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Critiques /

Le Dindon de Feydeau

par Gilles Costaz

La course-poursuite des désirs

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Si vous êtes un personnage de Feydeau, ne tentez jamais de commettre vos fredaines à l’hôtel ! La gaudriole y finit toujours mal. Que l’hôtel s’appelle du Libre Echange, du Minet Galant ou Terminus, il y a toujours un mari jaloux, une femme soupçonneuse, un ami de la famille ou un intrus au comportement gênant pour vous empêcher de transformer vos désirs en plaisirs. Dans Le Dindon, l’établissement de tous les dangers s’appelle l’hôtel Ultimus. Là, Vatelin ne pourra tromper sa femme, sa femme ne pourra le tromper, Redillon ne réalisera pas son pari et Pontagnac, qui menait bien la danse pourtant, pourrait devenir le « dindon » de la farce. Ratage général pour tout le monde, donc réussite pour l’auteur et les spectateurs complices dans un rire libérateur.
Le Dindon est l’une de pièces de Feydeau les plus jouées. Le parti pris d’Anthony Magnier et de la compagnie Viva est de transposer la scène aujourd’hui et de faire tourner la machine à la plus grande des vitesses. Il n’y a presque pas de décor pour que tout circule au rythme souhaité. Les acteurs, dont certains, jouent plusieurs rôles se changent à vive allure. Le tempo est infernal, comme le destin, manqué, des personnages. Quelques tableaux genre life shows et de la musique de discothèque interviennent en flashes pour qu’on ne se croie plus à la fin du XIXe siècle, bien que la mise en scène ne cherche pas à corriger systématiquement l’époque (il y a quand mêmes des valets et des gourgandines d’une espèce un peu disparue ! Hélas ?). En fait, Magnier ne donne pas exactement une autre vision du monde de Feydeau. La prise en main n’est pas franchement nouvelle. Elle colore la pièce d’un peu plus d’absurde et rend ces bourgeois encore plus voraces qu’ils ne le sont. Pour cette accélérations des rencontres sociales et des appétits sexuels, les acteurs sont étincelants : Anthony Magnier lui-même, bolide de la drague qui ne perd jamais l’apparence de l’irréprochable mondain, Laurent Paolini, trouble lutin des salons parisiens, Magali Genoud, qui bascule joliment de l’innocence à la fureur, Marie-Le Cam, vengeresse aux airs antiques, Julien Renon, d’un burlesque grandiose, Delphine Cogniard, qui jongle avec les âges, et Xavier Martel, parfait en bourgeois dépassé par les événements. L’équipe a une intelligence partageuse du vaudeville. Les équivalences entre le rire d’antan et le rire moderne sont trouvées, ce que, finalement, peu de troupes ont réussi en voulant faire de Feydeau notre exact contemporain.

Le Dindon de Feydeau, mise en scène, adaptation et scénographie d’Anthony Magnier, costumes de Mélisandre de Serres, lumières de Stéphane Balny, avec Anthony Magnier Xavier Martel, Laurent Paolini, Julien Renon, Magali Genoud, Delphine Cogniard, Marie Le Cam et, en alternance, Mikaël Fasulo, Vanessa Koutseff, Sandrine Moaligou, Victorien Robert, Audrey Sourdive.

Théâtre Déjazet, 20 h 30, tél. : 01 48 87 52 55. (Durée : 2 h).
Dates de tournées Villeneuve-Saint-Georges (94) le 28 février 2020 Loos (59) le 7 mars 2020
Digne-les-bains (04) le 19 mars 2020
Le Pradet (83) le 20 mars 2020 Elancourt (78) le 14 décembre 2019 Saint-Fargeau-Ponthierry (77) le 1er février 2020 Sallanches (74) le 6 février 2020
Aix-les-Bains (73) le 7 février 2020
Metz (57) le 13 et le 14 février 2020 Saint Priest (69) le 4 avril 2020 Saint Marcellin (38) le 17 avril 2020 Buc (78) le 18 avril 2020
Le Rosey (Suisse) le 3 juin 2020 Jouy en Josas (78) le 27 juin 2020.

Photo Compagnie Viva.

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