J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort d’Adèle Fugère.

Le questionnement identitaire mené avec délicatesse et sensibilité.

J'ai 8 ans et je m'appelle Jean Rochefort d'Adèle Fugère.

J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort est un seul en scène de Thomas Drelon qui aborde avec beaucoup de subtilité la quête identitaire qui bouscule une petite fille de 8 ans prénommée Rosalie. Un matin, elle sent sous son nez quelque chose de doux et piquant : une moustache ! Elle ne paraît pas très surprise par cet événement un peu saugrenu. Devant ce fait étrange, elle décide que désormais elle se nomme Jean Rochefort et tout son quotidien va être bouleversé. Elle raconte les réactions de ses parents, fort compréhensifs au demeurant, de son instituteur, de ses camarades de classe, de son grand-père ou encore d’un jeune garçon rencontré à la piscine. Jean puisque désormais elle a décidé de se prénommer ainsi, porte sur le monde un regard lucide, sans animosité mais il ne laisse passer aucune injustice. La petite Rosalie souvent se taisait mais Jean ne peut s’accommoder d’une situation qui humilie, rabaisse l’autre. Jean raconte la fête d’anniversaire de Pénélope, une camarade de classe prétentieuse et méprisante envers Simon, son camarade qu’il qualifie de « trop intelligent ». Le récit de cette fête est particulièrement drôle mais elle constitue une satire mordante contre les personnes qui se prétendent supérieures parce qu’elles ont de l’argent. La critique sociale est formulée avec des mots simples sur un ton assez neutre mais elle est juste et fait rire les spectateurs.

Thomas Drelon est vêtu au début du spectacle d’un pyjama écossais en pilou, comme en porte les enfants. Il est assis dans sa chambre sur un tabouret au milieu de ses jouets. Un cadre traditionnel de l’enfance, un lieu de jeu mais aussi de tristesse, de doute et d’inquiétude. Rosalie vit dans une famille aimante pourtant elle ne semble pas épanouie et elle se perçoit comme un clown triste qui rit de l’absurdité de la vie. Le suicide, la mort sont des idées qui traversent son esprit. Cette adaptation réussie du conte d’Adèle Fugère, aborde ces thèmes délicats avec finesse, pudeur et humour. Elle évoque dans un style très simple, le désespoir, les questionnement vertigineux et la souffrance souvent silencieuse que peuvent éprouver les enfants. Les séances chez le psy ne semble pas apaiser Rosalie alors quel soulagement quand l’occasion de changer de personnalité se produit. Pour s’emparer de l’identité de Jean Rochefort, Thomas Drelon revêt un costume composé d’une chemise blanche, d’un pantalon jaune retenu par des bretelles vertes. Toute l’excentricité du comédien en quelques détails vestimentaires, des répliques prononcées sur un ton grave accompagnées de gestes amples font revivre le comédien Jean Rochefort et ses coup de gueule et saillies drolatiques face à certains événements de notre époque. L’hommage est subtil et drôle.
Thomas Drelon avec sa petite voix enfantine entrecoupée des sorties tonitruantes de Jean Rochefort ou des remarques pertinentes du grand-père nous emmène dans le monde de l’enfance, dans l’intimité de sa chambre et nous imaginons facilement les personnes de son entourage et les lieux qu’il fréquente. Quelques projections en fond de scènes prolongent les paroles de l’enfant et apportent parfois une note amusante ou bucolique.
J’ai 8 ans et je m’appelle Jean Rochefort est un spectacle réussi grâce à l’interprétation exceptionnelle de Thomas Drelon, à la justesse de l’écriture simple et poétique et la mise en scène très précise et fluide de Morgan Perez. Les spectateurs rient parfois et sont émus par cette exploration tendre et grave de la complexité des émotions, des sensations et des interrogations d’un enfant.

Autrice : Adèle Fugère
Mise en scène : Morgan Perez
Avec Thomas Drelon
Costumes : Bérengère Roland
Vidéos : Edouard Granero
Création lumières : Patrick Touzard
Scénographie : Capucine Grou-Radenez
Crédit photo : Pascal Riondy

Festival Off Avignon Jusqu’au 25 Juillet
Théâtre des Béliers -53 rue du Portail Magnanen, Avignon
A 11h50 – durée : 1h20

A propos de l'auteur
Brigitte Coutin
Brigitte Coutin

professeur de lettres modernes en lycée

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