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Critiques / Théâtre

Un espoir, les trois reflets d’une adoption de Wendy Beckett

par Corinne Denailles

Le traumatisme de l’abandon

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Ce sujet délicat est rarement abordé et c’est le mérite de Wendy Beckett que d’en avoir tenté une approche. Elle-même adoptée, elle connaît le sujet de l’intérieur et elle s’est appuyée sur une série d’entretiens. Le titre original de la pièce est étrange, A charity case, une affaire caritative ou un cas charitable … , Adopter un enfant relèverait de la charité ? et quel est le sens du sous-titre français « trois reflets d’une adoption », pourquoi des reflets ?
L’auteur installe une relation triangulaire entre les trois protagonistes dans laquelle, durant presque toute la représentation la mère biologique (Christine Gagnepain, très touchante) est un personnage absent, fantasmé, hors scène, qui rôde aux abords de la maison de son enfant abandonnée. Elle s’est donné le méchant nom de Harpie, ce qui en dit long sur l’opinion qu’elle a d’elle-même. Ombre fantomatique vêtue d’une superposition de vêtements sombres et emplumés, de hardes hétéroclites, elle s’exprime par métaphores plus ou moins obscures et dira sa culpabilité, sa souffrance, sa misère.

L’essentiel du spectacle tourne autour de la relation mère adoptive/fille dont il n’est pas évident de restituer la complexité. Hélène Babu interprète la mère adoptive, célibataire, hystérique, alcoolique, aux multiples amants, elle est narcissique, elle nie son âge et ne s’intéresse qu’à elle comme le lui fait remarquer sa fille qu’elle humilie volontiers, insulte à l’occasion, lui jette à la figure qu’elle aurait dû la laisser où elle était etc ; Puis, tout à trac, prend sa « doudou » dans ses bras qu’elle câline avec plus ou moins de sincérité. Si la comédienne s’acquitte de son rôle avec talent, le personnage est caricatural ce qui n’est pas le cas de celui de la jeune fille Deidre, personnage central que Rebecca Williams interprète de manière très convaincante. Les sentiments et les émotions de Deidre sont très précisément dépeints : l’angoisse de ne pas savoir d’où elle vient, à qui elle ressemble, le sentiment de ne pas exister, la crainte de toute séparation qui renvoie à l’abandon originel, la culpabilité d’avoir été abandonnée parce qu’on n’est pas aimable et qui peut conduire à l’envie de se supprimer. Elle souffre d’un manque d’amour criant qui la sécuriserait. Rebecca Williams exprime tout cela avec beaucoup de nuances, tantôt ombrageuse, tantôt enfantine et joyeuse, certainement plus mature que sa mère Minette qui lui avait fait promettre enfant qu’elle ne chercherait jamais à revoir sa mère biologique. Fait-on des enfants pour soi ou pour eux ?

Les personnages se transforment, évoluent vers plus d’ouverture. La mère adoptive, un peu contrainte et forcée par sa fille, finit par accueillir avec bienveillance celle dont elle craignait tant qu’elle lui reprenne son enfant. La mère biologique se défait de ses masques et une femme souriante apparaît au seuil de la maison. Une issue positive qui est l’oeuvre de la jeune Deidre.

L’adoption suscite de nombreux questionnements touchant à la filiation, l’inné et l’acquis, l’identité, la légitimité, etc., autant de questions que tout parent devrait se poser. Porteuse d’espoir, comme l’indique le titre, l’adoption est une réponse au traumatisme de l’abandon et n’est pas forcément source de situations aussi dramatiques que celle qui nous est proposée et malgré certaines qualités, le spectacle ne fait pas l’économie de clichés et de facilités tel que ce bizarre rapprochement injustifié, hors les sonorités, entre « harpie » et « harpe ». Mais heureusement, grâce au personnage de Deidre d’une grande justesse, on peut se faire une idée du ressenti des enfants adoptés aux prises avec le même traumatisme de l’abandon, les mêmes blessures profondes et ineffaçables.

Un espoir, les Trois reflets d’une adoption, écrit et mis en scène par Wendy Beckett, traduction Dominique Hollier. Avec Hélène Babu, Chrsitine Gagnepain, Rebecca Williams. Scénographie, Halcyon Pratt. Costumes, slyvie Skinazi. Lumières, François Leneveu. Musiques, Felicity Wilcox. A Paris, à L’athénée, Théâtre Louis-Jouvet jusqu’au 28 mars 2020 à 20h. Durée : 1h25.
Résa : 01 53 05 19 19

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