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Thierry Escaïch, musicien libre

par Olivier Olgan

Les multiples facettes d’un compositeur sans dogmatisme

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Dans la famille bigarrée des compositeurs contemporains, Thierry Escaïch tient une place à part. Est-ce parce que comme d’illustres prédécesseurs (de Bach à Messiaen), il tient l’orgue de l’église Saint-Étienne-du-Mont à Paris où il a succédé à Maurice Duruflé ? Est-ce alors parce que son oeuvre ne se revendique d’aucun clan, ni d’aucune chapelle de modernité, qu’elle compte des pièces sacrées fidèles à une tradition séculaire ? Est-ce encore parce que son catalogue – près d’une quarantaine d’opus à son actif couvrant un large spectre de genres et de formes - est largement repris dans le monde ? Quoiqu’il en soit, le parcours de ce musicien serein et éclectique montre qu’il a fait de sa liberté, la dynamique de sa création.

Une liberté comme signe de fabrique

"J’essaye d’être indépendant de la composition’" Paradoxe ? Non ? Seulement l’état d’esprit d’un compositeur anticonformiste qui n’a aucun plan de carrière tracé, ni le souci d’être original. Cela traduit aussi la volonté de Thierry Escaïch - en restant professeur au CNSM de Paris depuis 1992 - d’être dégagé financièrement de toute nécessité de commandes publiques – préférant répondre à des demandes ‘affectives’ et d’éviter ainsi d’être un ‘salarié de l’art’. Cette liberté se retrouve partout dans le parcours du compositeur né en 1965 : d’abord dans son apprentissage – avant d’être couronné d’une dizaine de premiers prix du CNSM – il animait, entre 7 et 13 ans, le samedi soir des bals populaires à l’accordéon et le dimanche la messe à l’orgue ou l’harmonium, deux véritables écoles de transmission au public.

Un rapport dégagé de la modernité engagée

Liberté aussi, dans son rapport avec la modernité. Escaïch se méfie autant des ‘pro’ ou ‘anti’ avant garde comme tout forme de ‘néo’. Il préfère absorber et digérer tous les héritages, celui du chant grégorien ou celui du baroque dont les mélodies courent au long d’oeuvres aussi différentes que les Esquisses (1989) ou Terra desolata (1992), celui des formes concertantes (Concerto pour orgue – 2002) ou celui des musiques de son temps (Antiennes oubliées pour petit ensemble composées – 1989). Sachant qu’il situe volontiers ses racines chez Brahms (Miroirs d’ombres, double concerto pour violon et violoncelle – 2005) et Franck (pour les chorals pour orgue), son écriture sera peut-être dite post-romantique mais certainement pas néo-romantique. Si l’on parle de filiations, il cite aussi Ravel, Bartok, Ligeti qui représentent le rythme.

Pas de problème de langage musical

Qu’il soit vocal (Motets - 1998), instrumental (Vertiges de la croix, pour orchestre symphonique – 2004), improvisé à l’orgue de l’église Saint-Étienne-du-Mont dont il est titulaire ou sur la projection d’un film muet (comme le film de Borzage le 9 avril à Rennes) , son travail consiste - non pas à se demander dans quel style, il va écrire - mais quelle énergie il va transmettre en transformant le matériau musical brut. Chaque fois, Escaïch a l’humilité de se remettre en question. Sans se demander s’il doit ou non faire progresser la musique. Avec un objectif simple, loin des débats sur la modernité qui encombrent les anathèmes des écoles musicales ; « Offrir une dimension affective directe de la musique. A moi d’être le plus direct possible. »

Un compositeur en contact direct avec le public

Malgré le succès de son catalogue, loin de toute tour d’ivoire, le compositeur de ‘Le Chemin de la Croix, improvisations – 2000) avoue qu’il a besoin de la scène, de cette énergie à transmettre. « Cela permet une œuvre et de voir ce qui peut passer au public. » Et il apprécie toutes les expériences, du commentaire en termes faciles et chaleureux du programme qu’il interprète, au ‘duel de piano’ en passant par des soirées sur mesure, où il n’hésite pas à couper ses propres œuvres, ou à en changer les modalités pour les sertir au milieu d’autres. « Un concert doit être un mini opéra dans un enchaînement continu pour faciliter la mise en relief la musique – toutes les musiques - dans un autre contexte. »

Parfait exemple de cette démarche, ce concert le 18 mai à Lyon Autour de la Danse, où sont associés avec gourmandise Piazzolla, Bartók, Escaïch, Dvorák, Bruch, Prokofiev. De cette démarche en perpétuelle fusion, Thierry Escaïch écrit une oeuvre accessible et fascinante, multiple et méditative, nourries par de réminiscences sensuelles.

Marathon XXI consacré aux musiques d’aujourd’hui.
du 7 au 11 avril 2008. Tél. : 02 99 275 275 - www.orchestre-de-bretagne.com

A noter : le 7 avril, Duel de piano (avec Chamayou), le 9 Escaïch accompagne en direct la diffusion du film muet de Franck Borzage, L’Heure suprême

Concerts en résidence à l’Orchestre National de Lyon
Par téléphone au 04 78 95 95 95 - www.auditorium-lyon.com
- Jeudi 15 mai > 20h30 - Samedi 17 mai > 18h ‘Le lyrisme ardent de Poulenc’
Wagner- Poulenc- Beethoven, Thierry Escaïch, orgue, Jun Märkl, direction
- Dimanche 18 mai › 11h Musique de chambre Autour de la danse. Programme de et avec Escaïch, piano et orgue et les musiciens de l’ONL autour de Piazzolla, Bartók, Escaïch, Dvorák, Bruch, Prokofiev.
- Jeudi 22 mai > 20h30 - Samedi 24 mai > 18h. ‘Tristan et Isolde, l’amour ultime’
Messiaen – Wagner - Escaïch Œuvre pour mezzo-soprano et orchestre (commande de l’ONL, création mondiale). Orchestre national de Lyon, Lioba Braun, soprano (Isolde), John Frederic West, ténor (Tristan), Franz Josef Selig, basse (le Roi Marke), Nora Gubisch, mezzo-soprano (Brangäne), Jun Märkl, direction

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