœur ne bat plus ! Est-il mort, est-il vivant ? Seul un marabout convoqué par sa femme semble en mesure de résoudre l’énigme et de le sauver, à condition toutefois, que lui soit fournie, au moins en photo, l’origine, non pas géographique, mais naturelle du mort-vivant. Obtenir une photo du sexe maternel est une opération qui s’avère d’autant plus délicate que les relations de la mère et du fils relèvent des intermittences du cœur. C’est donc à partir de stratagèmes plus délirants les uns que les autres, des loufoques manigances imaginées pour obtenir la photo salvatrice, que se déploie une pièce qu’Isabelle Sadoyan imaginait « proche du burlesque des Max Brother’s mais que Jean-Michel Ribes a très justement tirée vers le cauchemar ».

Un cadeau aux saveurs de madeleine

« Quand j’ai lu la pièce, je me suis dit : ça c’est pour moi, il faut que je le fasse » explique Isabelle Sadoyan qu’on a pu voir récemment en Duègne (Ruy Blas au TNP-Villeurbanne), en nourrice ( Oncle Vania au Studio d’Alforville) ou encore dans une poubelle (Fin de partie à l’Odéon). « Ce n’est pas que je sois lasse de jouer ces rôles-là, je ne suis jamais lasse du théâtre et gagner sa vie en jouant est un énorme privilège, mais je sais que je peux faire rire et je n’en avais pas encore eu l’opportunité. Aussi ce rôle est pour moi un magnifique cadeau ».

Un cadeau qui non seulement lui permet de déployer toutes une gamme d’humeurs et de sentiments, mais se teinte de surcroit d’une saveur de madeleine en la renvoyant au temps du théâtre des Marronniers à Lyon quand, après avoir mis en scène les pièces de Vinaver et d’Adamov, Roger Planchon décidait de mettre à l’affiche un spectacle burlesque , histoire « de se refaire une santé financière. Alors, nous n’étions pas très doués, c’était sinistre ! » s’amuse aujourd’hui Isabelle Sadoyan. Pour elle, en effet, tout a commencé en 1950, au temps pionnier d’une décentralisation qui épelle à peine ses utopies et où de jeunes extravagants lyonnais étaient bien résolus à décrocher les étoiles. Ils s’appelaient Roger Planchon, Robert Gilbert, Jean Bouise qui devint son mari. Ensemble, ils fondèrent ce qui est aujourd’hui le TNP-Villeurbanne. Elle y joua tous les rôles, les petits et les grands, Feydeau et Shakespeare, Molière et Kleist, les classiques et les contemporains cumulant les activités de comédienne et les fonctions de costumière. On ne fréquente pas impunément l’ouvroir de sa paroisse à l’âge des jupes plissées…

Après vingt-huit ans de vie en troupe, elle décide de se remettre en jeu et en cause, de se faire particule errante au gré des constellations qui l’attirent. Elles auront nom, Jacques Lassalle, Alain Françon, Jorge Lavelli, Jean-Pierre Vincent, Laurent Terzieff, Gabriel Garran, Didier Bezace, Christian Schiaretti….avec de belles escapades cinématographiques avec Losey, Tavernier, Sautet, Buñuel, Chabrol, Godard etc.

Quand le rire vire au jaune

La nomade fait aujourd’hui escale au Rond-Point, « un lieu impressionnant de vitalité » et où le travail avec Jean-Michel Ribes la plonge « dans un univers différent de ceux fréquentés jusqu’ici ». Pour tout dire, celui imaginé par l’insolent Sébastien Thiéry n’est pas piqué des vers ! « Ils sont tous fous là-dedans, il n’y en a pas un pour racheter l’autre » se réjouit la comédienne pour qui la mise en scène au cordeau de Jean-Michel Ribes transforme ce qui pourrait être une burlesque pantalonnade « en un conte fantastique où le rire vire au jaune et où se dénoncent la bêtise, l’égoïsme et l’hypocrisie. La mère que je suis n’est pas mieux que les autres ». Une petite bourgeoise en robe à fleurs et à chapeau, un rien perverse, tout à la fois victime et bourreau à qui l’irrésistible Isabelle Sadoyan instille, cerise sur le gâteau de l’hilarité, quelques éclats d’innocence et de fragilité.

L’Origine du Monde de Sébastien Thiéry, mise en scène Jean-Michel Ribes avec Grégoire Bonnet, Diouc Koma, Camille Rutherford, Isabelle Sadoyan, Sébastien Thiéry.
Théâtre du Rond-Point 1h20 jusqu’au 2 novembre tel 01 44 95 98 21

photo Giovanni Cittadini Cesi

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