Paris, Les Bouffes du nord jusqu’au 16 juin
La Princesse de CLèves d’après Madame de Lafayette
Un solo d’exception

A regarder attentivement la posture, la position du bras, en élévation, la main droite ouverte tournée vers le sol,les arabesques des doigts, les pieds en sixième position, on comprend tout de suite qu’on a affaire à un travail original qui dépasse le souci de transmettre le goût de la lecture et s’attache à la langue comme mouvement chorégraphié et musical. Un travail pourtant tout en intériorité puisque le comédien ne bouge quasiment pas, ou si peu. Ainsi la moindre inflexion, le plus infime déplacement sont chargés d’une formidable intensité. A bien observer le costume dans lequel Bozonnet est serré, fidèle aux codes de l’époque (la fraise, le pourpoint, la culotte bouffante, les bas, les chausses, l’or du tissu), écho d’un portrait royal officiel, on perçoit déjà toute la rigueur morale de cette société du XVIIe siècle, corsetée dans ses bonnes manières et le souci de représentation.
Avec cette Princesse de Clèves, roman précieux auquel l’histoire littéraire a attribué la maternité du roman moderne, Madame de Lafayette décrit avec raffinement et élégance la violence d’une société qui opprime les jeunes filles, victime de leur sexe et de leur rang. Conduit par sa passion pour la langue baroque, Marcel Bozonnet mène cette aventure en solitaire depuis plus de quinze ans. A l’époque de la création, en 1995, il n’y eut personne pour s’étonner qu’on étudiât encore cette vieillerie à l’école. L’ancien directeur du Conservatoire national d’art dramatique et administrateur de la Comédie-Française porte haut cette œuvre dont il éclaire de mille nuances les codes de langage et de sociétés et qu’il interprète magnifiquement.
Depuis qu’il a créé sa compagnie Les Comédiens-voyageurs, Bozonnet voyage sur des chemins de traverse inattendus et passionnants, telle sa récente mise en scène du texte de Gérard Noiriel, Chocolat clown nègre (voir critique webthea) et son projet de mise en scène du Couloirs des exilés de Michel Agier et Catherine Portevin. Autant de projets rendus possibles grâce à la résidence proposée par Gilbert Filinger, le directeur de la Maison de la culture d’Amiens depuis 2007. Bozonnet appartient à ces artistes qui, tel Robin Renucci, s’investissent dans des projets d’éducation artistique avec par exemple Rentrons dans la rue, d’après un passage des Misérables, spectacle donné dans les établissements scolaires, les gymnases, les salles des fêtes et les théâtres : « Les études montrent que cette population jeune est exclue, la plupart du temps, de la fréquentation de l’art. Avec notre théâtre physique, - un théâtre de masques, d’installation plutôt que de décor -, nous avons rassemblé autour de nous, au milieu de gymnases dans un exercice d’intranquillité, un public souvent jeune ». De La Princesse de Clèves aux Misérables en passant par l’histoire du clown Chocolat se dessine le parcours d’un artiste engagé amoureux de son art.
La Princesse de Clèves d’après Madame de Lafayette, adaptation Alain Zaepffel, mise en scène et interprétation Marcel Bozonnet. Lumières Joël Hourbeigt Chorégraphie Caroline Marcadé Costumes Patrice Cauchetier au théâtre des Bouffes du nord à 20h30 du 13 au 16 juin 2012. Durée : 1h20. Tel : 01 46 07 34 50.
© Elisabeth Carecchio



![Zoé [et maintenant les vivants]](local/cache-vignettes/L400xH600/231004_rdl_0289-32aba.jpg?1727881100)