La guerre des Emeus de Antoine Le Frère et Florent Oulkaïd

Une satire burlesque et réussie de la guerre .

La guerre des Emeus de Antoine Le Frère et Florent Oulkaïd

Antoine Le Frère et Florent Oulkaïd s’empare d’un fait historique survenu en 1932 en Australie. Ce pays connaît régulièrement des problèmes avec la prolifération incontrôlée d’animaux qui causent des ravages dans différentes contrées du continent. Les lapins introduits pour la chasse au XIXème siècle sont aujourd’hui un fléau combattu par des méthodes différentes mais guère efficaces. Au début du XXème siècle, l’Australie étend les surfaces de cultures en empiétant sur le territoire naturel des émeus. Les volatiles ne se laissent pas effrayer et saccagent les cultures. Face aux dégâts et pour répondre à la grogne des cultivateurs, le gouvernement décide d’envoyer l’armée pour les anéantir. Ce qui apparaissait comme une action facile et rapide va devenir un vrai fiasco qui ridiculise l’armée australienne.

Le spectacle enchaîne les scènes sur un rythme effréné. Nous passons du cabinet du ministre au campement des soldats, puis à une maison familiale ou encore sur le front. Les différents espaces sont délimités par deux placards où sont rangés les costumes et accessoires et deux caisses. Ces quatre éléments sont manipulés à vue par les comédiens qui endossent aussi différents costumes pour interpréter tous les personnages de la pièce. Une vraie prouesse d’acteurs ! Ils sont justes, vifs et drôles à la fois. La mise en scène est réglée au millimètre pour qu’aucun temps mort vienne perturber le rythme endiablé des deux artistes qui accomplissent une performance physique. Ils sont en perpétuels mouvements, sautent, rampent, se battent et enchaînent les gags.

Envoyer l’armée pour combattre des oiseaux, certes volumineux, paraît une formalité pour le général Mérédith ! il ne va faire qu’une bouchée de ces « grosses poules » ! Le personnage est caricatural par son fanatisme, son caractère bourru, tyrannique et obsessionnel et son langage grossier. Le texte assume d’ailleurs un langage très vert qui bouscule le politiquement correct. Le général Mérédith exécute les ordres du ministre soumis aux impératifs électoraux et financiers qui bien vite se retrouve embourbé dans une situation couteuse et ridicule. Nous découvrons aussi deux soldats aux prises avec les émeus et une jeune femme au foyer délaissée, lucide et qui ne se laisse plus impressionnée par les discours machistes de son époux revenu du front. La scène des retrouvailles est amusante et souligne l’émancipation des femmes pendant les conflits lorsqu’elles assument seules les tâches de la ferme.

La guerre de émeus est une pièce burlesque qui dénonce l’aberration de cette entreprise et de toutes les guerres en général. En exagérant les situations et les dialogues, le spectacle révèle la folie intrinsèque de cette histoire et montre que la réalité, parfois, dépasse la fiction et que l’absurdité est bien une composante de notre monde. Un spectacle drôle, irrévérencieux, mené sur un rythme époustouflant par deux comédiens talentueux et inventifs. Une critique burlesque de la guerre réussie qui fait rire et réfléchir les spectateurs.

Mise en scène : Élisa Mabit , Damien Reynal
Avec Antoine Le Frère - Florent Oulkaïd
Régie : Coriane Alcalde
Photographie : Stéphane Audran -
Costumes : Julie Coffinières -
Diffusion : Alexandra Dugot
Création lumière : Cassandre Germany
Création son : Alex Lefort
Scénographie : Benjamin Mornet -
Dessin : Athos Rouesné-Coffinières
Crédit photo : Sli-K

Festival off Avignon jusqu’au 25 juillet.
Théâtre La Factory – Salle Tomasi, 4 rue Bertrand, Avignon
19h45 – durée : 1h10
Spectacle à partir de 13 ans

A propos de l'auteur
Brigitte Coutin
Brigitte Coutin

professeur de lettres modernes en lycée

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