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Critiques / Théâtre

Allez Calais d’Osvaldo Guerrieri

par Bruno Bouvet

Toute une ville derrière son club

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En Italie, le football est une religion. La première ou la seconde, c’est selon. Allez donc savoir pourquoi un journaliste transalpin s’est passionné pour le petit club nordiste de Calais au point de lui consacrer une pièce de théâtre. Il existe suffisamment de stars du ballon rond de l’autre côté des Alpes pour ne pas avoir à en chercher dans une pauvre région française balayée par un vent incessant… Ne jouons pas les faux naïfs : le parcours effectué en Coupe de France durant la saison 1999-2000 par les amateurs de Calais, conduisant de parfaits inconnus jusqu’au stade de France pour y disputer la finale de la compétition, fut davantage qu’un authentique exploit sportif, jamais réalisé jusque-là par une équipe de CFA, l’équivalent de la quatrième division… Il sonnait la revanche d’une ville sinistrée, reléguée au rang de parking avant le tunnel sous la Manche et d’abri de fortune pour des clandestins traqués par la police. Cette double dimension sociologique et romanesque n’a pas échappé à Osvaldo Guerrieri qui a pris la plume pour conter l’épopée de onze footballeurs réussissant à soulever la ferveur de l’ensemble d’une ville. Mieux encore Cédric Schille, Mickaël Gerard , Réginald Becque et leurs coéquipiers furent glorifiés par la France toute entière, trop heureuse de s’identifier à ces David –occupant dans le civil des emplois tout à fait ordinaires- qui s’en allaient défier Goliath, en l’occurrence les (riches) professionnels du FC Nantes. La fin ne fut pas heureuse, Calais fut battu dans des conditions douteuses à l’ultime minute du temps réglementaire, sous l’effet d’un pénalty terriblement litigieux. Mais à vrai dire, l’issue du match importe peu ici car « Allez Calais » ne parle pas (vraiment) de foot.


Mêlant la réalité à la fiction –plusieurs personnages sont inventés- le texte conte l’histoire d’une métamorphose, avec une légèreté sautillante qui n’est pas la moindre surprise de ce spectacle étonnant et tout à fait réjouissant, imaginé par le Teatro Stabile de Calabre. Car le récit n’est pas porté par des comédiens en shorts et crampons, encore moins par des supporters bruyants exhibant leur corne de brume… mais par une ravissante et frêle interprète italienne, entourée de trois musiciens tout en finesse. Le Bubbez Orchestra accompagne la délicieuse Marianella Bargilli dans cette improbable aventure : évoquer d’une voix féminine, alternativement en français et en italien (grâce aux surtitres défilant sur grand écran) l’épopée de onze héros masculins. Le contre emploi fonctionne à merveille d’autant que l’accent chantant et ensoleillé de la comédienne évite de surligner les accents « germinaliens » de l’histoire. Marianella Bargilli porte son regard mutin et gentiment ironique sur tous ces observateurs extérieurs contraints de se déplacer dans cette ville de Calais où ils n’avaient jamais mis les pieds. Le reporter de l’Humanité se demande ce qu’il va bien pouvoir raconter quand il découvre que les joueurs de Calais ont tous une destinée individuelle digne d’intérêt. Des vieilles dames qui ne connaissaient rien au foot se prennent de passion pour ces jeunes gens plein d’allant et d’enthousiasme qui leur insuffle un enthousiasme qu’elles croyaient avoir perdu. Peu à peu, la cité portuaire se pare en jaune et rouge, exhibant sa fierté aux yeux du pays médusé. Là où il n’y avait plus d’avenir, de modestes footballeurs redonnent de l’espoir à leurs concitoyens. C’est sans aucun doute pour cette raison que les protégés de Ladislas Lozano (l’entraîneur glorifié à l’époque, abandonné aujourd’hui) ont marqué la mémoire collective. Pour cette raison aussi qu’il faut féliciter cette équipe artistique italienne de leur rendre un hommage amplement mérité.

Allez Calais d’Osvaldo Guerrieri. Traduction : Antonella Amirante. Mise en scène : Emanuela Giordano. Avec Marianella Bargilli et le Bubbez Orchestra (Ermanno Dodaro, Giovanna Famulari, Massimo De Lorenzi) Costumes : Adele Bargilli ; Lumières : Luigi Ascione ; Vidéo : Paolo Calafiore.
Théâtre Mouffetard, 73 rue Mouffetard, 750005 Paris. Jusqu’au 17 septembre. Tél : 01 43 31 11 99. www.theatremouffetard.com Durée : 1 h.

Photo Pietro Scarcello

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