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Mémoire d’une chanteuse française de Gérard Zwang

par Marcel Marnat

Madeleine Grey : sale caractère ?

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Les Voix Illustres avaient, il y a bien longtemps (1965 !) restitué aux ravéliens “classiques” les enregistrements de Madeleine Grey (Chansons Madécasses, Mélodies hébraïques). Et puis, ce tirage modeste disparut et, depuis, il faut être accro pour débusquer chez Pearl ou chez Cascavelle une dommageable dispersion de ces “cires” exemplaires. Exemplaires non point parce qu’ elles sont vieilles mais parce que l’ autorité et la diction de Madeleine Grey n’ ont jamais été égalées (Ravel lui-même y veilla la plupart du temps). À ce fantôme on devait déjà bien de la reconnaissance.

Et voici qu’ elle va être redoublée par la parution récente d’un livre à proprement parler explosif. Le hasard seul en dispose déplorait Pascal et on constate, une fois de plus, combien le hasard pallie la défection de ceux qui auraient dû préserver tant de souvenirs précieux. Les a-t-on entendus les ténors de notre critique médiatique lorsque Madeleine Grünberg dite Madeleine Grey disparut en 1979, silencieuse depuis un quart de siècle, silencieuse mais pas muette ! Si elle avait perdu son timbre impérieux, sa grande gueule ne chômait pas et peut être son caractère plutôt vif avait-il fait le vide auprès de ceux qui n’ avaient plus rien à attendre d’ elle...

C’ est donc le hasard qui fit un musicologue amateur, comme on les aime, rencontrer l’ emmerdeuse et qui, ébloui, fit se confesser, douze heures durant, devant un magnétophone celle qui avait été l’ interprête familière de Fauré, Canteloube et Ravel.

Qu ‘on me pardonne mais dans “confession” il y a “fesse”. Madeleine Grey, sans diplomatie, balance ici tout ce qu’elle a vu et vécu dans l’ entre-deux guerres, entre l’intelligentsia française, qui l’ adulait, et l’ Italie, où elle copulait (jusque sous les arches du Colisée !) avec un secrétaire d’ état de Mussolini...

Faut-il le dire ? Aussi bien la police transalpine que nos Chers Maîtres en sortent quelque peu ébréchés. Si on rit de bon coeur à l’ évocation de tant de vieux cochons, il reste un tableau étonnamment vivant de nos années folles, de notre sinistre avant-guerre et de notre déplorable après-guerre. Ce sont des souvenirs au magnétophone : cela veut dire que la grammaire n’ est pas toujours exacte, que le vocabulaire sort parfois de l’ ordinaire... Mais, bon sang ! tant mieux ! Et le fait que de ce guignol seul Ravel émerge dans une dignité à la hauteur de sa musique n’ en prend que plus de relief. Au loin la brosse à reluire : Madeleine Grey a plutôt recours au chiendent : ça ravigote !

Mémoire d’une chanteuse française (Madeleine Grey),
éditions de l’Harmattan - 299 pages - 29,50 €

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1 Message

  • Mémoire d’une chanteuse française de Gérard Zwang 25 mars 13:42, par Tourtet eliane

    Je trouve par hasard cette chronique sur Madeleine Grey.
    Car on ne trouve plus grand chose sur Madeleine Grey ... Décédée en 1979, personne ne s’étant soucié d’elle, sa tombe a depuis été détruite.
    Une si grand chanteuse mérite mieux que ça.
    La vie ne l’a pas épargné. Elle se reposait dans sa modeste maison de Nyons où elle vocalisait tous les matins d’été. Une jour peut être cette commune drômoise lui accordera une place, une rue, une salle, pour témoigner de sa carrière et de sa vie.

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