La rentrée théâtrale

Profuse avec pépites

La rentrée théâtrale

Le théâtre semble-t-il ne connaît pas la crise. Ce qui marque nos tréteaux en cette rentrée, ce n’est pas la récession mais une profusion bien apte à nous faire craindre le surpoids ! Alors que plus de deux cent cinquante nouveaux spectacles sont annoncés pour ce dernier trimestre de l’année, le seul mois de septembre ne propose pas moins de quatre-vingts générales. Dans une valse d’affiches bien propre à donner le tournis, les auteurs : Shakespeare (Roméo et Juliette à l’Odéon 21/9) Racine (Bérénice à la Comédie Française 22/9) ou encore Pierre Desproges (Chronique de la haine ordinaire à la Pépinière théâtre 28/9) mais aussi nos stars servent évidemment de repères et d’assurance.

Parmi celles-ci : Michel Aumont, Didier Sandre (Collaboration de Ron Harwwood au Théâtre des Variétés 9/9), Lorànt Deutsch (Le Songe d’une nuit d’été de Shakespeare, Théâtre de la porte Saint Martin), mais la plus attendue de toute, et peut-être même au tournant, celle qui fait événement ces jours-ci, c’est Johnny Halliday, qui fait ses débuts au théâtre (Théâtre Edouard VII 7/9) dans Le Paradis sur terre de Tennessee Williams dont on célèbre cette saison le centenaire. C’est dans ce cadre, qu’à Montpellier le Théâtre des Treize Vents présente Tokyo Note (28/9) avec Christine Boisson, tandis qu’au Théâtre National de Toulouse, Agathe Mélinand met en scène (en novembre), quelques tendres et ironiques Short stories qui sont souvent le berceau de ses grandes pièces.

Le Festival d’Automne résolument à la croisée des arts d’aujourd’hui

Tennessee Williams aussi avec El Tiempo todo entero adaptation libre de La Ménagerie de verre de la troupe argentine El silencio. Ce spectacle en espagnol surtitré (du 4 au 24 décembre au Théâtre du Rond-Point) mettra un point final à la programmation du Festival d’Automne (15 septembre - 31 décembre) qui, pour sa quarantième édition, conjugue et entremêle force des textes, audaces formelles, transgressions des frontières artistiques et, entre autre, braque ses projecteurs « sur la vitalité de la scène argentine contemporaine ». Outre le spectacle de Romina Paula et de sa troupe El silencio, nous retrouverons les provocations de Rodrigo Garcia (Golgota picnic, 8 au 17 décembre - Théâtre du Rond-Point), Claudio Tolcachir (Tercer cuerpo Maison des arts de Créteil du 11 au 15 octobre), la langue baroque de Rafael Spregelburd avec la reprise d’un des moments forts du dernier festival d’Avignon L’Entêtement mis en scène par Marcial di Fonzo Bo et Elise Vigier. Ce spectacle, qui est le dernier volet d’une « Héptalogie » articulée autour du tableau de Jérôme Bosch Les Sept péchés capitaux, s’ancre dans les derniers jours de la guerre civile espagnole pour « interroger le point de bascule entre une utopie humaniste et l’avènement d’une pensée totalitaire du langage et du monde » (au TGP St Denis du 14 novembre au 4 décembre, et aussi à la Maison des Arts de Créteil 12 au 15 octobre et au Théâtre de St Quentin en Yvelines du 9 au 14 décembre ).

Les spectateurs qui ne sont pas familiers du Standard Idéal de la MC 93, où on a déjà pu le voir, découvriront le travail pour le moins décoiffant de Daniel Véronèse qui aime dit-il à « ne conserver que le nerf » des pièces dont ils s’empare. Pour Les Enfants se sont endormis d’après la Mouette il « dépouille » Tchekhov « de ce qui est du domaine du paysage de l’ornement pour laisser la chair à vif ». (Théâtre de la Bastille du 21 septembre au 2 octobre). Ainsi fait-il également avec Ibsen pour Le Développement de la civilisation à venir d’après « Une Maison de poupée » (Théâtre de la Bastille du 27 septembre au 2 octobre).

Depuis Le Regard du sourd qui marqua la première édition du Festival d’Automne, Bob Wilson est ce qu’on peut appeler « un compagnon de route » du Festival. Après le très mémorable Opéra de Quat’sous, le revoici avec la troupe du Berliner Ensemble pour la pièce de Franck Wedekind Lulu mise en musique par Lou Reed. Ce spectacle est présenté du 4 au 13 novembre au Théâtre de la Ville qui accueille également Vivre avec le feu, un voyage poétique conçu par Bérangère Jannelle à partir des carnets poétiques de Marina Tsvetaeva, l’une des écritures « les plus intempestives de la littérature du XXè siècle », en même temps qu’une voix singulière et anticonformiste à laquelle la comédienne Natacha Régnier rend superbement justice (Théâtre des Abbesses du 5 au 15 octobre). Autre voyage, attendu : celui-là nous emmène Au Cœur des ténèbres à la suite de Joseph Conrad, en compagnie du comédien Josse De Pauw et sous la houlette de Guy Cassiers, un des grands maîtres de la scène européenne dont les spectacles « mosaïques » empruntent de manière magistrale à toutes les sources des arts visuels (du 6 au 11 décembre). C’est aux sources documentaires et politiques qu’a puisé la chorégraphe sud-africaine Robyn Orlin qui marie théâtre et danse pour nous raconter l’histoire de la Vénus Hottentote, Have you hugged, kissed and respected your brown Venus today ? (du 30 octobre au 3 novembre).

Le théâtre, la danse, mais aussi la musique, les arts plastiques et le cinéma, des créations et des reprises, en tout une soixantaine de manifestations composent le vaste et coruscant programme du Festival d’Automne. Côté planches tout commencera avec + ou- Zéro de Christoph Marthaler. Si on sait que le titre fait référence à la température qui sépare l’eau de la glace, il est aisé d’imaginer qu’à l’heure du réchauffement climatique, il pourrait être question des menaces qui pèsent sur la région arctique où Christoph Marthaler a emmené ses comédiens histoire de les plonger dans une géographie et une culture radicalement autre et de nous en faire observer les effets. Entre textes et chants, parole et musique, cette aventure polaire et chorale où le temps se dilate et la banquise se transforme en puzzle, a plus affaire du côté d’un ironique conte initiatique que des expéditions d’un Paul Emile Victor. (Théâtre de la Ville du 16 au 24/9)

Festival d’Automne du 15 septembre au 31 décembre tel 01 53 45 17 17
www.festival-automne.com

A propos de l'auteur
Dominique Darzacq
Dominique Darzacq

Journaliste, critique a collaboré notamment à France Inter, Connaissance des Arts, Le Monde, Révolution, TFI. En free lance a collaboré et collabore à divers revues et publications : notamment, Le Journal du Théâtre, Itinéraire, Théâtre Aujourd’hui....

Voir la fiche complète de l'auteur

Laisser un message

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

S'inscrire à notre lettre d'information
Commentaires récents
Articles récents
Facebook