Paris, théâtre de la Bastille jusqu’au 30 juin 2013
Mes jambes, si vous saviez quelle fumée
Ce merveilleux farceur

Pierre Molinier était fétichiste et photographe, dénué de toute inhibition au point qu’il n’était même pas indécent tant ses extravagances étaient naturelles, et franchement provocatrices. Ce que nous appelons vice il l’appelait envie, désir. Pierre Molinier a commencé par tomber amoureux des jambes de sa sœur, puis des siennes (puisque celles de sa sœur lui étaient interdites), puis, par voie de conséquence, des bas, et de tout ce qui gaine les jambes. Il laissait joyeusement libre cours à ses désirs, le plaisir sexuel étant pour lui le seul sens de la vie. Il a peint ses fantasmes et choqué la bonne ville de Bordeaux avec « ces trous du cul de chats dans la campagne bordelaise ». Puis ce fut la photographie à des fins que la morale réprouve, ce qui l’amusait follement.
La mise en scène de Bruno Geslin est osée, coquine, irrévérencieuse mais jamais vulgaire. Dans une demie pénombre, sur fond de paravents recouverts de toile de Jouy (on appréciera l’hommage au jouisseur qu’était Molinier), le metteur en scène articule de très belles vidéos, des tableaux vivants évoquant les photos de Molinier, entre Eros et Thanatos. Pierre Maillet s’est glissé dans la peau du photographe et ce n’est pas un moindre mot ; il a fait un travail exceptionnel sur une matière à haut risque. Les quelques mots prononcés à la fin par Molinier lui-même donne une idée du degré d’exigence et du talent du comédien. Engoncé dans une guêpière qui lui comprime la poitrine, les jambes (qu’il a fort belles) gainées de bas noirs, il raconte les séances de Molinier avec ces femmes mariées bien sous tous rapports qui partageaient en secret ce culte du plaisir et de l’exultation du corps. Le comédien, souvent drôle, voire touchant, ne met jamais le spectateur mal à l’aise tant il est toujours dans le jeu, comme Molinier probablement que ses amis qualifiaient de « merveilleux farceur », ponctuant ses propos lestes d’un petit rire canaille irrésistible.
Le spectacle a été en 2004 au théâtre de la Bastille ; Bruno Geslin et Pierre Maillet ont décidé de le reprendre régulièrement jusqu’à ce que Maillet atteigne les 76 ans qu’avait Molinier quand, malade, il s’est donné la mort en laissant pour testament : « je mets fin à mes jours et ça me fait bien rigoler »
Mes jambes si vous saviez quelle fumée, un spectacle inspiré de l’œuvre photographique et de la vie de Pierre Molinier (1900-1976) ; adaptation théâtrale de Bruno Geslin et Pierre Maillet ; mise en scène Bruno Geslin ; avec Pierre Maillet, Elise Vigier, Nicolas Fayol ; images, Bruno Geslin, Samuel Perche ; son, Teddy Degouys ; lumière, Laurent Bénard ; costumes, Laure Mahéo. Au théâtre de la Bastille jusqu’au 30 juin, du mardi au samedi à 21h, dimanche à 18h. Durée : 1h10. Rés. 01 43 57 42 14
www.theatre-bastille.com
photo montage : Samuel Perche



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