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Critiques / Opéra & Classique

Falstaff de Giuseppe Verdi

par Jaime Estapà i Argemí

Peut-on en ce bas monde se moquer de tout ?

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« J’ai donc choisi le prisme de la fable qui met à distance tout en accompagnant parfaitement la douce folie de l’histoire. A toute fable, il faut une morale" : Verdi l’a précisément écrite dans la fougue étourdissante nous délivrant le message que tout en ce monde n’est que farce. C’est par ces mots que Jean-Louis Grinda a présenté sa mise en scène du dernier opéra de Giuseppe Verdi.

Et puisque parler de « fable » c’est faire parler des animaux, il a présenté les chanteurs en animaux de ferme élégamment habillés par Jorge Jara. Pour les décors, cohérence oblige, il a fait fi tant de la finesse de la mise en scène d’Herbert Wernicke que de l’élégance victorienne adoptée par Patrick Caurier et Moshe Leiser (Voir les critiques de Caroline Alexander 1574 du 23 juin 2008 et3642 du 7 mars 2011) pour leurs mises en scène.

Jean-Louis Grinda transforme l’auberge de la Jarretière et la maison des Ford en basse-cour dont les murs sont, et c’est bien surprenant, des maquettes gigantesques de livres signés William Shakespeare, Giuseppe Verdi, Perry Soams ou Richard Duck. La forêt du troisième acte surgit, comme par magie, des pages d’un livre de contes, grand ouvert au milieu de la scène : un excellent travail de décoration de Rudy Sabounghi et de vidéo de Jérôme Noguera.

Musique et textes collent parfaitement avec les personnages transformés en animaux de fable

Dans ces conditions, Falstaff le vantard, ne pouvait être rien d’autre que le coq de la basse-cour. Les autres personnages ne pouvaient s’incarner qu’en divers animaux de la ferme : les dames de la farce, ainsi que Ford et le jeune Fenton, sont logiquement devenus poules, pintades, dindons et autres animaux à plumes, Bardolfo et Pistola, les valets soumis à Falstaff, ont été transformés en félins domestiques ; l’âne quant à lui, a été réservé au personnage du Dr. Cajus, référence lointaine, peut-être, aux médecins si maltraités par la plume de Molière.

Le désordre apparent de la musique de Giuseppe Verdi, (on sait à quel point cette composition est différente des autres œuvres du maestro) illustre bien la pagaille du poulailler imaginé par Jean-Louis Grinda. Même les textes de William Shakespeare (Les Joyeuses commères de Windsor et Henry IV) traduits et revisités par Arrigo Boito pour les besoins du livret, sortis ici de la bouche de personnages non humains acquièrent un réalisme effrayant.

La fosse, un support solide pour de jeunes acteurs en prise de rôle

Le chef Roberto Rizzi-Brignoli aura été l’élément décisif du succès de la soirée. Face à l’Orchestre national d’Île de France il s’est montré attentif au moindre détail de la partition, il a tout contrôlé et rien laissé au hasard dans la fosse comme sur la scène. Il a marqué les rythmes avec entrain –sa baguette a même volé au travers de la fosse pour aller atterrir sur la scène lors d’un passage musical violent- ou avec douceur selon le cas ; il a pris sans partage les choses en main et a été au service de la fosse à tout moment sans oublier que bon nombre des artistes jouaient là leur rôle sur la scène pour la première fois, après seulement onze jours de répétition.

Parmi ces jeunes chanteurs, Olivier Grand –prise de rôle- a été un Falstaff très crédible ; ses accents ont été solides et compréhensibles, ses gestes, à peine exagérés, comme il convenait au personnage : un vrai coq. Armando Noguera a joué, -lui aussi pour la première fois- le personnage de Ford ; l’expérience des planches du jeune argentin, sa voix qui ne cesse de s’amplifier et de s’affermir, et l’approfondissement qu’il confère toujours à ses personnages l’ont fait ressortir du lot. Nous avons également été impressionnés par la finesse d’Isabelle Cals dans le rôle d’Alice et par la pétulance retenue d’Elodie Méchain dans le rôle de Mrs. Quickly. Valérie Condolucci a joué avec finesse et innocence, Nannetta. Julien Dran, dans le rôle de Fenton a courtisé son amoureuse très élégant dans son costume d’oiseau multicolore. Le reste de la distribution s’est montré à la hauteur de la soirée, et la présence du chœur « Les enfants de la Comédie » au dernier acte a été très appréciée du public.

Falstaff Opéra de Giuseppe Verdi. Orchestre national d’Île de France. Direction musicale Roberto Rizzi-Brignoli. Mise en scène Jean-Louis Grinda, décors Rudy Sabounghi, costumes Jorge Jara, Vidéo Jérôme Noguera, Lumières Laurent Castaing. Avec Olivier Grand, Armando Noguera, Gilles Ragon, Carl Ghazarossian, Eric Martin-Bonnet, Julien Dran, Isabelle Cals, Elodie Méchain, Marie Lenormand, Valérie Condolucci.

Coproduction de l’Opéra de Monte-Carlo, de l’Opéra de Metz et de l’Opéra de Tenerife. Opéra de Massy les 15 et 17 novembre 2013.

www.opera-massy.com

Photos Christian Badeuil, Jef Noël

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