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Loïc Mobihan : Un pied au Conservatoire, l’autre au Théâtre de Poche

par Dominique Darzacq

Et la passion du théâtre pour boussole

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Actuellement à l’affiche du Théâtre de poche où il interprète Ulysse dans Les Voisins , la pièce de Michel Vinaver que met en scène Marc Paquien, Loïc Mobihan, vingt-deux ans aux prunes, n’est pas tout à fait un inconnu. On a pu le voir aux côtés de Léa Drucker et Michel Fau dans la pièce de Montherlant Demain il fera jour , ainsi que d’Ariane Ascaride, - « auprès de qui, dit-il, j’ai beaucoup appris » - et avec qui il jouait Le Silence de Molière pièce dans laquelle, sous la direction de Marc Paquien, il était le jeune homme assez fou de théâtre pour oser forcer la porte d’Esprit-Madeleine , la fille de Molière. Un rôle avec lequel, avoue-t-il, il se trouvait en intime accointance et qu’il nourrissait à des sources plus contemporaines, « il y eut des soirs où je me disais que j’allais rencontrer la fille de Strehler ». Un de ces « maîtres de l’illusion » qui le fascine et alimente sa passion pour le théâtre. Un virus contracté tôt et inoculé par rebond.

Le théâtre comme mirobolante fabrique d’illusion

Ce sera d’abord au Jardin d’acclimatation. Le spectacle de marionnettes auquel l’a mené son père laisse le bambin de 5 ans « tout juste mutique et sidéré devant les toiles peintes qui représentent des châteaux et des forêts et des poupées qui nous donnent l’illusion d’être des vrais personnages. » Dès lors la marionnette occupe ses rêves et ses jeux, « je passais mes journées dans ma chambre à inventer des spectacles pour lesquels mon père qui est plasticien me faisait les décors ». A l’âge des culottes courtes, Loïc Mobihan fait ses gammes de futur marionnettiste, ce qu’il veut être alors, et gagne son argent de poche en animant, grimpé sur un tabouret, des marionnettes à gaine avec les professionnels du Champs de Mars. Pour autant il n’en a pas fini avec les révélations. Celle du théâtre viendra par le truchement d’une adaptation des Dix petits nègres d’Agatha Christie au Palais Royal. Le spectacle fait office de piqûre de rappel et met le feu aux poudres de sa trajectoire de comédien. Le théâtre, mirobolante fabrique d’illusion, devient à son tour l’objet de ses désirs et de ses curiosités. Il a quatorze ans, se goinfre de lectures de pièces, court, le plus souvent seul, les théâtres : « à quinze ans j’aimais beaucoup aller seul au théâtre. » Et c’est tout naturellement que l’élève du lycée Lamartine décide de passer par la case bac théâtre. S’il n’y apprend pas le métier de comédien, du moins y trouve-t-il un viatique apte à nourrir ses appétences et ses curiosités. Elles sont sans bornes car tout ce qui participe du geste théâtral l’intéresse. « Je suis, dit-il, tout aussi passionné par le fait de pénétrer dans une salle de théâtre, de découvrir un rideau de scène, que par le jeu d’un acteur ou par un effet de lumière ».

Ce qui frappe chez ce jeune acteur, c’est la somme de ses connaissances peu communes à son âge. Il semble tout connaître du théâtre , celui d’aujourd’hui comme celui des grands aînés dont il regarde en boucle les vidéos de leurs travaux et est incollable sur les distributions de leurs spectacles qu’il s’agisse de la Trilogie de la Villégiature de Strelher, du Hamlet mis en scène par Chéreau, ou encore des spectacles de Vitez, ce qui ne l’empêche pas de s’enchanter de la vision de la pièce d’Olivier Py Illusions Comiques et surtout du jeu de Michel Fau « acteur fou, qui semblait prendre tellement de plaisir en scène et en procurer à ceux qui le regardaient » et que du haut de ses 17 ans, il n’aura de cesse « de rencontrer en vrai ».

Le théâtre du matin au soir

Loïc Mobihan prépare d’arrache-pied le concours d’entrée au Conservatoire quand Michel Fau qui a vu sa prestation dans le rôle d’Hamlet à l’occasion du bac théâtre l’engage pour jouer dans la pièce de Montherlant au Théâtre de L’Œuvre. « Ce fut une période extrêmement dense et je ne savais plus très bien qui j’étais, où j’étais et ce que je faisais. Tous les soirs je me retrouvais sur un plateau avec des acteurs magnifiques et le concours du Conservatoire qui me tenait tellement à cœur passait au second plan de mes préoccupations ».Et puisqu’au théâtre tout peut arriver, l’élève comédien ne cessera de toute sa formation, un pied au Conservatoire, l’autre se frottant à la réalité des planches, d’emmêler apprentissage d’école et formation sur le tas, et de pouvoir ainsi, « faire le lien entre ce qu’on me disait le matin et ce que je vivais le soir » . Une formation accélérée en somme qui se répète cette saison puisqu’il entame sa troisième année de Conservatoire en même temps qu’il joue dans Les Voisins au Théâtre de Poche. (A partir du 4 septembre)

Une drôle d’histoire de voisins bien calés dans le train- train de leur microcosme et auxquels nous dit l’auteur « il en arrive des masses ». Une pièce drôle et grave qui parle de la famille, de l’amitié, des relations de pouvoir dans l’entreprise, de lingots d’or cachés et se déploie autour de deux pères et de leur enfant respectif : Alice et Ulysse, « le jeune homme qui au commencement de la pièce est tourneboulé par la mort de sa chienne. C’est pour lui une affaire d’autant plus terrible qu’elle est sa première confrontation avec la mort » explique Loïc Mobihan qui ne cache pas d’avoir été d’abord dérouté « par l’écriture fragmentée de la pièce où les paroles se croisent, se chevauchent et s’enchevêtrent ». Désarçonné certes, mais surtout interpelé par la complexité d’une pièce où la mort sert d’allumage. De lecture en relecture, et au fil des répétitions, attentif à ce que les autres personnages disent d’Ulysse, le comédien comprend dit-il que c’est « au cœur même de l’écriture que s’appréhende la personnalité de ce garçon dont le comportement n’est pas loin de celle d’un autiste. Un jeune homme mal fini, enfermé dans son monde et s’il est bien celui par qui arrive la terrible bourrasque qu’auront à traverser les voisins c’est, je crois, en toute innocence ».

Heureux de sa double casquette d’élève et de praticien qui lui permet de brûler la chandelle théâtre par les deux bouts, Loïc Mobihan ne cache pas son plaisir de retrouver Marc Paquien , « metteur en scène ouvert au dialogue et pour qui le spectacle est l’objet d’une recherche commune au service de l’auteur », soit Michel Vinaver et l’histoire d’un jeune homme cerné par la mort qui peine à trouver le chemin de sa propre vie , un conte initiatique qui mêle mythe et réalité et où en mots simples et clairs se font entendre les fragilités de notre humanité.

Les Voisins de Michel Vinaver , mise en scène Marc Paquien, avec Lionel Abelanski, Alice Berger, Patrick Catalifo, Loïc Mobihan. Au Théâtre de Poche à partir du 4 septembre www.theatredepoche-montparnasse.com

Photo portrait ©Xavier Robic

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