Accueil > Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat

Critiques / Jeune Public

Le Petit Chaperon rouge de Joël Pommerat

par Corinne Denailles

Dans la forêt des contes

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

Ce conte de la tradition orale dont l’histoire remonte à la nuit des temps a connu de nombreuses versions différentes dont certaines peu fréquentables. Nous connaissons celles de Perrault et des frères Grimm. Chez le premier, le loup triomphe définitivement de la grand-mère et de la petite fille tandis que les seconds les sauvent par l’entremise du chasseur. C’est selon cette option que Joël Pommerat a réécrit l’histoire et d’une bien belle manière, réécriture textuelle et visuelle qui fait la marque de son travail ouvrant les portes du symbolique, du fantastique et du poétique. Pour redonner au conte une énergie nouvelle, détail qui a son importance, il habille d’une veste blanche, à capuche, le petit chaperon rouge, prenant le risque de décevoir les jeunes spectateurs généralement attachés à ce qu’on respecte au pied de la lettre les histoires qu’on leur raconte. Il s’arrête sur la relation entre la mère et la fille, construit une situation de départ qui donne aux personnages une épaisseur qu’ils n’ont pas dans le récit traditionnel et prolonge le conte au-delà de la fin connue. Il insuffle de l’humanité à ces figures figées par la tradition tout en gardant ses distances par le biais du narrateur auquel le récit est confié et qu’il dit sur un ton aimablement détaché. La maman est une jeune femme charmante et coquette, toujours très occupée et qui trotte toute la journée, perchée sur ses hauts talons. La petite fille s’ennuie. Contrairement à l’enfant passive du conte, la petite fille de Pommerat est vive et intelligente, mais elle reste une enfant. Le trio mère/fille/ grand-mère nous parle à la fois de l’absence du père, de la transmission entre générations, de l’apprentissage de la vie et de la vieillesse, du temps qui passe. La comédienne qui joue la petite fille figure aussi la grand-mère et la mère figurera sa petite fille grandie, cette fois vêtue de rouge, comme un signe désormais fondateur de sa personnalité.

Le parti pris esthétique des spectacles de Pommerat fonctionne à merveille. L’esprit est donné d’emblée. Un plateau noir, nu, à l’avant-scène le narrateur, puis la petite fille, et en arrière-plan, dans un faisceau de lumières, la mère traversant à vive allure la scène de cour à jardin, avec, en son off, le cliquetis sonore de ses talons. Une seule image, porteuse d’humour et de gravité, lui suffit pour traduire l’essentiel de son propos, tel est le principe de la mise en scène dont la stylisation très poussée génère mystérieusement des émotions et du sens. A cet égard, la rencontre avec le loup est un véritable bijou, un condensé de nuances ; on perçoit la ruse de l’animal qui prend la petite dans ses filets alors qu’elle croit avoir apprivoisé la bête et sa propre peur.
Pommerat signe un spectacle superbe qui, par le biais du conte, introduit les enfants à l’art d’un théâtre de haute tenue. Il faut aller voir son Pinocchio (voir article webthea, 17 mars 2008) qui est de la même eau. Pommerat est accueilli à l’Odéon par Olivier Py qui, lui aussi, offre au jeune public des spectacles de très belle facture. Des références de haut vol qui prouvent qu’un bon spectacle pour enfant sait émerveiller petits et grands.

Le Petit Chaperon rouge, texte et mise en scène Joël Pommerat. Ave Ludovic Molière, Isabelle Rivoal, Murielle Martinelli. Scénographie et costumes, Marguerite Bordat ; scénographie et lumières, Eric Soyer. Au Théâtre de l’Odéon-Ateliers Berthier jusqu’au 26 décembre à 15h et 20h selon les jours. Tél : 01 44 85 40 40. Durée : 40 minutes.
Tout public à partir de 6 ans.

Texte publié chez Acte-Sud papiers.

© Elisabeth Carecchio

© philippe Carbonneaux

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.