Avignon, gymnase du lycée Mistral
Le début de quelque chose de Hugues Jalon
Le début de pas grand-chose

Ce spectacle de Myriam Marzouki est le prolongement de Invest/conference présenté à Avignon en 2011. Elle a voulu montrer la vie dans un de ces clubs de vacances où les riches occidentaux viennent tomber la chemise et la Rolex pour oublier le stress des affaires dans un système touristique « tout inclus » où l’on est prié de laisser ses effets personnels et son jugement critique au vestiaire. Généralement situés dans des pays économiquement et/ou politiquement précaires, ces temples de la consommation sont construits à l’abri des regards envieux des autochtones et les vacanciers se fichent de savoir quelle misère ravage les familles de ceux qui les servent qui, d’ailleurs, devraient être bien contents d’avoir du travail grâce aux capitaux occidentaux.
Sur une scène aseptisée, d’une blancheur immaculée, il ne se passe pas grand-chose. Les organisateurs accueillent les arrivants. Installés sur des transats, ceux-ci écoutent des promesses de séjour idylliques. Des vidéo sont projetées sur un écran courbe en fond de plateau où l’on voit la plupart du temps la plage. Les touristes sont interprétés par un groupe d’amateurs un peu pompeusement appelé « Le chœur ». Du côté des organisateurs on comprend que la tension monte, des menaces planent sur l’approvisionnement ; il semblerait que le paradis soit une oasis située dans une contrée agitée. A la fin, les organisateurs ne contrôlent plus rien et c’est la débandade qui nous renvoie aux images du début qui montraient une sanglante scène de chasse au sanglier où l’on voit les bêtes paniquées mues par un instinct grégaire se jeter du haut d’une falaise, belle métaphore de la vie touristique concentrationnaire poussée à son paroxysme.
Un sujet très intéressant dont Myriam Marzouki ne fait pas grand-chose. On s’ennuie tandis que les vacanciers, à force de perte de repères, perdent les pédales ; ce n’est pas de la faute des acteurs qui s’en sortent plus qu’honorablement. C’est comme si on ne nous montrait que l’écume des choses. Il ne suffit pas de suggérer le délitement d’une situation pour faire théâtre ; encore faut-il que la dite situation soit signifiante. Pourtant, en filigrane, on devine que le texte de Hugues Jalon, dont est tiré le spectacle, pourrait bien receler des finesses d’analyse rétives à la scène et de véritables qualités littéraires dans la structuration du récit.
Le Début de quelque chose d’après un texte de Hugues Jalon ; mise en scène Myriam Marzouki ; scénographie Bénédicte Jolys ; costumes, Laure Mahéo ; lumières, Ronan Cahoreau-Gallier ; musique, Toog ; images, Philippe Rouy. Avec Christophe Brault, Alain Gintzburger, Charline Grand, Johanna Korthals Altès, Elios Noël ; et un chœur d’amateurs : Sylvie Cens, Ninon Defalvard, Jeanne Desoubeaux, Yves Laffineur, Cloé Lastère, David Leclerc, Florence Meillet, Richard Perrin.
Le début de quelque chose de Hugues Jalon paru aux éditions Gallimard, publié par Verticales.
Spectacle créé le 15 juillet 2013 au gymnase du lycée Mistral à Avignon.
Tournée
28 et 29 mars 2014 au théâtre du fil de l’eau à Pantin
9 avril 2014 au Phénix, scène nationale de Valenciennes.
Photo Christophe Raynaud De Lage/Festival d’Avignon



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