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Les Théâtrales Charles Dullin

par Dominique Darzacq

Au vif de la création d’aujourd’hui

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Avec 33 spectacles, proposés dans 23 lieux partenaires (du 5 novembre au 16 décembre), Les Théâtrales Charles Dullin s’annoncent aussi profuses qu’alléchantes. Créée en 1967 par Raymond Gerbal, alors directeur du Théâtre Romain Rolland de Villejuif, soutenue par le Département, cette biennale que dirige Guillaume Hasson depuis 2003 a pour particularité de « fédérer et de dynamiser » tout un réseau de structures culturelles du Val de Marne autour de la volonté commune d’offrir à un large public le meilleur de la création contemporaine.
C’est dans le droit fil de ces objectifs que se place cette nouvelle édition qui, sous le signe de l’infini, entend « ouvrir les portes de l’inconnu et à l’inconnu, repousser les limites imposées par la dictature du chiffre qui s’arroge le pouvoir partout, qui altère nos prérogatives, cadenasse nos envies et désirs, plombe nos rêves » explique Guillaume Hasson qui nous invite à « marcher ensemble sur ce fil ténu qu’est le présent ».
Un présent traversé de nombreux visages de femmes, mais aussi par tout ce qui, pour le meilleur et pour le pire, tisse le monde d’aujourd’hui, ses fracas et fractures, ses déracinements, ses inégalités, ses douleurs mais aussi ses espoirs, ses élans de tendresse. Un présent décliné à travers la diversité des formes et des approches créatrices. Des écritures de plateau, des seuls en scène, des spectacles qui croisent la musique, le texte et l’image, usent de la marionnette et du théâtre d’objets et qui, sous le titre écritures textuelles, font une large place aux auteurs, sans oublier ceux qui, comme David Lescot, Daniel Keene, écrivent pour le jeune public qui n’est pas oublié dans cette kaléidoscopique programmation qui regarde aussi hors nos frontières. Parmi les troupes venues d’ailleurs, la troupe Israélienne Winter Family, qui, avec son spectacle documentaire Plomb durci , brosse un portrait cinglant de son pays.

Au chapitre des écritures de plateau sont particulièrement à signaler, Change me concocté par Camille Bernon et Simon Bourgade qui mixent Ovide, Isaac de Benserade et la vie de Brandon Teena pour explorer la question du genre et de l’identité, Les secrets d’un gainage efficace par le collectif Les Filles de Simone qui met sans concession le doigt sur les progrès réalisés en matière de libération des femmes et surtout sur le chemin escarpé qui reste à parcourir.
Pour sa part et à la rubrique « nouvelles écritures textuelles », Côme de Bellescize, avec Soyez-vous-même  », propose une comédie décapante autour de l’abus de pouvoir et les difficultés à être soi-même dans le monde de l’entreprise.
Parmi les voix singulières qui se feront entendre, il y aura celle de l’auteur Koffi Kwahulé, relayée en scène par la comédienne-chanteuse Ludmilla Dabo qui, accompagnée des quatre musiciens de Mister Jazz Band, donne superbement corps au cri de révolte de Jaz, jeune femme violée par son voisin. Créée à La Loge à Paris, Jaz tissé de rage, de trivialité, de douleur et de poésie, fut un des succès du dernier Festival Off Avignon.
Promouvoir l’écriture dramaturgique, c’est aussi prendre les risques de la création. Ce sera donc à l’affiche : Le Temps des H+MMES de Nicolas Giret-Famin. Un thriller psychologique d’anticipation qui, à travers le thème de l’homme augmenté, explore celui de l’identité et de la dépersonnalisation. Avec Obsessions , Soeuf Elbadawi entrelace dramaturgie, théâtre d’objets, musique, chœur soufi, poétique du conte, pour nous dévoiler tous les naufrages passés sous silence des comoriens qui tentent de rallier Mayotte, seule île de l’Archipel à être restée dans le giron de la France. Ce sera aussi Abeilles de Gilles Granouillet qui, dans cette pièce à l’écriture simple et concise, explore les relations parent-enfant au sein de ce microcosme complexe et banal qu’est le cercle familial.

Ce festin théâtral qui s’achèvera par l’âpre et fascinante pièce de Pascal Rambert Actrice qu’irradie le duo Marina Hands/Audrey Bonnet, commencera aussi très fort avec Stück plastik, une pièce en plastique de Marius Von Mayenburg. Un couple de cadres, humaniste de gauche, submergé par le travail et proche de l’implosion, décide d’employer une aide-ménagère pour les soins de la maison et de leur fils. Ce qui ne s’avère pas si simple ! « Marius Von Mayenburg , avec une impitoyable lucidité met en lumière le gouffre existant entre nos convictions et nos actes, impose avec un humour noir une plongée dans les recoins obscurs de nos âmes petites-bourgeoises. C’est brillant, jouissif et ça fait très mal » explique Maïa Sandoz qui met la pièce en scène.

Pour Les Théâtrales, soutenir la création contemporaine c’est évidemment organiser aussi la rencontre des œuvres avec le public, faire en sorte « d’élargir le cercle des connaisseurs » comme le disait Bertolt Brecht. C’est dans cette optique que sont nés Les Colporteurs, soit un réseau au large éventail sociologique et culturel de spectateurs enthousiastes et curieux qui font circuler tous azimuts, et selon divers manières, les informations sur les spectacles qu’ils ont vus. « L’aventure des colporteurs contribue à ce qu’ils deviennent leur propres experts , en élaborant peu à peu leur propres critères et en les faisant évoluer » explique l’équipe des Théâtrales qui au spectateur consommateur préfère le spectateur responsable.

Les Théâtrales Charles Dullin du 5 novembre au 16 décembre
Tel 01 48 84 40 53 - festival lestheatrales.com- www.lestheatrales.com

Photos « Change me » ©Benjamin Porée, « Soyez vous-même » © Pauline Le Goffes, « Actrice » ©Jean-Louis Fernadez

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