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Critiques / Théâtre

L’Eveil du printemps de Frank Wedekind

par Corinne Denailles

l’adolescence, une saison tourmentée

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Le titre de la pièce évoque des images heureuses, des parfums et des sensations neuves mais aussi tout ce que cela signifie aussi de bouleversements, d’énergie en action, de violence du cycle de la nature. Wedekind met en scène une poignée d’adolescents aux prises avec des bouleversements profonds qui secouent tout leur être. La chrysalide ne s’émancipe pas en douceur mais en soubresauts parfois effrayants et les adultes assistent à ces métamorphoses sans rien y comprendre, généralement persuadés que c’est un âge béni de douce innocence irresponsable, un âge où on ne pense qu’à s’amuser et à rêver. La pièce de Wedekind est crue, sans concessions et d’une audace dont on peine aujourd’hui à mesurer la portée en 1891. D’ailleurs sitôt publiée à compte d’auteur la pièce a été censurée pour pornographie. Il est vrai que Wedekind n’élude rien de ce qu’il appelle en sous-titre et avec humour « une tragédie enfantine ». Le passage de l’enfance à l’âge adulte est une sorte d’abandon de soi-même ; déposer sa mue enfantine est douloureux. L’éveil du printemps, c’est l’éveil de la sève qui monte dans les corps, l’éveil de la sexualité qui surprend, effraie, intrigue, crée du désordre, enivre, un bouillonnement impétueux difficile à canaliser, un mélange de peurs et de désirs. Wedekind aborde toutes les questions de front, masturbation, homosexualité, avortement, suicide, mais aussi angoisses existentielles et métaphysiques.

A voir les choix scénographiques (Richard Peduzzi), Clément Hervieu-Léger a mis l’accent sur le poids du carcan social et la rigidité morale puritaine des adultes, éducateurs ou parents dépassés par tant de vitalité et d’énergie furieuse. Les hautes parois sombres qui encadrent le plateau et dont des pans se déplacent de manière menaçante, évoqueraient pour un peu un univers kafkaïen empreint de rigueur prussienne. Ce dispositif apparaît trop pesant dans les scènes où la jeunesse exprime joyeusement la fraîcheur de la part d’enfance qui persiste.
Hervieu-Léger met les corps au cœur de sa mise en scène, les quinze ans vibrant des personnages. Les acteurs sont exceptionnels dans cet exercice et c’est un plaisir de découvrir cette jeune génération talentueuse. Christophe Montenez est très touchant dans le rôle du tourmenté Moritz qui ne comprend rien à la sexualité, qui cherche vainement un sens à sa vie et finira par abolir ses souffrances en se suicidant malgré les efforts de son ami Melchior (Sébastien Pouderoux) pour l’initier aux secrets de l’amour. Et puis il y a Georgia Scalliet, ombrageuse et lumineuse Wendla, fougueuse et inquiète, qui mourra des suites d’un avortement. Ces trois personnages sont le cœur battant de cette pièce atypique et universelle, auxquels font échos tous les garçons et filles de leur âge.

L’éveil du printemps de Frank Wedekind, traduction François Regnault, mise en scène Clément Hervieu-Léger. Costumes, Caroline de Vivaise ; lumières, Bertrand Couderc ; musique originale, Pascal Sangla. Avec Michel Favory, Cécile Brune, Eric Génovèse, Alain Lenglet, Clotilde de Bayser, Christian Gonon, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Bakary Sangaré, Nicolas Lormeau, Georgia Scalliet, Sébastien Pouderoux, Chriophe Montenez, Rebecca Marder, Pauline Clément, Julien Frison, Gaël Kamilindi, Jean Chevalier, et les comédiens de l’académie de la Comédie-Française : Matthieu Astre, Juliette Damy, Robin Goupil, Aude Rouanet, Alexandre Schorderet. A la Comédie-Française jusqu’au 8 juillet à 20h30. Durée : 3h.
Résa : 0144 58 15 15.

© Brigitte Enguérand

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