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Critiques / Opéra & Classique

Falstaff de Giuseppe Verdi

par Caroline Alexander

Le goût de la farce

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En 2002 déjà les commères de Windsor et leur souffre-douleur ventru clôturait la saison du Théâtre des Champs Elysées dans une mise en scène toute en finesse de Herbert Wernicke. Six ans plus tard, l’impénitent vantard est de retour en fermeture de saison, dans une nouvelle production cette fois signée Mario Martone pour la réalisation et Alain Altinoglu pour la direction d’orchestre. Voilà donc Falstaff de retour, toujours rondouillard, braillard, irrésistiblement ridicule et sympathique, archétype parfait du bouffon dont les excès dénoncent la vacuité du monde. « Tutte nel mondo è burla » - « Le monde entier est une farce », telle est la conclusion de la comédie.

Un miracle de jeunesse et d’invention

C’est l’ultime opus lyrique de Verdi, gloire nationale de l’Italie naissante, composé à l’aube de ses quatre vingt étés. Il aimait les grands textes et les grands auteurs, ceux de Shakespeare lui avaient déjà inspiré Macbeth puis Otello, deux tragédies dont il tira, avec la complicité du librettiste Arrigo Boito, deux chefs d’œuvre. Sept années de silence sépare Otello de Falstaff. Sept années de méditation sur la marche du monde qui aboutirent à cet immense éclat de rire qui n’a pas fini de nous secouer. Pour le déclencher, il compulse à nouveau le grand élisabéthain et tire de deux de ses pièces, Henri IV et Les Joyeuses Commères de Windsor, le personnage et la trame de son héros bedonnant. Résultat : un miracle de jeunesse et d’invention dans l’écriture musicale, tournant le dos à bien des traditions, avec peu de grands airs à fredonner mais des ensembles qui pétillent, une orchestration qui surfe sur l’humour balisée de plages de vraie mélancolie, comme pour rappeler la dérision des choses de la vie.

Alessandro Corbelli joue à fond l’imbécile plus bête que méchant

La nouvelle production du Théâtre des Champs Elysées opte délibérément pour la veine comique, à la fois dans sa mise en scène et dans sa direction d’orchestre avec ce chef de 32 ans qui emporte l’Orchestre de Paris à un train d’enfer. Une pétulance toujours justement projetée et qui tient compte du chant et des voix. Il est vrai d’Altinoglu en connaît doublement l’air et les chansons : dans la production de 2002 justement, le chef de chant de ce même Falstaff dirigé par Enrique Mazzola, c’était lui tandis que Willard White en était l’histrion parfois douloureux. Alessandro Corbelli lui succède dans une approche carrément inversée : il joue à fond l’imbécile plus bête que méchant sur lequel les marchés de dupes se greffent comme autant d’éléments naturels. Un spectateur anglais lui trouvait davantage d’accointances avec le Dickens des bas fonds de Londres qu’avec le grand Will de Stratford on Avon… Un clone de Mr. Pickwick ? Pourquoi pas, comédien accompli il en a la verve et l’exubérance contagieuse, deux atouts qui mettent presque au second plan sa voix puissante aux inflexions parfois rocailleuses.

Ludovic Tézier dans la cour des grands

Autour de lui, les femmes forme un quatuor vocal qui pérore et roucoule avec autant d’aplomb que de charme et de musicalité. La belle Anna Caterina Antonacci, souvent vue et entendue dans des rôles tragiques, est plutôt inattendue en Alice Ford manipulatrice mais se révèle parfaitement à l’aise dans la légèreté, Caitlin Hulcup est l’élégante Meg Page, la délicieuse Amel Brahim-Dejelloul, récemment découverte dans Véronique au Châtelet (voir webthea du 25 janvier 2008) compose une Nanette idéale et l’impayable Marie-Nicole Lemieux en Mrs Quickly joue à merveille de ses graves de contralto pour chauffer les « révérences » de l’entremetteuse aux cent tours. Les hommes ne sont pas en reste avec l’excellent ténor Francesco Meli en amoureux parfait de la jolie Nanetta et surtout Ludovic Tézier en Ford mordu de jalousie, baryton français qui, de rôle en rôle, confirme sa place dans la cour des grands. Enfin, ultime joker dans le choix des interprètes, la plupart sont italiens – et ceux qui ne le sont pas en maîtrisent la langue – si bien que le plaisir des voix se double par celui de la diction où chaque syllabe trouve sa place.

La pantalonnade au détriment de la poésie

Les décors de Sergio Tramonti, avec leurs volées d’escaliers en coursives autorisant les va et vient incessants et autres courses poursuites des personnages, à défaut d’être beaux sont astucieux et efficaces. Jusqu’au tableau final, la scène du chasseur noir et du chêne de Herne, si redoutable à mettre en place. Le noir et blanc des deux premiers actes fait soudain place à une sorte de vitrail géant d’où se détache la silhouette rouge d’un arbre…Les masques venus en renfort pour duper le dupeur ont un peu de plomb dans les cornes… On reste de bout en bout dans la pantalonnade à grande vitesse, au détriment du petit supplément de poésie et de mélancolie qui font aussi partie intégrante du coup de chapeau à la vie et à la joie de vivre d’un Verdi octogénaire heureux. Dommage.

Falstaff de Giuseppe Verdi, livret de Arrigo Boito d’après Tne Merru Wives of Windsor et Henri IV de Shakespeare, Orchestre de Paris, chœur du Théâtre des Champs Elysées, direction Alain Altinoglu, mise en scène Mario Martone, décors Sergio Tramonti, costumes Ursula Patzak, lumières Pasquale Mari. Avec Alessandro Corbelli, Anna Caterina Antonacci, Francesco Meli, Caitlin Hulcup, Amel Brahim-Djelloul, Marie-Nicole Lemieux, Ludovic Tézier, Federico Sacchi, Enrico Facini, Patrizio Saudelli.
Théâtre des Champs Elysées, les 19, 23, 25 & 27 juin à 19h30, le 29 à 17h –
01 40 42 50 50 - www.theatrechampselysees.fr

Crédit photos : Alvaro Yañez

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