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Critiques / Opéra & Classique

Falstaff de Giuseppe Verdi

par Caroline Alexander

Trop raisonnable pour être farce

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« Tutto nel mundo e burla ! » : la conclusion de l’ultime opéra de Giuseppe Verdi, composé à l’aube de ses 80 étés, mêle l’ironie à la compassion. « Le monde entier est une farce » ! Mais oui ! Shakespeare en avait débusqué la bouffonnerie dans les rondeurs d’un personnage appelé Falstaff, noble ruiné, aux prises avec les caquetages et persiflages des Joyeuses Commères de Windsor. Verdi lui donna le premier rôle dans sa dernière révérence.

Un chef d’œuvre d’humour décontracté dont la musique semble couler libre des contraintes des grands airs. L’humeur est blagueuse et attendrie. Le héros se reconnaît « gras » et déplore ses cheveux gris. Mais il persiste à se croire séducteur et manie le bluff avec brio.
Sur scène il connut des sorts de toutes les rondeurs signés des metteurs en scène les plus célèbres tels Giorgio Strehler ou Herbert Wernicke. Patrice Caurier et Moshe Leiser, Giorgio Barberio Corsetti, Mario Martone, Willy Decker, entre autres, lui imprimèrent leurs humeurs bariolées. (voir WT 972, 1742, 1574, 2098, 2749)
Falstaff de Giuseppe Verdi
Celles que Dominique Pitoiset lui accola en 1999 sur la trop vaste scène de l’Opéra Bastille sont restées aussi sages et réservées qu’il y a 14 ans. Cette reprise a un curieux goût de chose bien faite, d’artisanat sage et sans aspérité, surtout dépourvue de la folie qui scelle la marque de fabrique de cet opéra de loufoque mélancolie. Ce mur de briques rougeaud glissant sur des rails pour faire passer l’action d’une esquisse de taverne au logis de Mrs Quickly manque cruellement de fantaisie. On a beau y lire en lettres géantes qu’il s’agit du rempart de la forêt royale de Windsor, la forêt en question est bel et bien absente, tout comme son chêne mythique qui se contente d’une projection vidéo. Les éclairages semblent réglés à minima. C’est Falstaff en nocturne.
Falstaff de Giuseppe Verdi
Les visages sont teintés d’ombre et les voix se perdent parfois dans les hauteurs et largeurs du plateau. Il faut du coffre pour leur résister. Celui d’Ambrogio Maestri, Falstaff tout droit sorti d’une gravure, histrion ventru promenant sa bedaine avec délices – il en connaît tous les bourrelets pour les avoir roulés un peu partout dans le monde –se rétrécit de temps en temps dans les medium, pour rebondir ailleurs, ferme et dense, dans les moments de colère. Si Marie-Nicole Lemieux, la pulpeuse contralto canadienne, est pour la première fois l’hôte de l’Opéra de Paris, le personnage de Mrs Quickly lui est depuis longtemps familier. Elle en a l’humour et la malice, le timbre rond et les inflexions futées. En joli contraste avec les aigus perlés d’Elena Tsallagova, Nanetta colorature au charme piquant. Le reste de la distribution est d’un niveau honnête avec notamment le baryton polonais Artur Rucinski en Ford à l’allure quasi miniature, le ténor italien Paolo Fanale, Fenton un rien bellâtre et Svetla Vassileva, soprano bulgare pour une Alice de verve et d’à propos.
La direction de Daniel Oren à la tête de l’orchestre maison, est à l’image de la réalisation : sans relief.

Falstaff de Giuseppe Verdi, livret d’Arrigo Boito d’après The Merry Wives of Windsor et Henri IV de Shakespeare. Orchestre et chœur de l’Opéra National de Paris, direction Daniel Oren, chef de chœur Patrick-Marie Aubert, mise en scène Dominique Pitoiset, décors Alexandre Belliaev, costumes Elena Rivkina, lumières Philippe Albaric. Avec Ambrogio Maestri, Artur Rucinski, Paolo Fanale, Raul Gimenez, Bruno Lazzaretti, Mario Luperi, Svetla Vassileva, Elena Tsallagova, Marie-Nicole Lemieux, Gaëlle Arquez .

Opéra Bastille, les 27 février, 2, 5, 9, 12, 16, 19, 22 mars à 19h30, le 24 mars à 14h30

08 92 89 90 90 - +33 1 72 29 35 35 – www.operadeparis.fr

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