Paris - Les Abbesses jusqu’au 24 octobre 2008
Madame de Sade de Yukio Mishima
Reflet de Sade dans l’œil des femmes

Par l’intelligence et la subtilité de sa forme, la flamboyante alchimie de sa distribution, ce Madame de Sade, mitonné par Jacques Vincey et son équipe inciterait volontiers à abuser de superlatifs flatteurs. La pièce qui, nous dit l’auteur, pourrait s’intituler « Sade vu à travers le regard des femmes » a pour point de départ une énigme : « Comment la marquise de Sade, qui avait montré tant de fidélité à son mari pendant ses longs emprisonnements, a pu l’abandonner au moment où il retrouvait la liberté ». Pour tenter d’y répondre, il fait « parader les sentiments en habits de raison », use du choc des concepts, écrit une pièce d’affrontement tout en contrepoint de voix féminines où se dessine un Sade que l’absence rend plus fascinant et dont le portrait ne se réduit pas au seul « sadisme ».
Un goût d’absolu
Avant ses frasques, ce que retient Mishima, et Jacques Vincey le rend perceptible, c’est une liberté d’esprit qui fait craquer les jointures du vieux Monde, un goût d’absolu où le rejoindrait, dans la version fidèle, sa femme Renée de Sade (Hélène Alexandridis). « Donatien n’est pas un coquin ; c’est une sorte de seuil entre moi-même et l’impossible, ou peut-être entre Dieu et moi » explique-t-elle à sa mère, Mme de Montreuil (Marilù Marini), femme égoïste, soucieuse des apparences, attachée à l’ordre social et à la moralité, qui met tout en œuvre pour maintenir en prison « le cheval fou qui est entré dans sa famille ». Dans son salon se croisent, Anne (Myrto Procopiu) sœur cadette de Renée, sans principe, qui fuit à Venise avec Sade avant de le dénoncer, la comtesse de Saint-Fond (Anne Sée) libertine à l’humour ravageur, le double féminin du divin marquis « qui a fait belle moisson de tout ce qui croît à Cythère », la baronne de Simiane (Isabelle Mazin), amie d’enfance de Donatien, que ses dévotions à Dieu consolent de n’avoir point épousé le marquis. Au fil de leurs rencontres, elles disputent autour d’une ombre sous l’œil distant de Charlotte, la domestique jouée par un comédien (Alain Catillaz) qui fait également office de servant de scène et de musicien.
Un esthétisme raffiné
Lorsqu’en 1986 à Chaillot, Sophie Loucachewski fait jouer la pièce par des comédiens, elle se réfère à l’art de l’Onnagata. C’est plutôt en regardant du côté du Bunraku, qui expose à la fois l’art et le travail, que Jacques Vincey organise, chorégraphie devrait-on dire, une mise en scène à l’esthétisme raffiné qui jette des ponts vers le théâtre français du XVIIIe siècle, par les coiffures ( Cécile Kretschmar) et les costumes à vastes crinolines et à roulettes (Claire Resterucci) conçus nous dit-il « comme des machines de guerres ».
Les comédiennes, dont au début de la pièce, nous suivons les évolutions à travers la transparence d’un rideau de tulle, investissent leur personnage en même temps que leur costume dont elles usent selon les moments comme refuge de leurs peurs, carcan de leurs convictions, tribune d’où la parole livre bataille. Les mots claquent comme le fouet de Mme de Saint-Fond , coupent comme les lames d’un sabre. Ils sont les armes avec lesquelles ferraillent les figures souveraines d’un jeu d’échec dont un gong ponctue les coups, mais dont on ne sait, en fin de compte, qui est mat. Il n’est pas toujours nécessaire de résoudre les énigmes.
Madame de Sade de Yukio Mishima. Mise en scène Jacques Vincey, avec Hélène Alexandridis, Alain Catillaz, Marilù Marini, Isabelle Mazin , Myrto Procopiu, Anne Sée.
Spectacle créé au Théâtre Vidy- Lausanne.
Reprise à Paris au Théâtre des Abbesses du 18 au 24 octobre 2008. Du mardi au samedi à 20h30, dimanche à 15h. Tél : 01 42 74 22 77. Tournée, notamment 13-14 nov à Beauvais, 17 nov Aulnay/Bois, 20 nov Saintes, du 25 au 27 novembre Reims (La Comédie),28 Bar-le-Duc, 3-4 décembre La Rochelle (La Coursive), 9 décembre Dieppe, 12 décembre Meylan, 16 décembre Draguignan.
Durée 2h15
crédits photographiques : Anne Gayan
Première publication 14 mai 08




