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Critiques / Opéra & Classique

La Passion selon saint Jean de Jean Sébastien Bach

par Caroline Alexander

Jean Sébastien Bach comme à l’opéra

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Mettre en scène La Passion selon Saint Jean de Jean Sébastien Bach comme s’il s’agissait d’un opéra peut sembler superfétatoire. En confier l’exécution à Bob Wilson peut être pris à la fois comme un choix esthétique et un plan de marketing. Wilson se vend bien et Bach est immortel. De là à conclure que le spectacle présenté au Châtelet en cette quinzaine sainte d’avant Pâques relève avant tout d’un enjeu commercial, il y a un pas à surtout ne pas franchir. Car l’œuvre reste sublime et son interprétation par l’orchestre et les chœurs du Concert d’Astrée sous la direction inspirée d’Emmanuelle Haïm retentit tous points exemplaire.

Depuis des années l’imagerie wilsonnienne est immuable et sans surprise. On est loin des premiers chocs du Regard du sourd ou de Einstein on the Beach . La griffe Wilson est devenue celle d’un couturier prisonnier de son style : que ce soit pour orner Wagner, Verdi, Debussy, Schubert ou … Armani, les résultats sont toujours les mêmes : des bleus, des gris qui voyagent dans de superbes mises en lumières, des interprètes figés dans des poses de profil, façon fresque égyptienne, démarche en crabe, bras raidis à l’équerre, doigts écartés en éventail, et, au rayon des costumes, de longues robes à la découpe géométrique surmontées de coiffes et coiffures en casques laqués… Bref une panoplie d’effets proche du maniérisme qui parfois atteint des sommets de contresens (comme dans Le Ring présenté dans ce même Châtelet la saison dernière – voir webthea du 25 octobre 2005 et du 2 février 2006) mais qui dans le cas, plus abstrait, d’une Passion arrive à s’intégrer à la fois à la musique et au texte. Mieux : on pourrait dire que pour un public tout neuf cette approche illustrée de Bach, avec la traduction du texte allemand en surtitres, pourrait servir de béquille.

Jésus a la grâce, la beauté, le timbre retenu mais chaleureux de Luca Pisaroni, dans un rôle aux antipodes du truculent Leporello qu’il assurait dans le Don Giovanni revu par Michael Haneke à l’Opéra de Paris. Simon Kirkbride impose un Pilate de grande dignité, Richard Savage/Saint Pierre et Benoît Maréchal/Saint Jean apportent chacun leur part de mystère. Plaisir des voix : celle, aérienne, de la soprano Emma Bell, celle, toute de souplesse du ténor islandais Finnur Bjarnason ou encore celle, attendue, du contre-ténor alto Andreas Scholl à la ligne de chant d’une grande pureté. C’est au ténor slovaque Pavol Breslik qu’incombe la tâche d’incarner l’évangéliste meneur de jeu, si on peut dire, du récit de la Passion. Projection irréprochable, diction lumineuse, il est magnifique de présence, d’autorité évidente et d’humanité. « Ruht wohl ihr heiligen Gebeine“, „Es ist vollbracht, „Zerfliesse mein Herz“, les grands airs de la Passion nous submergent de beauté.
Emmanuelle Haïm emporte le Concert d’Astrée sur un legato de légèreté et de douceur. Sa Passion ne gémit pas de douleur, elle est de compassion, de réconciliation peut-être…
Quant à Lucinda Child, danseuse et chorégraphe, prêtresse de la « postmodern dance », complice de Bob Wilson depuis plus de trente ans, elle virevolte seule en scène autour des uns et autres, comme une sorte d’ange blanc descendu sur terre auprès des humains pour leur conférer une part d’éternité.

La Passion selon Saint – BWV 245 de Jean Sébastien Bach, orchestre et chœur du Concert d’Astrée, direction Emmanuelle Haïm, mise en scène, décors, gestuelle et lumières Robert Wilson, costumes Frida Parmegianni. Avec Luca Pisaroni, Pavol Breslik, Emma Bell, Andreas Scholl, Finnur Bjarnason, Christian Gerhaber, Simon Kirkbride, Richard Savage, Benoît Maréchal, Jeremy Budd, Aurore Bucher et Lucinda Child dans les solos de danse.
Théâtre du Châtelet à Paris – les 28 & 30 mars, 2, 4, 6 avril à 19h30, le 1er avril à 16h – 01 40 28 28 40

Crédit photos : Marie-Noelle Robert

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