Accueil > La fille du régiment de Gaetano Donizetti

Critiques / Opéra & Classique

La fille du régiment de Gaetano Donizetti

par Jaime Estapà i Argemí

Du “Slapstick” et de la “Commedia dell’Arte” à l’Opéra

Partager l'article :
Version imprimable de cet article Version imprimable

La réputation de Gaetano Donizetti et le succès de La fille du régiment (1840 sous la France monarchique de Charles X) étaient tels que la chanson Salut à la France fut érigée “de facto” en hymne national, et elle le resta jusqu’au retour de la Marseillaise avec la IIIème République en 1879. En osant mettre en scène la victorieuse armée napoléonienne de 1805 en opération dans la sud du Tyrol, Gaetano Donizetti a parfaitement compris la nostalgie des victoires militaires d’antan que le peuple ressentait au plus profond de lui.

Quinze ans après la cuisante défaite à Waterloo on voulait non seulement garder mémoire des gloires passées, mais encore exaspérer leur souvenir en prévision de l’inéluctable revanche à venir : dans les paroles de Salut à la France on trouve le mot « espérance » dès la deuxième ligne. Le célèbre chœur du Faust (1859) de Charles Gounod, Gloire immortelle, et sans doute bien d’autres chansons de l’époque étaient entendues par beaucoup de Français dans cette perspective. La nouvelle défaite de la France en 1870, cette fois-ci face aux prussiens, ne découragea personne : le chœur des enfants du premier acte de Carmen (1875), « Avec la garde montante », affiche une nouvelle fois l’envie de « remettre ça ». Certains voient dans ce chœur un début de l’état d’esprit qui conduisit à la guerre de 1914.

La mise en scène fabuleuse de Laurent Pelly et une surprise de taille dans la distribution

Créée au Covent Garden de Londres (voir webthea de février 2007, l’article de Charles Rosenbaum) reprise au Staatsoper de Vienne et au Met de New York, et même présentée au cinéma Gaumont de Paris grâce à une retransmission en haute définition, (ibid mai 2008), la mise en scène de Laurent Pelly est arrivée à Barcelone. Si le succès de la production était déjà garanti, tant elle était précédée d’une grande notoriété, Laurent Pelly n’a rien laissé au hasard en rajoutant aux dialogues existants –un gag par seconde- quelques mots d’humour en catalan – cela paye toujours à Barcelone -, et surtout en confiant à Ángel Pavlovsky le rôle de la Duchesse de Crakentorp, personnage insignifiant imaginé par les librettistes que l’immense talent du mime argentin très estimé en Catalogne, a transfiguré en pièce fondamentale de l’échiquier aristocratique du second acte.

La finesse, la clarté, l’ingéniosité aussi des décors de Chantal Thomas ont appuyé efficacement chaque fait et geste des solistes et du chœur du Liceu dirigé par José Luis Basso. Yves Abel a pris en main l’orchestre de la maison avec doigté, et il l’a si bien intégré au spectacle qu’on l’a totalement oublié pendant la soirée. Cela mérite un grand bravo.

Un ténorissimo indisposé et la copie conforme d’une soprano star

Juan Diego Flórez, victime d’une indisposition alimentaire le soir de la dernière, a néanmoins chanté divinement. Prudent, il a seulement donné quatre contre-uts des neuf attendus dans la chanson « Ah mes amis » ; mais au lieu de les faire exploser sans aucun raffinement, comme à son habitude, il les a parfaitement liés aux notes qui suivaient. Patricia Ciofi dans le rôle de Marie nous a rappelé en tous points Natalie Dessay, créatrice du rôle dans cette production. Dans le registre dramatique – en en « faisant des tonnes » pour la grande joie du public - ou alors en enchaînant à la perfection roulades et vocalises avec une grande assurance. La ressemblance avec son modèle était si stupéfiante de vérité que par moments on aurait même préféré la copie à l’original. Complétait le trio Pietro Spagnoli dans le rôle de Sulpice, le sergent bourru et sympathique. La grande présence de Victoria Livengood dans le rôle de la Marquise de Berkenfield - la scène où elle essaye au piano de faire chanter Marie restera dans les mémoires- a été quelque peu écornée par les petits défauts de prononciation de la mezzo américaine.

La fille du régiment, opéra comique en deux actes de Gaetano Donizetti, livret de Jules Henri Vernoy de Saint-Georges et Jean François-Alfred Bayard. Mise en scène de Laurent Pelly. Décors de Chantal Thomas. Direction musicale de Yves Abel. Avec : Patricia Ciofi, Juan Diego Flórez, Pietro Spagnoli, Victoria Livengood, Ángel Pavlovsky, Àlex Sanmartí, Josep Miquel Ribot etc...

Barcelone - Gran Teatre del Liceu les 7, 9, 10, 12, 13, 14, 16, 19, 20, 22, 25 mars 2010.

Le Mur d'affiches


Visitez le Mur d'Affiches...

Qui êtes-vous ?
Votre message

Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.