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Critiques / Théâtre

Pluie d’enfer de Keith Huff

par Bruno Bouvet

Flics de choc

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Au fil de leurs apparitions à la télévision (Quai n°1 pour l’un, PJ pour l’autre, sur France 2) mais aussi au cinéma, Olivier Marchal et Bruno Wolkowitch ont acquis une solide popularité dans le cœur du public. Certains spectateurs ne sont sans doute pas familiers du théâtre, tant mieux si elle en prend le chemin pour venir applaudir ces deux comédiens, qui ont gagné leurs galons grâce à des rôles de flic. Voilà donc Marchal et Wolkowitch réunis sur la scène de la Pépinière Théâtre et leur association… de flics n’est pas un coup marketing, une sorte de label « vu à la télé », comme semblent le suggérer certains beaux esprits du « milieu » (théâtral). Le spectacle se caractérise au contraire par une belle sincérité, une humanité cabossée qui touche au cœur et efface certaines faiblesses. Marchal empoigne avec sa générosité coutumière son rôle de flic tordu, pas très regardant sur la légalité pourvu que les choses avancent. Sa diction n’est pas toujours impeccable, la gestion de l’espace pas toujours assurée mais sa présence sur scène est indéniable, entre résignation, grand cœur et vocabulaire âpre…. On peut dire sans peine qu’il a son personnage dans la peau tant la vérité de ce poulet embarqué dans la nuit noire de Chicago ressemble sûrement à ce qu’il a vécu autrefois. Cet ancien lieutenant de police nourrit de son expérience les scénarios qu’il écrit depuis une quinzaine d’années et que désormais il réalise pour petit et grand écrans (36 Quai des orfèvres, MR 73).


Sexe, alcool, violence, Pluie d’enfer entraîne dans les bas-fonds de Chicago, là ou Denny le révolté fait équipe depuis bien longtemps avec Joey (Bruno Wolkowitch), un collègue plus posé qui croit encore aux principes et tente de le calmer. Un sentiment d’échec inavoué les relie : tous les deux ont raté le diplôme de lieutenant, la faute, disent-ils, aux quotas d’immigrés. Mais le duo, soudé par l’amitié et une forme de désespoir, ne va pas résister à l’événement tragique dont ils sont les témoins. L’intensité dramatique du spectacle reposant sur ce ressort, on ne le dévoilera pas mais il se révèle d’une efficacité absolument redoutable. Pluie d’enfer, grand succès de Broadway, est adapté de manière hyper convaincante et réaliste par Alexia Perimony et Benoît Lavigne. Celui-ci signe aussi la mise en scène, sans faux effets de réalisme, et en s’appuyant sur l’envoûtante scénographie de Laurence Bruley : deux grandes toiles peintes, incrustées d’yeux troublants qui regardent les personnages autant que les spectateurs, comme un clin d’œil à la télévision. La bande son est de la même qualité, autant que la création vidéo et lumières, remarquables de précision dans l’enchaînement.

Rapide, nerveux, le rythme de la pièce n’est pas sans rappeler celui des séries télé : en toute logique, puisque Keith Huff (A Steady rain) est notamment le co-producteur de la série américaine Mad Men, vainqueur 2010 de l’Emmy Aaward et du Golden Globe. Mais le théâtre, ici, ne pâtit pas de cette influence, bien au contraire. Tout repose sur les épaules des comédiens qui sortent brillamment du bourbier où les entraine leurs personnages. Chacun dans son style : davantage en force pour Marchal, plus en retenue pour Wolkowitch, mais tous les deux à l’unisson. Une superbe performance.

Pluie d’enfer de Keith Huff. Mise en scène : Benoît Lavigne. Adaptation française d’Alexia Perimony et Benoît Lavigne. Distribution : Olivier Marchal (Denny) ; Bruno Wolkowitch (Joey). Scénographie : Laurence Bruley. Lumières et vidéo : Fabrice Kebour. Costumes : Cécile Magnan. Son : La Manufacture sonore. Assistante : Sophie Mayer.

A La Pépinière Théâtre, 7 rue Louis Le Grand, 75002 Paris. Jusqu’au 30 avril. Du mardi au samedi à 21 h. Le samedi à 16 h. Places de 29 € à 39 €.
Réservations : 01 42 61 44 16 et www.theatredelapepiniere.com

© Mirco Magliocca

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