Accueil > Tristan und Isolde de Richard Wagner

Critiques / Opéra & Classique

Tristan und Isolde de Richard Wagner

par Jaime Estapà i Argemí

Où le décor devient le principal protagoniste

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

L’importance et l’originalité de la partition de Tristan und Isolde (Munich 1865) en ont fait un des opéras les plus importants du XIXème siècle. Le livret de Richard Wagner, puisé dans le poème de Gottfried von Strassbourg -1210-, s’inspire d’une légende d’origine celtique qui raconte les amours tragiques de Tristan, prince de Cornouaille et d’Isolde princesse irlandaise, qui ont cherché dans la mort l’éternité de leurs amours impossibles sur terre.

La production quasi légendaire de Tristan réalisée pour l’Opéra de Los Angeles en 1986, et reprise depuis dans bien des théâtres du monde entier, est arrivée à Barcelone. Le public barcelonais, wagnérien en diable, l’attendait avec impatience. Déçu par la prestation vocale des protagonistes, il s’est consolé avec le travail du peintre anglais Pop Art David Hockney (1937) qui a conçu le décor.

Un décor qui raconte l’histoire

Moins osée que la production de Olivier Py (Webthea du 13 mai 2009) ou encore de celle de Peter Sellars avec les projections de Bill Viola (Webthea du 3 novembre 2008), elle a gardé toute sa force et tout son mystère. Les trois décors de David Hockney, faussement naïfs, présentent au cours des trois actes la même perspective en courbe. Au premier plan, à gauche de la scène, la chambre d’Isolde, le château du roi Marke et l’arbre mystérieux, véritables centres dramatiques de chaque acte, agissent comme des masses stellaires qui provoquent la trajectoire parabolique du pont du bateau, de la forêt et de la falaise de l’île de Kareol.

Les perspectives apportent d’autres renseignements sur les intentions de l’artiste. Ainsi, l’avant du bateau se prolonge en une sorte de chemin tracé, tout à fait en opposition à la réalité du voyage en mer (« Il n’y a pas de chemins tracés sur la mer » nous dit justement le grand poète espagnol Antonio Machado), et dont l’impasse que représente la ligne d’horizon, anticipe l’issue malheureuse de l’histoire. Le jardin du second acte, en principe un lieu très avenant, devient pour David Hockney une forêt inhospitalière, un lieu sombre aux rencontres imprévues et donc de mauvais augure. Au passage, Bill Viola (Bastille 2005), a proposé lui aussi une forêt (pure coïncidence ?) et non un jardin pour illustrer ce deuxième acte. La partie de l’île du troisième acte montre une falaise dangereuse faite d’échelons qui tombent progressivement dans une mer obscure et angoissante : la mort.

La sophistication du décor, à la fois ironique et distancié, travaillé, soigné à l’extrême, nous écartent quelque peu de la réalité tragique des événements. Les acteurs ont ainsi davantage de mal à nous convaincre de la véracité, de la profondeur de leurs sentiments. Le spectateur reste un peu sur le « bord » heureusement non entraîné par le message mortifère de la pièce. Les décors des films d’Eric Rohmer Perceval le gallois (1978) et L’Anglaise et le Duc (2001) par exemple, ont joué le même rôle au cinéma.

Une mise en scène banale, des voix à oublier

Thor Steingraber a proposé une mise en scène sans effets dramatiques ni surprises particulières. Attentif aux difficultés des chanteurs, il s’est limité à les situer aux meilleurs endroits de la scène -c’est-à-dire, debout la plupart du temps et au premier plan- pour faciliter leur travail vocal. Il faut remarquer que c’est une tendance qui se généralise.

La représentation du 12 février ne restera pas dans les annales du Grand Teatre du Liceu. Peter Steiffer –Tristan- et Debora Voigt –Isolde- ont donné des signes de fatigue vocale évidents du début à la fin de la représentation. Le ténor –très attendu par ailleurs par le public-, s’est montré très irrégulier presque d’une phrase à l’autre, et la soprano n’a pu éviter ni les tremblements de voix tout au long de la tessiture, ni les cris non contrôlés dans le registre aigu.

Des seconds rôles parfaitement interprétés

Maigre consolation, les serviteurs ont bien mieux réussi leurs prestations : Bo Skobus, généreux, élégant, a été parfait lors de chacune de ses interventions et a fait de Kurwenal un rôle de tout premier plan au troisième acte. Michaela Schuster en Brangäne, a bien accompagné sa maîtresse au premier acte et au début du second mais elle a brillé particulièrement lors de ses mises en garde aux amants. Le coréen Kwangchul Youn, nous a offert un roi Marke très crédible. Norbert Ernst a chanté Melot de façon irréprochable et Francisco Vas, très à l’aise dans les rôles secondaires, a interprété le berger et a prêté sa voix au matelot.

Tristan und Isolde Opéra en trois actes, livret de Richard Wagner. Production de Los Angeles Opera. Mise en scène de Thor Steingraber. Décors de David Hockney. Direction musicale de Sebastian Weigle. Chanteurs : Peter Seiffert, Debora Voigt, Michaela Schuster, Bo Skovhus, Kwangchul Youn, Norbert Ernst, Francisco Vas, Manuel Esteve Madrid.

Gran Teatre del Liceu les 23, 27, 31 janvier et 4, 6, 8, 10, 12, 16, 18, 20 février 2010.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.