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Critiques / Festival / Théâtre

Pur présent d’Olivier py

par Corinne Denailles

Un spectacle puissant

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Ce triptyque est issu de la rencontre entre les traductions des tragédies d’Eschyle et l’expérience du théâtre en prison qu’Olivier Py mène à Avignon. Un mélange explosif qui a donné naissance à ces tragédies contemporaines traversées par un souffle antique. Olivier Py a réussi le pari audacieux de démontrer combien il était capable de contrôler son style baroque flamboyant pour accéder à une concision dialectique d’autant plus forte qu’elle voisine avec de véritable chant poétique, transposition du choeur antique. Les trois parties—la prison, l’argent, les masques— sont inégales mais l’ensemble est percutant, musclé, direct, une insurrection de la langue contre l’état du monde porté par cette question lancinante : comment vivre dignement ? Le propos est dense ; il brasse les questions de l’utilité de l’enfermement, l’injustice sociale, le pouvoir de l’argent, la société livrée au pouvoir des algorithmes, l’engagement, et cette question philosophique passionnante : quelle différence y a-t-il entre morale et éthique ? La morale est interdictions des uns sur les autres quand l’éthique ne regarde que soi, en conscience. Comme souvent chez Py, il est question de quête de transcendance mais ici, moins mystique que philosophique, il s’agirait d’une transcendance sans Dieu, celle qui peut conduire au pire comme au meilleur.
En prison un caïd qui a choisi son état comme un acte politique et se veut le roi des malfrats se révèle, grâce à un aumônier lui-même au prise avec le doute et la culpabilité, un être en grande souffrance prisonnier de sa situation (« j’aurais pu être un saint mais je veux être un démon »). Dans la deuxième pièce Py met en scène le combat entre un banquier et son fils. Le banquier cynique profite sans vergogne d’un système économique qu’il contribue à pourrir ; le fils croit un temps que la mort du père remettra debout l’ordre du monde. Dans la troisième pièce, le secrétaire de la pièce précédente, se dresse face à l’ordre établi ; il se masque le visage comme pour se retirer du monde. En devenant invisible, il devient le plus visible de tous ; il exprime son désarroi, l’impossibilité à trouver une place au monde et pourtant à son insu, parce que les gens ont besoin d’un guide, il devient le symbole d’une révolution en marche, déjà tuée dans l’oeuf car impuissante face à notre culpabilité collective. Quels moyens de résister au rouleau compresseur du profit quand on sait que « en achetant un yaourt on adhère à un système fait pour enrichir les plus riches » ?
Ces tragédies politiques, philosophiques écrites dans une langue drue et souvent poétique sont accompagnées par un pianiste talentueux, qui interprète des morceaux empreints de tristesse, sonates de Prokofiev, de Beethoven, « oiseaux tristes » de Ravel, La lugubre gondole de Listz, etc. La mise en scène est d’une grande sobriété ; au milieu d’un dispositif tri-frontal, un plateau nu éclairé par des rangées de néons blancs, fermé au fond par une grande fresque représentant une échauffourée au pied des tours d’un quartier « difficile », un tableau en clair-obscur qui évoque des scène antiques de combat. Une esthétique dépouillée, brute qui évoque les mises en scène des pièces de Koltès par Chéreau ; le parallèle vaut aussi pour le côté très physique de l’interprétation des comédiens tous les trois excellents.

Pur Présent texte et mise en scène Olivier Py, scénographie d’après une idée de Pierre-André Weitz, avec Dali Benssalah, NÂzim Boudjenah, Joseph Fourez et Guilhem Fabre au piano.
Avignon, à La scierie jusqu’au 22 juillet à 15h. Durée : 3h30.
Résa : 04 90 14 14 14.
www.festival-avignon.com

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