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Critiques / Musique

Thomas Dutronc, "Comme un manouche sans guitare"

par Benoit Guillotin

L’univers séduisant d’un gentleman manouche.

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Fort d’une expérience de guitariste de jazz manouche, obtenue grace à la découverte de Django Reinhardt lorsqu’il avait 18 ans, Thomas Dutronc nous plonge avec son premier album : Comme un manouche sans guitare dans son univers extraordinaire, ardent et sensuel, où les cordes de ses guitares jazz épousent la poésie simple et tendre de ses mots.

« Jeune, je ne connaissait rien »

La vie de Thomas Dutronc ne commence qu’à l’âge de 18 ans, lorsque le cap du baccalauréat passé il découvre une musique différente de celle de ses parents illustres : le jazz manouche. Thomas Dutronc s’entoure alors d’amis qui partagent avec lui une même passion pour le jazz manouche. Une passion concrétisée aujourd’hui par la sortie de ce premier album réalisé avec l’aide de ses fidèles complices : Jérôme Ciosi, Bertrand papy et Stéphane Chandelier. Le fruit de cette collaboration est délicieux, mêlant au goût sucré des horizons variés, celui bien plus amère d’une vie citadine affolante.
Un grand nombre d’artistes ont influencé et animé la musique de Dutronc comme le grand du jazz manouche : Django Reinhardt, qui fut l’inspiration également du célèbre et intriguant Sanseverino le seul à proposer une musique relativement proche de celle de Dutronc. Toutefois, si Sanseverino préfère la musique manouche dans son ensemble. Dutronc lui, choisit le Jazz en particulier.

Un aller simple pour l’univers de Thomas Dutronc

Excellent musicien, il utilise son talent de guitariste pour nous faire découvrir les différentes tendances jazz à travers un voyage aux horizons divers. On décolle vite pour les plages de l’Ile de beauté, sa terre de cœur (September song), et passant irrésistiblement par l’Italie, (Canzone per maria) il nous emmène ensuite en Europe de l’Est, celle de Django Reinhardt (Comme un manouche sans guitare), pour nous faire atterrir au Brésil, au son de sensuelles bossas. A travers cette dernière référence brésilienne, notre gentleman manouche taille un portrait cynique des « jeunes cadres dynamiques » (Nasdaq) opposant alors la douceur de sa musique à la force des coups portés par ses mots. Il donne ainsi un éclectisme à sa musique que l’on retrouve également dans ses textes évoquant le blues du citadin (J’aime plus Paris), le désir (Je les veux toutes), l’amour (Viens dans mon île), la folle vie d’un golden boy (Nasdaq). Souvent les mots de Dutronc se taisent et laissent place à la force et au dynamisme de la musique manouche.

L’influence manouche : le combat de cordes

Le tempo et la pulsation sont énergiques et enivrants, il est alors difficile de rester insensible face à cette musique. Toutes les influences qui font le Jazz manouche sont présentes dans ce premier album, la valse, la bossa-nova et le tango, tous sont suggérés et effleurés d’une façon ou d’une autre. Tous les types de cordes s’affrontent, le combat se livre sur des rounds incessants aux rythmes fous, Selmer contre nylon, nylon contre violon. La batterie arbitre cette compétition démente et le tout est survolé par la voix suave de Dutronc qui impose alors sa poésie et ses jeux de mots savoureux. La musique s’apaise et s’harmonise sur cette voix « dutronesque » laissant place à la magie des mots et proposant des chansons calmes et séduisantes.

Des hommages aux grands ainés de Dassin à Chedid

Le célébrissime -M- allias Matthieu Chédid, avec qui Dutronc a collaboré sur la bande originale du film Les triplettes de Belleville (de Sylvain Chomet) est certainement un des artistes qui influence le plus la musique de Dutronc. Les chansons de l’album rappellent directement les musiques enivrantes et déroutantes de ce film d’animation de 2003, notamment la chanson Comme un manouche sans guitare qui reprend les mêmes tonalités et les mêmes procédés, avec par exemple l’intervention de « gargarismes », d’un stylophone et de chœurs. En outre Matthieu Chédid intervient avec Cyril Houplain dans la mise en scène de la tournée de Thomas Dutronc, cette collaboration augure alors un spectacle remarquable à tous les niveaux.
A l’écoute de la chanson Viens dans mon île on retrouve un style bien connu de la chanson française celui d’Henri Salvador. Une chanson douce, sensuelle et langoureuse qui fait étrangement écho à l’album de Salvador : Jardin d’hiver pour lequel Thomas Dutronc a travaillé en écrivant le titre Mademoiselle.
Enfin ce poète jazzy adresse un véritable hommage satirique à Joe Dassin dans sa chanson Les frites Bordel, qu’il créé à la manière de L’été indien, avec un texte parlé sur une musique lente, tragique, en crescendo, interrompue brutalement par un texte déroutant. Un véritable délire improvisé qui se joue des paroles précédentes et auquel on ne peut rester insensible.

Dutronc s’impose alors avec ce premier album comme un véritable auteur compositeur. Au même titre que Bénabar, -M-, Thomas Fersen et quelques autres encore, il entre avec talent et originalité dans les jeunes rangs de la variété française en devenir.

Réservations (www.thomasdutronc.fr ou directement www.fnacspectacles.com) Numéro vert : 0 892 68 36 22 (0,34 € TTC min).

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