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Critiques / Théâtre

Jean-Jacques Rousseau Texte établi par Jean Jourdheuil et Bernard Chartreux

par Dominique Darzacq

Fascinant atrabilaire.

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Taillé essentiellement dans Les Confessions et La Lettre sur les spectacles à d’Alembert par Jean Jourdheuil et Bernard Chartreux, ce Jean-Jacques Rousseau mis en scène par Michel Raskine et joué par la comédienne Marief Guittier, est un solitaire furieux dont les diatribes trouveraient chez Thomas Bernhard des résonances contemporaines. Gourmand frugal, marcheur obstiné, hostile « à l’idée de la plaine », friand du chaos des rochers et « des précipices qui font bien peur », botaniste herborisant sur une petite île où il s’est réfugié « après sa lapidation », il tempête contre le monde dont il veut s’exclure, s’insurge contre les mœurs du temps, raisonne sur la fonction civique du théâtre avec lequel il entretient un rapport pour le moins ambigu. Refusant « d’attacher son cœur au théâtre », frère jumeau d’Alceste, il nourrit une fascination rebelle pour Molière qu’il estime « le plus grand comique » tout en déplorant que son théâtre soit « l’école du vice ».

Petite forme, grand théâtre

Sur la scène du Théâtre de Malakoff, où se pressent une centaine de spectateurs répartis sur trois côtés, l’atrabilaire infatigable, déchiré entre raison et passion, se dévoile tout au long d’une journée estivale, du coucher au lever du penseur.
Pour Marief Guittier, jouer, Agrippine ou Philoctète, une vieille fille à vingt ans, ou une femme qui joue à être un homme (Max Gericke), « reste toujours une affaire de masque ». Prenant celui de Jean-Jacques Rousseau, elle ne cherche pas à nous faire prendre des vessies pour des lanternes. Elle n’interprète pas Jean-Jacques Rousseau, non, elle le suggère à fleur d’âme et de nerfs, cheminant dans ses pensées au soir de sa vie, et du coup, nous le rend proche, humain et contredit de belle façon la sentence rousseauiste selon laquelle « tout ce qu’on met au théâtre l’éloigne de nous ». A ses côtés, Bertrand Fayolle, dans un rôle de souffre-douleur, éclaire en contrepoint les paradoxes et les contradictions d’un rêveur solitaire qui a besoin des autres.
Le dispositif scénique dans lequel est inclus le spectateur, l’intelligence malicieuse de la mise en scène et de la mise en jeu bouleversent le convenu du genre, et sous l’apparente modestie du format vibre de toutes les saveurs qui font du théâtre un art indispensable.

Jean-Jacques Rousseau, texte établi par Jean Jourdheuil et Bernard Chartreux, mise en scène Michel Raskine avec Marief Guittier et Bertrand Fayolle
Théâtre 71 Malakoff. 1h15 jusqu’au 17octobre. Tel 01 55 48 91 00
Puis du 20 au 24 oct au Bateau Feu (Dunkerque), 18 au 20 nov à Béziers

crédit photo : Michel Cavalca

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