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Critiques / Théâtre

Rêves d’Occident de Jean-Marie Piemme

par Dominique Darzacq

Du rêve au cauchemar

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Fasciné, dit-il par « la fable merveilleuse de La Tempête pour sa dimension métaphorique du dialogue nord/sud, pour la description des rapports enfants-parents et pour la place donnée à la musique , complice des illusions de Prospero », Jean Boillot, directeur du NEST ( CDN de Thionville) a demandé à Jean-Marie Piemme, dramaturge à l’écriture ferme et drue, auteur associé du NEST, de retisser sur la pièce de Shakespeare pour six acteurs et un ensemble musical .
A partir des principaux personnages de la pièce, Jean-Marie Piemme s’affranchit du texte original pour nous faire chevaucher cinq siècles de progrès « cette drogue dure » qui mènera Prospero à sa perte comme nous en avertit, d’entrée de jeu, un Ariel au corps cloué au sol mais d’une agilité de vif argent et tout à la fois Monsieur Loyal et meneur de jeu, coryphée autant qu’Arlequin, serviteur de Prospero et précepteur de Miranda.

Parce que ses recherches sur les secrets de la vie indisposent fortement l’Eglise et fait gronder le peuple, Prospero, Duc de Milan, est contraint à la fuite. Il a tout perdu « excepté la rancœur qui voyage en cale avec lui » et son obsession de mettre à mort la mort. Balloté par les eaux, accompagné de sa fille Miranda et d’Ariel, il échoue sur l’île où règnent Sycorax et son fils Caliban. Une île « sans vocation ni destin » qu’il entend réveiller et arrimer au présent en y édifiant une cité idéale baptisée Prosperia. Ce qu’il fait en accord parfait avec Sycorax qu’il épouse. Emporté par son pouvoir et ses rêves d’éternité le savant devient tyran forgeant dans son ombre des poches de rebellions. Chassé du pouvoir par Caliban devenu vite un nouveau dictateur, Prospero savant fou, tel Lear sur sa lande, erre sur les bords boueux d’une rivière en chantant « En passant par la Lorraine ».


Sur cette trame, déployée en quatre rêves, tissée de péripéties et avatars de toutes sortes, d’alliances, de trahisons, et nouée de beaucoup d’euphémismes, Jean Boillot, sur une musique à l’unisson de Jonathan Pontier, orchestre en toute complicité avec Laurence Villerot pour la scénographie et Pauline Pô pour les costumes, une traversée des siècles d’évolutions scientifiques et techniques en épousant les styles, les genres et les factures scéniques et musicales des époques parcourues. On y croise la robe à panier et le frac, les paillettes et le tee shirt . Du décor en carton-pâte à la vidéo, de la toile peinte à l’ameublement vintage, nous passons de l’allusion à la comedia dell’arte, - comme le fit du reste Shakespeare - , à l’opéra, de la comédie à l’épique, de l’onirisme au vaudeville, du chant lyrique aux variétés , du drame au burlesque.
La troupe de comédiennes et de comédiens est épatante, tous et toutes ont du jarret, du nerf et de l’esprit, cependant nous, nous restons un peu sur la rive. Sans doute étourdis par le tohu-bohu disparate des formes, des images et des sons percevons-nous mal le message de ce « conte théâtral » aux allures de bande dessinée musicale dont l’objectif est de nous éclairer sur les dangers d’une idéologie du progrès qui entend maîtriser tout à la fois l’environnement, la nature de l’homme et le corps social.

Rêves d’Occident, texte Jean-Marie Piemme, musique Jonathan Pontier, mise en scène Jean-Boillot , direction musicale Jean-Yves Aizic , avec Mathilde Dambricourt et Lucie Dalmas (musiciennes), Géraldine Keller ( jeu et chant), et au jeu Nikita Faulon, Philippe Lardaud, Régis Laroche, Axel Mandron, Cyrielle Rayet, Isabelle Ronayette. (Durée 2h20)

Théâtre de la Cité Internationale jusqu’au 26 octobre tel 01 43 13 50 50
Theatredelacite.com
Et du 22 au 25 janvier 2020 à Bordeaux (CDN)

Photos ©Arthur Péquin

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