Paris, Vieux-Colombier jusqu’au 1er janvier 2012
La Noce de Bertold Brecht
Le jeu des apparences

Souvent montée, cette pièce de jeunesse de Brecht (qui deviendra La Noce chez les petits-bourgeois), dont le sujet est emprunté à son ami Karl Valentin, est à la fois atypique et une préfiguration de l’œuvre à venir. Cette farce en un acte ne se préoccupe pas de distanciation mais offre un concentré de cruauté ironique à l’encontre de la petite bourgeoisie. Cette noce, qui démarre sous de mauvais auspices, finira en désastre social.
La metteur en scène allemande Isabel Osthues, assistante de Christoph Marthaler, signe une mise en scène qui fourmille d’idées intelligentes où tout fait signe, de la scénographie tout en bois et en trompe l’œil signée Michael Böhler aux costumes étonnants de Masha Schubert. Le ton est donné d’emblée avec la photo de noce façon cinéma muet. Le marié est interprété par l’excellent jeune Nâzim Boudjenah à l’ombre tutélaire du grand Charlie Chaplin, démarche maladroite, petite moustache et chapeau melon. Marie-Sophie Ferdane est une mariée gauche et faussement enfantine, perpétuellement choquée par la grossièreté ambiante (alors qu’elle-même a de quoi se voiler la face de honte). Tous les acteurs sont épatants ; Elliot Janicot, le père de la mariée, un gros rustre qui raconte des histoires de mauvais goût ; Cécile Brune, la mère, qui préside à l’intendance et tance son fils en permanence ; Véronique Vella, la soeur de la mariée qui ne cherche qu’à se caser et se fera déshonorer par un jeune homme de la catégorie pique-assiette (Félicien Juttner) ; Stéphane Varupenne, l’ami du marié qui plombe l’ambiance avec des chansons paillardes ; l’explosive Sylvia Bergé et Laurent Natrella, un couple d’amis qui offre le spectacle de la guerre conjugale où tous les coups sont permis. On s’emploie à sauver les apparences mais la désagrégation des rapports sociaux est en marche et fera craquer les façades factices, s’effondrer les conventions en même temps que les meubles cousus main par le marié. La noce s’englue dans le sordide contaminant jusqu’au rythme de la pièce qui parfois piétine un peu et fait long feu comme les blagues du papa. Mais le pari n’était pas facile à tenir et la farce tient le cap entre le burlesque et le tragique.
La Noce de Bertold Brecht, traduction Magali Rigaill, mise en scène Isabel Osthues ; scénographie Michael Böhler ; Costumes, Masha Schubert ; Lumières, Isabel Osthues et Michael Böhler. Au Théâtre du Vieux-Colombier jusqu’au 1er janvier 2012, du mercredi au samedi à 20h, mardi à 19h, dimanche à 16h. Durée : 1h20. Tel : 01 44 39 87 00.
www.comedie-francaise.fr
photo Brigitte Enguérand



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