Paris, Théâtre du Rond-point jusqu’au 24 mars 2012

Moi je crois pas ! de Jean-Claude Grumberg

Un duo d’exception

Moi je crois pas ! de Jean-Claude Grumberg

« Moi je crois pas » dit l’homme, « moi je crois » dit la femme…c’est ainsi que commencent toutes les scènes de cette courte pièce qui enchaîne les sujets les plus inattendus, des fayots qui font péter à l’Immaculée conception, en passant par la vie après la mort ou l’existence du yeti. Cela pourrait tenir de la scène de ménage ordinaire qui sonne creux si une sensation quelque peu inquiétante, un malaise infondé, ne s’insinuait entre les lignes, tapie sous le rire. Solange est vissée devant la télé, passionnée par les documentaires animaliers, seule fenêtre sur le monde ; Henri bougonne et s’emporte pour pas grand-chose, obsédé par les complots en tous genres. Reclus ou presque, ils ignorent qu’ils ne connaissent du monde que ce que leur en dit la télévision et, coupés du réel, ils s’effraient de tout.

Ces dialogues souvent absurdes, qui tiennent un peu des Diablogues de Dubillard par la structure et le rythme, sont au fond leur bouée de sauvetage. Ces affrontements ont pour seul enjeu de continuer à se sentir vivants alors qu’ils n’ont rien à se dire, sinon le besoin vital qu’ils ont besoin l’un de l’autre. S’ils ne communiquent plus, et peu importe le sujet, ils sont morts, comme on le comprend à la fin. Grumberg a écrit un texte piégé qui recèle des pistes de lecture, ainsi de la peur de l’Autre, de l’étranger, de la mémoire qui s’en va détricotant les fils de notre histoire (et chez Grumberg on sait de quel poids pèsent ces mots). Comme si, en sourdine, avançant masqué, il projetait sur l’avenir les menaces du passé. Mais il n’est pas certain qu’on ait le temps de percevoir ces fils tendus entre deux répliques.

Charles Tordjman, familier de Grumberg dont il avait mis en scène Vers toi terre promise avec grand talent, a choisi une distribution de choc, avec Catherine Hiégel et Pierre Arditi, deux fortes personnalités qui se renvoient la balle avec énergie, elle, un rien butée, réservée, excepté une grosse colère pour défendre le yéti, lui plutôt soupe au lait et grincheux, tous les deux formidablement accordés pour une partition au tempo exigeant. Le metteur en scène et les acteurs ont eu le souci de ne pas verser dans un réalisme réducteur. De même, le scénographe Vincent Tordjman a conçu un décor minimaliste qui joue sur de belles ambiances colorées. C’est un théâtre intimiste qu’on aurait préféré voir dans une salle plus petite, mieux apte à révéler toutes les dimensions de cette pièce portée par ces deux grands acteurs qu’il est réjouissant de voir réunis.

Moi je crois pas ! de Jean-Claude Grumberg, mise en scène Charles Tordjman, avec Catherine Hiégel et Pierre Arditi ; scénographie Vincent Tordjman. Au théâtre du Rond-point à 18h30, jusqu’au 24 mars 2012.
durée : 1h10. Tel : 01 44 95 98 00.

A propos de l'auteur
Corinne Denailles
Corinne Denailles

Professeur de lettres ; a travaille dans le secteur de l’édition pédagogique dans le cadre de l’Education nationale. A collaboré comme critique théâtrale à divers journaux (Politis, Passage, Journal du théâtre, Zurban) et revue (Du théâtre,...

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