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Critiques / Opéra & Classique

L’INCORONAZIONE DI POPPEA de Claudio Monteverdi

par Jaime Estapà i Argemí

Une tragédie tournée en dérision

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L’incoronazione di Poppea de Claudio Monteverdi, le "père" de l’opéra(1647) est avant tout un chant d’amour. Mais en même temps il flatte le pouvoir politique qui bafoue la morale jalousement défendue par l’église catholique. Autrement dit, Monteverdi y nargue le Vatican avec la protection implicite du pouvoir politique de Venise, en prenant l’amour charnel comme sujet central de l’histoire.

L’empereur romain Nerone élimine, non sans violence ni transgression, les obstacles qui se dressent devant lui – sa femme Ottavia et son mentor Seneca - pour épouser en grande pompe sa maîtresse Poppea. Un bref prologue allégorique proclame l’Amour vainqueur de la « Virtù » de la « Fortuna ». Gian Francesco Busenello, l’auteur du livret, a puisé ses sources dans les écrits de Tacite, Suétone et quelques autres, mais il a orienté les siens sur une pente,volontairement provocante, selon la pensée des “incogniti” un groupuscule subversif, libertin et nihiliste qui fleurissait à Venise à cette époque. Le côté sulfureux de l’histoire constitue une valeur ajoutée qui propulse de nos jours “L’incoronazione” sur le devant des scènes lyriques au détriment du plus raisonnable “Ritorno d’Ulisse in pàtria” autre opéra qui nous reste du compositeur.

La mise en scène de David Alden a reçu au Liceu de Barcelone de longs applaudissements enthousiastes au terme d’une nuit qui ne cumula pas que des points positifs. Alden, craignant sans doute d’ennuyer le public avec les destins tragiques de certains personnages de l’histoire, a non seulement laissé lamentablement carte blanche aux cabotinages surfaits de Dominique Visse (Arnalta et la nourrice) et son éternelle cigarette, mais il a même tenté de nous faire rire au cours d’épisodes tout à fait dramatiques vécus par Ottone, Drusilla, Ottavia, et même Seneca.

Un déséquilibre entre la fosse et l’orchestre et des interprétations vocales “sui generis”

L’Orchestre Baroque du Gran Teatre del Liceu a accompagné les voix par des rythmes bien marqués et une excellente coloration instrumentale. Malheureusement Harry Bricket n’a pas réussi à équilibrer la scène et la fosse, les voix dominant trop souvent les instruments. Et c’est bien là que la grâce et l’équilibre du baroque ont cédé la place aux accents, bien rendus au demeurant, plus modernes de quelques chanteurs mal adaptés à leurs rôles. Pire encore, le choix du « tout comique » exigé par David Alden, et l’appui manifeste donné par le public aux interprétations vocales étrangères au style baroque, ont entraîné par moments les interprètes, même ceux qui étaient à priori bien orientés vocalement, vers les pentes savonneuses du « pathos » et du « forte » avec plusieurs « f ».

Inutile de signaler les coupables car si la distribution fut hétérogène, les chanteurs n’ont pas tous maintenu de bout en bout le cap de leurs propres convictions. Et ainsi, par moments, Ottone (Jordi Domènech), Ottavia (Maite Beaumont), Nerone (Sarah Connolly), Seneca (Franz-Joseph Selig) et Drusilla (Ruth Rosique) ont atteint la perfection, alors que, à d’autres moments ils nous ont ramenés au temps de l’Opéra de Paris en 1978 où l’excellence vocale de Jon Vickers, Gwyneth Jones ou Christa Ludwig n’était pas adaptée à la musique du XVIIème siècle. Ce qui aujourd’hui serait difficilement acceptable.

L’incoronazzione di Poppea, dramma musicale en 3 actes et un prologue de Claudio Monteverdi, livret de Giovanni Francesco Busenello. Production du Bayerische Staatsoper et du Welsh National Opera. Mise en scène de David Alden. Décors de Paul Steinberg. Direction musicale de Harry Bricket. Chanteurs : Miah Persson, Sarah Connolly, Maite Beaumont, Jordi Domènech, Franz Josef Selig, Dominique Visse, Ruth Rosique, Francisco Vas, Josep Miquel Ramon et autres.

Gran Teatre del Liceu les 3, 4, 5, 6, 7, 10, 11, 13, 14, 15 février 2009.

Crédit photos : Antonio Bofill

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