Le circuit ordinaire de Jean-Claude Carrière
Un spectacle essentiel d’une rare intensité.

Un bar quelque part dans un pays d’Europe de l’est. Ce choix peut s’expliquer par les origines du metteur en scène Alexandre Tchobanoff qui a vécu les trente-six premières années de sa vie en Bulgarie sous régime communiste. Une jeune femme fait la mise en place et ouvre le volet. Quelques minutes plus tard, entre un homme imposant ( Stéphane Bierry) qui semble être un familier des lieux. Il pose son cartable sur une table et se rend aux toilettes. Arrive alors un autre homme (Yann Collette) qui paraît moins confiant et quelques gestes trahissent une certaine nervosité.
Le circuit ordinaire met face à face un commissaire (Stépahe Bierry) et un rapporteur, un délateur, une taupe (Yann Collette) qui régulièrement fait passer des renseignements par un circuit précis et habituel. Aujourd’hui il a été convoqué pour faire connaissance avec c
le nouveau commissaire. Les enjeux sont de taille. Quel genre d’homme est ce nouveau supérieur ? A-t-il des reproches à formuler ? Est-il une menace ? Autant d’incertitudes qui taraudent le rapporteur qui reste sur le qui vive et répond avec précaution aux questions.
La pièce Le circuit ordinaire est un exemple parfait de précision pour démontrer le mécanisme de la manipulation. Nous assistons à des joutes oratoires ciselées qui provoquent des réactions des plus contradictoires chez les deux hommes. Quelques paroles rassurantes invitent à des confidences qui semblent anodines mais quelques instants plus tard, par un habile renversement, elles deviennent des pièges menaçants. Rien n’est assuré, chaque mot est un danger, les silences sont pesants et les affrontements entre les deux hommes sont sans merci. Toute la violence du régime totalitaire qui espionne chaque citoyen est parfaitement suggérée et la jeune serveuse qui reste muette durant tout le spectacle et prend des notes dans un cahier, incarne bien cette surveillance permanente et dangereuse.
Servie par deux comédiens exceptionnels, la pièce nous plonge dans un univers kafkaïen et orwellien qui fait froid dans le dos. Big Brother est là ! A tout instant, la vie d’un homme peut basculer dans l’horreur suite aux accusations de ses voisins. La pièce explore les rouages, les stratégies de la manipulation. Elle montre comment elle s’insinue dans les relations humaines, comment elle se nourrit des failles, des fragilités, des besoins de reconnaissance. La pièce ne propose pas une vision manichéenne du manipulateur et de la victime. Elle montre au contraire que chacun peut être tour à tour l’un et l’autre, que la manipulation est un système, un circuit — d’où le titre — dans lequel nous sommes tous susceptibles d’être pris.
La mise en scène volontairement sobre permet au texte et aux acteurs magistraux d’occuper tout l’espace et de devenir le centre de l’attention des spectateurs. Le circuit ordinaire est un spectacle fort qui invite à la réflexion sur les dangers de la manipulation qui à tout instant peut s’insinuer dans la vie d’un individu.
Auteur : Jean-Claude carrière
Mise en scène : Alexandre Tchobanoff
Distribution : - Yann Collette - Stéphane Bierry - Prisca Lona
Production : Le Théâtre De Demain
Soutien : Adami déclencheur
Crédit photo : Michel Eid
Festival off Avignon du 3 au 25 juillet 2026 (sauf les mercredis)
Théâtre du Girasole, 24 bis rue Guillaume Puy - 84000 Avignon
A 13h35 – durée 1h15



