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Critiques / Opéra & Classique

Simon Boccanegra de Giuseppe Verdi

par Jaime Estapà i Argemí

Une grande nuit verdienne comme on les aime à Barcelone

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Giuseppe Verdi a emprunté pour bon nombre de ses opéras, des pièces de théâtre et accessoirement des romans à de grands auteurs à succès : William Shakespeare, Victor Hugo ou Alexandre Dumas. C’est le dramaturge espagnol Antonio García Gutiérrez –très célèbre en son temps mais aujourd’hui totalement oublié- qui lui offrit deux pièces dont le compositeur tira des opéras d’exception : Le Trouvère et Simon Boccanegra.

Simon Boccanegra relate deux moments – bien entendu très romancés - de la vie du corsaire historique du même nom, devenu Doge de Gênes en 1339. Le prologue marque l’ascension au pouvoir de Boccanegra au moment de la mort de Maria Fiesco sa bien aimée et de la disparition de leur petite fille. Les trois actes de la pièce, situés 25 ans plus tard, retracent les retrouvailles du Doge avec sa fille et la fin de sa vie. En même temps que cette “saga familiale” on suit certains aspects de la vie politique de la République de Gênes, dominée alors par les hostilités entre patriciens et plébéiens. In fine il est donc question d’une superposition d’histoires assez confuses – car il y a beaucoup d’ellipses dans les récits -, qui ne facilite guère la compréhension des événements qui se déroulent sur scène.

Une "mondialisation" à l’échelle italienne

La mise en scène de José Luis Gómez, - dans un décor signé Carl Fillion - austère et abstraite, évite toute reconstitution en carton-pâte et s’éloigne de toute référence historique précise. A mi-chemin entre une simple “mise en espace avec costumes” et la mise en scène conventionnelle, elle souligne le message politique (supposé) du Doge génois : seule l’unité et la bonne entente entre les peuples apportera le bien être à tous. Message d’une “mondialisation” à l’échelle italienne qui tombe à pic – nous sommes en 1881- pour consolider la récente unité de la péninsule dont Giuseppe Verdi était un fervent promoteur.

Dans la fosse Paolo Carigniani s’est montré à la hauteur de la tâche. Il a ajusté sans faille les tempos aux situations dramatiques et adapté le volume de l’orchestre aux possibilités des chanteurs, qu’il a suivis avec la plus grande attention. Par moments – et c’est là un point très positif- il a même réussi à faire oublier l’existence de l’orchestre...

Que dire des voix sur le plateau sinon qu’elles ont frôlé la perfection et ont égalé celles de l’inoubliable production dirigée par Giorgio Strehler vue à Paris en 1978.

De grands moments d’émotion lyrique

Lors de la soirée du 8 janvier dernier, le baryton Anthony Michaels-Moore/Boccanegra a fait preuve d’une grande autorité vocale lors de la célèbre scène du Conseil – rajoutée dans la version de 1881 par Arrigo Boito - et a manifesté une grande humanité dans ses dialogues avec sa fille Amélia, mais aussi avec Jacopo Fiesco son ancien ennemi et grand père d’Amélia. Le dialogue final entre les deux hommes fut un très grand moment d’émotion lyrique ; mais c’est Giacomo Prestia dans le rôle de Jacopo Fiesco qui, grâce à sa voix grave profonde, émise sans la moindre imprécision, a failli voler la vedette au protagoniste du rôle titre. Marco Vratogna/Paolo, malgré sans doute une voix trop claire pour le rôle, a réussi à exprimer par son jeu dramatique, le côté négatif et lugubre du personnage. Krassimira Stoyanova, a surpris quelque peu lors de sa première intervention car sa voix, par trop légère, n’a pas transmis l’émerveillement du personnage face à la mer. Par la suite elle a su donner du poids à son émission et interpréter finalement le difficile rôle d’Amélia de façon irréprochable avec un joli timbre et une excellente maîtrise du phrasé.

La grande surprise de la soirée fut l’interprétation du personnage de Gabriele Adorno par le ténor italien Stefano Secco, remplaçant à la dernière minute Neil Schicoff souffrant. Il imposa son autorité dès sa première intervention –hors scène- qu’il confirma par la suite chaque fois qu’il était sollicité. Son grand air (« Oh inferno ! ») déclencha à juste titre les applaudissements enthousiastes et spontanés des licéistes.

Le chœur – préparé par José Luis Basso- a contribué très positivement au succès de la représentation.

Ce fut une grande nuit verdienne, comme on les aime au Liceu.

Simon Boccanegra, opéra de Giuseppe Verdi avec un prologue et trois actes, livret de Francesco Maria Piave basé sur la pièce « Simon Boccanegra » d’Antonio García Gutiérrez. Production Gran Teatre del Liceu et Grand Théâtrre de Genève. Mise en scène de José Luis Gómez. Décors de Carl Fillion. Direction musicale de Paolo Carignani. Avec : Anthony Michaels-Moore, Krassimira Stoyanova, Stefano Secco, Giacomo Prestia, Marco Vratogna...

Gran Teatre del Liceu les 23, 27 et 30 décembre 2008 et 2, 3, 5, 7, 8, 10, 11, 13, 14 janvier 2009.

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