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Critiques / Opéra & Classique

LA CABEZA DEL BAUTISTA de Enric Palomar

par Jaime Estapà i Argemí

Une musique en osmose avec des textes à couper le souffle

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Le « Gran Teatre del Liceu » de Barcelone vient d’apporter une nouvelle fois sa contribution à la création lyrique avec La cabeza del Bautista (La tête du Baptiste), opéra en une introduction et huit scènes, du compositeur catalan Enric Palomar. Le livret, signé par Carlos Wagner, est tiré d’un texte homonyme (1924), sous-titré « roman macabre », de Don Ramón María del Valle-Inclán (1866-1936), enrichi de quelques poèmes du même écrivain.

Ce dramaturge espagnol, ancêtre de Fernando Arrabal, appartient à la génération dite de « 98 », celle de Don Miguel de Unamuno, Don Pío Baroja entre autres, qui à l’aube du XXème siècle pleura la décadence économique et morale de l’ancien empire espagnol. « L’Espagne est une déformation grotesque de la civilisation européenne » avait écrit Don Ramón María.

Dans La cabeza del Bautista Valle-Inclán nous transporte au fin fond de sa Galice natale. Les premières scènes offrent l’occasion de présenter des personnages issus de la « cour des miracles » (l’aveugle, le nain...) si chère à l’écrivain – un penchant encore davantage développé dans ses Divinas palabras - Paroles divines - mais en fin de compte l’œuvre ici se concentre sur trois personnages.

Le vieux Don Igi est le propriétaire d’un bar minable acheté avec l’argent de sa première épouse qu’il a assassinée en Amérique. Il vit maritalement avec la belle et jeune Pepona. Arrive d’Argentine le beau Jándalo. Celui-ci veut faire chanter Don Igi en lui rappelant le crime qu’il a commis sur son ancienne femme. Crime crapuleux, qui lui avait déjà valu du reste quelques années de prison. Pepona se trouve alors partagée entre le séducteur Jándalo et l’argent de Don Igi. Finalement elle décide de faire cause commune avec le vieil homme qu’elle pousse à tuer le jeune Argentin. Une fois le crime perpétré, l’attirance physique de Pepona pour Jándalo prend le dessus et la jeune femme, dans un moment de délire, embrasse le mort avec frénésie. La référence à la Salomé d’Oscar Wilde (1891), pas totalement évidente dans le titre de l’œuvre, est ici volontaire et très explicite.

Une mise en scène abracadabrantesque

C’est Carlos Wagner lui-même qui a signé la mise en scène. En puisant la force, le style, le mystère, le lyrisme, la richesse en somme des textes de Valle-Inclán – dont il a exigé le respect total -, il confirme qu’il est une valeur montante parmi les metteurs en scène de sa génération. Les mouvements scéniques – sexe et violence - même s’ils dépassent par moments le cadre conventionnel du théâtre des débuts du XXème siècle de sa création, trouvent parfaitement leur place à notre époque.

Le décor unique et spacieux (le bar de Don Igi), réalisé par Alfons Flores, est rempli de tables de billard, qui figurent déjà p dans la pièce de Valle-Inclán. Le jeu du billard donne un écho à la situation dramatique : Pepona (la boule rouge) est renvoyée entre les deux boules blanches, les deux hommes du récit, dans un carambolage incertain et macabre.

La musique d’Enric Palomar s’enracine dans la sonorité âpre des dialogues que les chanteurs portent aux limites de leur tessiture. Expressive et mélodique, tranquille et lyrique même par moments, elle ne dédaigne pas l’harmonie classique, mais elle ne rechigne pas non plus devant la dissonance lorsque la situation dramatique l’impose.

Enric Palomar a fait de Pepona le personnage central de la pièce et Ángeles Blancas –le Liceu se souvient avec émotion de sa Voix humaine en 2008 - lui a bien rendu la politesse en créant un personnage aux multiples facettes, haut en couleurs. Son timbre, pas précisément agréable, peut devenir charmeur, ses aigus à la limite du cri sont toujours justes, le texte est intelligible et bien joué. A ses côtés le public a salué les performances de José Manuel Zapata (Don Igi) et d’Alejandro Marco-Buhrmester dans le rôle de Jándalo. Michael Krauss a donné de l’aveugle une version exceptionnelle.

L’orchestre du Liceu sous les ordres de Josep Caballé Domènech a été à la hauteur des circonstances ce qui a représenté un travail considérable pour une formation peu habituée à ce genre d’exercice.

De forts applaudissements ont salué le travail des artistes mais le public barcelonais a boudé globalement le spectacle : ce samedi 2 mai seuls les deux tiers de la salle, généreusement comptés, étaient occupés.

La cabeza del Bautista, opéra en un acte de Enric Palomar, livret de Carlos Wagner. Production du Gran Teatre del Liceu et de l’Opéra de Halle. Mise en scène de Carlos Wagner. Décors de Alfons Flores. Direction musicale de Josep Caballé-Domènech. Chanteurs : Ángeles Blancas, Alexander Marco Buhrmeister, José Manuel Zapata, Michael Kraus et autres.

Gran Teatre del Liceu les 20, 22, 23, 24, 26, 28, 29, 30 avril et le 2 mai 2009.

Crédit photo : ntonio Bofill

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