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Critiques / Théâtre

Onéguine d’après "Eugène Onéguine" d’Alexandre Pouchkine

par Dominique Darzacq

Aux feux de l’art et de l’intelligence

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Au commencement du spectacle, on s’imagine dans un de ces salons mondains où le soir pour se distraire on joue aux devinettes. Ici elles s’avèrent ludiques, mises au parfum de cet inclassable monument de la littérature russe qu’est Eugène Onéguine, roman en vers octosyllabiques de 364 strophes, soit cinq mille cinq cents vers. « Une différence diabolique » selon Pouchkine qui l’écrivit en dix ans (1821 – 1831) et qu’André Markowicz mit 28 ans à ciseler en français. Un travail de haute poésie, attentif à coller comme une évidence au cœur et à la musicalité de l’œuvre, et à « rendre possible la familiarité, l’insolence et la douceur caractéristique que Pouchkine instaure entre la poésie et son lecteur ». Des visées auxquelles la mise en scène de Jean Bellorini s’attache, avec brio, à emboîter le pas.
Au centre d’un espace bi-frontal, juste deux tables, un piano, quelques candélabres et leurs bougies, un peu en retrait, mais volontairement présente, une console technique, point stratégique d’un spectacle qui s’appréhende essentiellement par l’oreille. Ceux qui en tiennent que le théâtre est avant tout un texte et des comédiens sur une scène, peuvent dans un premier mouvement s’agacer de l’adjonction d’écouteurs pour le public comme pour les comédiens qui eux se relaient un minuscule micro en fonction du rôle et de la narration. Il est vite évident qu’il s’agit moins de sacrifier au goût du temps que d’affirmer le pouvoir imaginaire de la parole, de nous faire, un peu comme le soir à la veillée, parties prenantes de l’histoire d’Onéguine, dandy atteint de « La maladie dont le mystère/ laissent pantois les gens de l’art, /Nommée « le spleen » en Angleterre, / Et, chez nous-autres, « le cafard ».

Lassé des fêtes et du monde, profitant d’un héritage, il s’installe à la campagne, se lie d’amitié avec Lenski, jeune poète qui aime Olga et que par jeu il tente de séduire. Provoqué en duel par le fiancé outragé, il le tue et s’aperçoit trop tard que Tatiana initialement froidement repoussée était son seul amour !
Bruits de calèches cahotant sur les chemins, vent agitant les bouleaux, tintement des verres, froissement d’une robe un soir de bal, bouchons de champagne qui sautent, portes qui grincent, crissements des pas dans la neige…. de bruitages en musique où affleurent des arpèges Tchaïkovskiens, la bande son (Sébastien Trouvé) nous plonge « corps et âme » dans un monde « au sourire d’une infinie tristesse », dans les méandres de l’ âme russe qui palpite au cœur de ce récit distillé entre lyrisme bien tempéré et distanciation par un magistral quintette d’interprètes dont tous sont à saluer : Clément Durant, Gérôme Frechaud, Antoine Raffalli, Matthieu Tune, Mélody-Amy Wallet.

Conçu en toute intelligence du texte de Pouchkine et servir au mieux l’œuvre, le dispositif scénique imaginé par Jean Bellorini a été aussi pensé pour être un spectacle tout terrain, apte à aller partout. Si donc vous le voyez programmé dans le centre culturel, la salle des fêtes, la bibliothèque, le gymnase, l’école, le chapiteau de votre ville ou village, n’hésitez pas, courez-y vous y ferez une fascinante virée en Pouchkinie.

Onéguine d’après « Eugène Onéguine » d’Alexandre Pouchkine, traduction : André Markowicz, mise en scène : Jean Bellorini, réalisation sonore : Sébastien Trouvé, avec Clément Durand, Gérôme Ferchaud, Antoine Raffalli, Matthieu Tune, Mélodie-Amy Wallet (durée 2h)

TGP Saint Denis jusqu’au 20 avril tel 01 48 13 70 00 / www.theatregerardphilipe.com
A Marseille (Théâtre de la Criée) du 21 au 26 mai

Crédit photos Pascal Victor

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