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Critiques / Opéra & Classique

La belle Hélène de Jacques Offenbach

par Jaime Estapà i Argemí

Pour Mariame Clément l’Illiade c’est du cinéma

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Jacques Offenbach (Cologne 1819- Paris 1880) a donné bon nombre d’informations plus ou moins codées sur les gouvernants du Second Empire (1851-1870), à travers ses opéras, de son Orphée aux Enfers (1855) à sa Grande-duchesse de Gerolstein (1867) en passant par La belle Hélène (186 4), La Périchole (1865) et tant d’autres. Il était dès lors prévisible qu’il allait utiliser les multiples rebondissements de la cour royale du grec Agamemnon, pour porter ses flèches contre le régime impérial français.

La grande majorité des allusions du génial compositeur aux turpitudes de l’entourage de Napoléon III nous sont aujourd’hui malheureusement incompréhensibles, et seules nous restent les plus évidentes, ou alors celles que la tradition a bien voulu nous transmettre : « Il grandira parce qu’il est espagnol » (La Périchole) est une allusion très directe au favoritisme que l’Impératrice Eugénie pratiquait, semble-t-il, vis-à-vis des affaires de ses concitoyens ibériques installés en France. Suivant la tradition, on a donc modifié considérablement les dialogues parlés en y ajoutant des allusions, de très bon aloi, à la vie politique actuelle dont chacun a les références.

De la cour d’Agamemnon à celle de Louis B. Mayer il n’y a qu’un pas

Mariame Clément a eu la bonne idée de transposer l’histoire de la cour d’Agamemnon à celle de l’industrie naissante et déjà florissante du cinéma hollywoodien du début du XXème siècle. Sans que les allusions envers tel ou tel personnage de pouvoir soient bien perceptibles –ce qui rend la parodie moins insolente- l’ensemble de la mise en scène, fidèle aux idées d’origine et très respectueuse de la musique, propose une satire parfaite de l’ambiance de crainte, d’abus, de méfiance, d’amitié et de trahison propres à toute cour, grande ou petite, bien ancrée autour de l’autorité forte d’un chef, ici Agamemnon, transformé en producteur de cinéma.

Au décor de Julia Hansen, sobre et élégant dans le style « art déco », Momme Hinrichs et Torge Møller ont apporté une superbe vidéo qui emprunte ses images au cinéma hollywoodien des années 20 et 30. Un trucage photographique nous a permis de voir Sébastien Droy dans d’amoureux tête-à-tête avec de grandes stars de l’époque comme Greta Garbo, Marlene Dietrich ou encore la « blonde platine » Jean Harlow.

Stéphanie d’Oustrac en « blonde platine »

Et c’est justement sous les traits de cette dernière que Stéphanie d’Oustrac s’est présentée pour jouer le personnage de la grecque Hélène, dite « de Troie ». Elle a tout de cette fameuse star –la beauté, la silhouette, l’assurance et la gouaille-, tout sauf la vulgarité du jeu. Qui connaît la filmographie de Jean Harlow ne contredira pas ces affirmations. Vocalement la soprano française a dû ajuster précision et volume en début de représentation ; passé ce premier temps son émission a retrouvé la fermeté, la précision et l’élégance qu’on lui connaît, ainsi que la jovialité « bon enfant » dont elle a l’habitude d’investir ses personnages. A ses côtés, la pétillante Caroline Fèvre, a dessiné Oreste sous les traits d’un « fils à papa » -Agamemnon en l’occurrence, nous sommes avant la Guerre de Troie-, festif et désinvolte, clairement porté sur le sexe, comme d’ailleurs, le reste des personnages de l’histoire.

Frank Leguérinel –Calchas-, au-delà de son jeu efficace et amusant, de son chant juste et sans failles et de ses dialogues parlés parfaitement rythmés et compréhensibles a apporté tranquillité, confiance et équilibre sur le plateau. Applaudissons ensuite la tonitruante émission de René Schirrer –Agamemnon- dont les interventions ont été saluées par le public, ainsi que la vivacité physique et vocale de Steven Cole dans le rôle de Ménélas, « l’é-poux de la reine ». Sébastien Droy a bien compris que le rôle de Pâris exigeait d’être sur-joué, ce qu’il a fait avec courage aussi bien sur le plan vocal que dramatique.

Un Orchestre aux sonorités acidulées et âpres.

Les chœurs de l’Opéra national du Rhin ont rempli très correctement leur difficile mission. L’orchestre de Mulhouse, sous la direction de Claude Schnitzler, a été un vrai soutien pour les chanteurs sans jamais tenter de leur voler la vedette. Lors des introductions des actes et des transitions, le directeur a fait sortir des cuivres en particulier des sonorités acidulées, et plutôt âpres, que l’on pourrait juger négativement mais que Jacques Offenbach aurait certainement applaudies car elles ont apporté un clin d’œil subtilement décalé au côté brillant (pompier ?) de l’histoire.

La belle Hélène, opéra bouffe en trois actes. Livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy. Production de l’Opéra national du Rhin (2006). Mise en scène de Mariame Clément. Direction musicale de Claude Schnitzler. Chanteurs : Sébastien Droy, Steve Cole, René Schirrer, Franck Leguérinel, Olivier Dumait, Richard Bousquet, Olivier Déjean, Stéphanie d’Oustrac, Caroline Fèvre, Anaïs Mahikian. Orchestre Symphonique de Mulhouse. Chœurs de l’Opéra national du Rhin.

Strasbourg- Opéra National du Rhin le 19 décembre à 15 h00, les 21, 23, 28 et 30 décembre à 20h00 et le 26 décembre à 17h00

08 25 84 14 84 ou +33 (0)3 88 75 48 23
www.operanationaldurhin.eu

Mulhouse - La Sinne le 9 janvier à 15h00 et les 11 et 13 janvier à 20h00
+33 (0)3 89 33 78 00

(La Filature : +33 (0)3 89 36 28 29 ou +33 (0)3 89 36 28 00)

Colmar - Théâtre municipal les 21 janvier à 20h00 et le 23 janvier à 15h00

+33 (0)3 89 20 29 01 ou +33 (0)3 89 20 29 00

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